Petite nature ou nature morte – Octobre 2025

Il y a près de 5 ans, nous avions rédigé une chronique intitulée « Rundumfeuer » du nom de cette mitrailleuse rotative lourde mise au point par les Allemands en 1944, dont la particularité consistait à tirer aveuglement dans un…

Il y a près de 5 ans, nous avions rédigé une chronique intitulée « Rundumfeuer » du nom de cette mitrailleuse rotative lourde mise au point par les Allemands en 1944, dont la particularité consistait à tirer aveuglement dans un rayon de 360° ; elle illustrait la politique du Président des USA d’alors, le même en poste aujourd’hui, avec cette nuance que ses tirs sont actuellement plus nourris et la munition de plus gros calibre.

Sans s’attarder sur les attaques contre la justice, l’armée, le spectacle ou les médias, on va rapidement évoquer le dossier des taxes, un feuilleton en soi, avec des rebondissements quotidiens et des délais accordés puis révoqués, parfois le lendemain.

Il est fort regrettable que l’entourage du Président ne regroupe que des inconditionnels, voire des ignorants de l’histoire économique de leur pays, car ils auraient pu rapporter les conséquences d’une expérience précédente en matière de taxes : la loi Smoot-Hawley, signée en juin 1930 par le Président Herbert Hoover et concernant près de 900 produits lourdement taxés à l’importation ; copiée par d’autres pays, elle entraina une crise mondiale avec une contraction des deux tiers du commerce de la planète aboutissant à la Grande Dépression.

D’ores et déjà, les surtaxes douanières américaines actuelles ont explosé et rapporté des milliards de dollars, mais il ne faut pas se leurre : cette somme n’est pas payée par les pays étrangers, mais bel et bien par le consommateur américain, avec une seule conséquence certaine, une accélération de l’inflation.

Tous ces traités, tous ces accords, toutes ces menaces peuvent être remis en cause en quelques jours, dont le plus récents avec la Communauté européenne, sous réserve de l’accord des 27 membres (!). Quant à la Suisse, c’est l’une des plus mal loties avec un taux de 39%. A ce stade, on peut se poser la question s’il était judicieux d’opposer deux femmes, pourtant qualifiées, à un macho viscéral, insensible aux argumentations, aussi pertinentes fussent-elles.

Beaucoup plus grave encore, les attaques systématiques contre le climat et les mouvements écologiques sont plus pernicieuses et s’illustrent par une série de décisions, dont le retrait de l’Accord de Paris, l’annulation du financement climatique pour le Fonds vert de l’ONU, l’interruption du partage des données environnementales avec les partenaires internationaux et la coupure des budgets de plusieurs agences, menaçant la surveillance mondiale de la pollution et des catastrophes naturelles.

Au plan interne, des centaines de réglementations environnementales, notamment celles sur les émissions de gaz à effet de serre, la qualité de l’eau et de l’air ou la protection des espèces menacées, ont été abrogées avec en parallèle un soutien massif aux énergies fossiles, à savoir le charbon, le pétrole et le gaz naturel, en favorisant les forages sur les terres publiques et en réduisant les normes d’émission de méthane.

Des commentateurs plus ou moins illuminés vont jusqu’à recourir à des textes bibliques pour justifier une exploitation sans limite de la Terre, don de Dieu aux humains, qui peuvent librement en user et abuser. L’exploitation intensive des fonds marins est bien entendu relancée de plus belle.

La politique écologique du Président, si on ose cet oxymore, incarne une vision productiviste et nationaliste de l’environnement, où les impératifs économiques l’emportent sur la préservation de la planète. Selon son Administration, la croissance économique et la souveraineté énergétique prennent le pas sur la durabilité.

Les efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique qu’il nie farouchement en dépit des catastrophes qui traumatisent son pays, sont fragilisés et mettent en péril la biodiversité et la santé publique à laquelle il porte atteinte en encourageant le non-recours aux vaccinations alors que le pays souffre déjà d’une épidémie de rougeole galopante.

Le 23 septembre, aux Nations Unies à New York, dans un très long discours, dont une partie improvisée, face à un public médusé, le Président a jeté aux orties tout ce qui concerne la protection de la nature, notamment les énergies renouvelables, en adoptant un ton badin pour parler du réchauffement climatique. Le lendemain, toujours dans la démarche scientifique dont il a le secret, il s’est attaqué au Paracétamol !?

Seule une mobilisation citoyenne, dans son pays d’abord, grâce aux jeunes, et la résilience des acteurs locaux et internationaux permettraient de freiner cette descente vers les abîmes.