Il y a quelques années, un dentiste connu de la place, lorsqu’un patient l’interrogeait sur tel ou tel événement du monde, répondait invariablement par cette phrase : « Vous savez, je n’écoute jamais les nouvelles du monde, ni à la radio ni à la télévision, et je ne lis pas de quotidiens ; en revanche, je suis abonné à une publication mensuelle qui n’aborde que les problèmes essentiels qui ont surnagé à l’actualité ».
Notre monde a certes changé entretemps ; il n’en demeure pas moins que nous sommes assaillis de nouvelles à l’égard desquelles nous ne réussissons pas à demeurer indifférents : un séisme dans l’Asie du Sud-est, un éboulement en Nouvelle-Zélande ou une révolte dans un pays africain retiennent notre attention, nous émeuvent même, sans que nous puissions réagir autrement que par un don éventuel à telle ou telle organisation.
Dans cet ordre d’idées, le Locataire ne nous épargne guère ; il ne se passe guère une journée sans qu’il connaisse un accès d’inspiration dont il nous fait « bénéficier ». A cet égard, on peut citer son livre « Art of the Deal », rédigé en fait en majeure partie par un journaliste et que nous avions mentionné dans une précédente chronique ; il y avoue son délire narcissique, ses atermoiements, ses exagérations et brusques changements de stratégie qui finissent par complétement désarçonner ses opposants du moment.
Si mon brave dentiste était encore de ce monde, il n’aurait retenu des événements de ces dernières semaines que l’attaque contre l’Iran, en se posant la question de son opportunité. D’ailleurs les spécialistes politiques et militaires s’interrogent : la plus grande armée du monde a été remodelée dans le sens d’un rééquilibrage mondial pour contrer la Russie, éventuellement la Chine ; elle n’a cependant pas été structurée pour se lancer dans une aventure ciblée sur le terrain contre un « ennemi » tentaculaire, doté d’un grand nombre d’atouts, dont sa configuration géographique – avec une multitude de vallées et de montagnes percées de milliers de kilomètres de galeries -, une préparation à la confrontation qui date depuis plus de vingt ans, une dispersion de ses centres de commandement, sans oublier le nationalisme de ses ressortissants prêts à mourir pour leur pays.
Dans ces conditions, envoyer des marines dans un pays dont la superficie est équivalente à trois fois celle de la France, représente une conduite à l’abattoir. Comment est-il imaginable que le Locataire ait pu faire fi des mises en garde des experts ? Le souci de détourner l’attention de problèmes pendants comme le fameux Dossier ? Enfumer l’opinion publique qui voit l’économie s’effriter ? Essayer de redresser les pronostics des élections partielles de novembre prochain qui lui sont défavorables ? Souhaiter marquer l’histoire de son passage ? Nul ne le sait.
L’opinion qui semble la plus plausible, est que cette sinistre aventure, dont l’issue ne peut être que tragique si elle n’est pas enrayée à temps, ait débuté sur un coup de tête ; « Just for fun » selon l’atroce réflexion en prélude à de nouveaux bombardements sur l’ile de Kharg, sans même imaginer que la région allait s’embraser avec des milliers de victimes et des dégâts matériels incommensurables, y compris contre des intérêts américains. Du jour au lendemain, négociations sérieuses ou pas, le conflit prendra fin après d’invraisemblables dégâts !
Bien entendu, la Chine et la Russie, spectateurs hilares de cette sinistre cacade, en profitent par les réseaux clandestins d’acheminement de pétrole ou de terres rares.
Et les marchés dans tout ça ? Dans un premier temps, ils ont réagi négativement en raison de ces nombreuses incertitudes qu’ils abhorrent. Même l’or, pourtant dans une spirale ascendante, connut une forte baisse, dans l’esprit de ce qui s’était produit lors de la guerre du Koweït. Les habitants des Emirats, grands amateurs de métal précieux, paniqués par la tournure des événements, liquidèrent inconsidérément des positions.
D’une façon générale, faut-il céder à la panique ? Certainement non ! Les bourses en ont connu d’autres et finissent toujours par se reprendre. D’ailleurs sur un ton cynique, rappelons que l’économie s’accommode bien de la guerre ; nous en avons eu récemment une nouvelle preuve par la réactivation de dizaines d’usines récemment abandonnées qui se reconvertissent dans l’armement.
Aux valeurs que nous privilégions, on peut ajouter quelques pétrolières comme Total, Eni ou Chevron. N’en déplaise aux écologistes ou autres, l’or noir, toujours convoité, nous accompagnera pendant des décennies.
