Voulez-vous briller en société ? – Novembre 2025

Si, au cours d’une soirée, on vous pose la question de la valeur d’une seconde, elle s’élève à 9'843 dollars, soit l’accroissement de la dette américaine pendant ce court laps de temps ou 850 millions au cours d’une journée. À…

Si, au cours d’une soirée, on vous pose la question de la valeur d’une seconde, elle s’élève à 9’843 dollars, soit l’accroissement de la dette américaine pendant ce court laps de temps ou 850 millions au cours d’une journée.

À la mi-août, la dette publique américaine a pour la première fois franchi la barre des 37’000 milliards de dollars, montant qui dépasse de loin la valeur totale de tous les biens et services produits aux USA, puisque la dette publique représente maintenant près de 123% du produit intérieur brut (PIB).

Au cours de 2025, plus de 9’000 milliards de dollars des emprunts arrivent à échéance et doivent donc être prorogés ; on comprend ainsi mieux l’acharnement du Président à exiger une baisse des taux d’intérêts affrontant ainsi directement le Président de la Fed, Jerome Powell, qui s’inquiète à juste titre du démarrage de l’inflation, alors que l’Exécutif veut absolument éviter de grever l’avenir par une charge accrue d’intérêts ; c’est finalement un affrontement entre un commerçant à la petite semaine, et un théoricien raisonnant à long terme.

Le renvoi avant terme de Jerome Powell est juridiquement difficile ; son licenciement serait un séisme pour les marchés, en particulier pour le marché obligataire. En attendant, le Président cherche à placer les siens pour l’avenir, en commençant par Stephan Miran, élu de justesse par le Sénat par 48 voix contre 47.

La situation s’est imperceptiblement calmée le 17 septembre par une baisse homéopathique de 0.25%. Ce mini-foyer est provisoirement sous contrôle, mais les investisseurs ont perdu une bonne part de leur confiance dans la politique et les institutions américaines ; preuve en est que le ministre des finances, Scott Bessent, s’est récemment senti obligé de rassurer sur la capacité des USA à rembourser leur dette en déclarant sur la chaîne CBS : « les Etats-Unis ne feront jamais faillite, cela n’arrivera pas. » Jamie Dimon, le patron de J.P. Morgan, est intervenu dans le débat en annonçant une fin funeste si le pays n’entreprenait rien contre l’endettement galopant.

On observe à cet égard une désaffection persistante à l’égard des bons du trésor US, surtout de la part des BRICS, avec à leur tête la Chine qui en quelques années à réduit de près de 40% ses investissements dans ces derniers. Parallèlement, on a observé trois phénomènes : une chute du dollar qui a perdu entre 13 et 14% par rapport au Franc suisse, respectivement l’Euro, un envol des crypto-monnaies, et surtout une explosion du prix de l’or due aux achats des banques centrales et des particuliers. Même les excès de la bourse sont à mettre en parallèle avec la hantise de vouloir se débarrasser de l’argent liquide.

Souhaitons que les attaques contre le Banque fédérale se calment, car, historiquement, l’intervention étatique contre son indépendance ou celle de ses consœurs dans le monde a systématiquement conduit à des catastrophes. L’obsession de l’administration américaine d’attaquer Jerome Powell est aisée à comprendre : l’économie risquant de se dégrader, la responsabilité incombera à la Fed, coupable de ne pas l’avoir écouté et d’avoir maintenu des taux élevés trop longtemps. 

En prenant de la hauteur, on constate que les problèmes de dette publique sont légion et concernent le monde entier ; la dette mondiale publique et privée dépasse largement le PIB mondial dont elle représente plus de 330%. On peut cependant mentionner les noms de quelques bons élèves avec peu de dette comme l’Estonie, le Luxembourg et la Norvège ou avec des excédents réguliers, comme Singapour et la Suisse, sans oublier une poignée de bien gérés : le Chili et le Botswana (!)

En navigant dans l’utopie, on peut imaginer que tout l’or existant dans le monde pourrait suffire à rembourser la dette mondiale ; encore, faudrait-il que le cours de l’or dépassât 14’000 dollars l’once, en faisant bien sûr abstraction de la chute du prix consécutive à des ventes massives.