La chèvre broute autour de son piquet (proverbe camerounais) – Août 2025

Ce proverbe signifie que l’on doit faire avec ce que l’on a, s’accommoder de la situation, s’adapter à son environnement, être pragmatique et tirer la meilleure part de ce que l’on a, sans se lancer dans des aventures lointaines. Cette…

Ce proverbe signifie que l’on doit faire avec ce que l’on a, s’accommoder de la situation, s’adapter à son environnement, être pragmatique et tirer la meilleure part de ce que l’on a, sans se lancer dans des aventures lointaines. 

Cette règle de vie dépasse le niveau du particulier et concerne également des entreprises qui ont pu succomber à la tentation de s’étendre exagérément, quitte à perdre leur âme ou plus prosaïquement leur rentabilité.

Ceux qui disposent d’archives peuvent se souvenir du phénomène des conglomérats dans les années 60 où l’on put voir aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, des sociétés prises d’une frénésie d’achats à tout va, dans des domaines disparates, avant d’aboutir à une explosion de la baudruche.

Les marchés boursiers ne s’y trompent pas et pénalisent les sociétés exagérément tentaculaires ; par commodité, nous avons limité la recherche aux 5 dernières années :

En Suisse, prenons le cas d’une société parmi les plus connues mondialement : Nestlé. Elle est active, parfois avec des résultats mitigés, dans des secteurs aussi divers que les surgelés, l’alimentation animale, les glaces, les cosmétiques, les pâtes alimentaires, sans oublier les eaux minérales : la liste est loin d’être exhaustive (en fait près de 2’000 marques) et ne mentionne pas les produits chocolatés, pourtant son métier de base. En 5 ans, le cours de l’action a cédé près de 30% alors que sa concurrente dans le chocolat, Lindt, avec à peine 6 marques a crû de 60%.

Même constat dans le secteur pharmaceutique : Roche, avec une myriade de participations, a abandonné 20%, tandis que sa jeune concurrente, Sandoz, spin off de Novartis, concentrée dans les produits pharmaceutiques génériques, a vu son cours bondir de 85%.

On parvient à la même conclusion dans le secteur bancaire : lors de la fusion, annoncée en 1997, de l’UBS et de la SBS, les deux groupes détenaient des centaines de participations ; une forme de ménage fut entreprise, mais une certaine dispersion survécut, surtout en Amérique du Nord, terrain pourtant miné pour les banques étrangères. Le nombre de scandales, de procès, d’amendes et de poursuites dépassa la centaine. En 2024, il fallut revenir à l’ouvrage avec la reprise en hâte du Crédit Suisse, lui-même empêtré dans d’innombrables dossiers. Résultat : en 5 ans, un maigre 2% de l’évolution du cours, onze fois moins que l’appréciation de Vontobel, banque à prédominance familiale et orientée vers le marché intérieur.

Terminons par le luxe, l’un de nos secteurs favoris : en 5 ans, le cours de LVMH, avec plus de 75 marques dont des innovations aventureuses dans l’hôtellerie et la restauration, a perdu 20%. Son concurrent Hermès, avec 8 fois moins d’employés, une tradition familiale remontant à 6 générations et une attitude réservée, voire modeste, dans les médias, ainsi qu’un nombre restreint de marques, a vu le cours de son action s’apprécier de 220%. Sa capitalisation actuelle dépasse celle de son concurrent. CQFD.