Londonrado or the super-sales 10.2016

Alors que le Brexit et ses conséquences ou plutôt son mode d’emploi continue de susciter des prémices de discussions byzantines entre la Communauté et la Grande Bretagne, cette dernière adopte pragmatiquement un nouveau rythme ; certes, la devise britannique a perdu plus de 15 % par rapport à l’Euro ou au Franc suisse, mais l’indice boursier du Financial Times a amplement compensé cette reculade par un bond de près de 20% sans parler du fantastique gain résultant des 4’300 milliards investis par les Anglais dans la Communauté.

Les touristes acheteurs, alléchés par des prix cassés se ruent vers la place de Londres et les autres grandes villes, occupent les hôtels et encombrent les aéroports ou les gares ferroviaires.

Il s’ensuit un bouillonnement des affaires : l’immobilier redevient attractif et les sociétés exportatrices se frottent les mains tandis que leurs actions boursières sont fortement achalandées, d’autant plus que nombre d’entre-elles offrent encore des rendements attractifs qui seront maintenus, voire accrus de par la pression des représentants des caisses de pension aux assemblées générales, tarabustés qu’ils sont, à leur tour, par leurs retraités.

Qu’on ne s’y trompe pourtant pas, la recette ne vaut pas pour tous les pays au comportement morose qui, en premier lieu, n’ont pas su ou pu garder leur devise d’origine et qui n’ont pas forcément de grandes entreprises exportatrices, ni des liens privilégiés avec des cousins d’outre-Atlantique, ce qui assure un courant d’affaires historique et naturel.

Dans 18 ou 24 mois, une fois passées les angoisses initiales, même le secteur bancaire qu’en principe nous ne recommandons plus depuis belle lurette, recouvrera des couleurs en ce qui concerne les établissements britanniques, libérés du carcan européen qui ne leur permettait plus de donner libre cours à leur fantaisie et leur audace ancestrales, privilège que n’ont jamais connu les banquiers des autres places.
 

N’est pas gourou qui veut. 10.2016

La presse a abondamment commenté l’ouvrage « The curse of cash » que vient de faire paraître l’économiste américain Kenneth Rogoff et qui peut se résumer au projet dictatorial d’abolir les espèces et de criminaliser l’argent liquide, à l’origine, selon lui, de tous les maux du système capitaliste.

Cette aberration est un serpent de mer qui revient régulièrement à la surface depuis quelques années; un des partisans de cette interdiction fut le Président de la Deutsche Bank qui s’exprima dans ce sens lors d’un forum de Davos; compte tenu des déconvenues ultérieures de cet établissement, on peut se poser des questions sur la pertinence de ses recommandations.

L’interdiction de la monnaie fiduciaire pose un double problème: d’abord celui de l’évolution de notre société qui tend déjà à se standardiser de plus en plus; si cette tendance perdure, d’ici quelques années, nous serons plus ou moins habillés de la même façon, consommerons des produits identiques, organiserons en commun nos loisirs, tout ceci en fonction des données fournies par les diverses cartes, de crédit ou de fidélité, que nous utiliserons à outrance, leurs émetteurs étant en mesure de dresser notre portrait de citoyen acheteur, d’après nos habitudes de plus en plus téléguidées, sans parler du puçage sous-cutané que solliciteraient déjà certains consommateurs afin de faciliter leurs affaires ! Nous nous trouverons insensiblement prisonniers du monde décrit par Orwell!

Cette évolution en soi n’est déjà guère séduisante, mais le second aspect de la disparition du cash est beaucoup plus inquiétant ; il trouve son origine dans l’introduction des intérêts négatifs, phénomène totalement inconnu dans l’histoire financière, mais datant maintenant de quelques années, et qui a été provoqué par un incroyable enchaînement de bévues sur lesquelles nous reviendrons plus bas. Si les intérêts négatifs ont désagréablement surpris l’investisseur privé passif, l’institutionnel a tenté de réagir avec brutalité, sous forme de retraits massifs, se chiffrant par centaines de millions que l’on retrouve dans des coffres forts, dont l’industrie, soit dit en passant, n’a jamais été aussi florissante, à l’image des compagnies qui les assurent.

Cet argent hors contrôle indispose les banques et les gouvernements qui rêvent de l’abolition du cash et d’une mainmise absolue sur l’argent. Tous les prétextes sont bons: Les Panama papers, ce qui est ridicule, les comptes concernés ayant été alimentés par des transferts électroniques et non par des porteurs de valises, ou la fortune de l’Etat Islamique, estimée à plus de 2’000 milliards de dollars, autre raison imaginaire, car elle consiste en biens matériels : immeubles, puits de pétrole, camions de transports etc.

Cette criminalisation de l’argent liquide n’a qu’un but : donner tous pouvoirs aux banques pour pouvoir pratiquer des « bail ins » afin de ponctionner, en cas de crise, les fonds des clients sans que ces derniers puissent réagir, et donner de l’air aux établissements concernés, submergés par la monnaie scripturale, mais très à court de billets. Les pouvoirs publics donneraient leur bénédiction en catimini, car ils estiment qu’ils ont payé leur part (en fait sur le dos des contribuables) après 2008 et qu’ils rêvent d’un contrôle absolu sur la population.

Abolir le cash reviendrait donc à priver les déposants de tout recours en cas de « short cut » (voir l’exemple chypriote !) et à les muer en moutons dociles.

Les apprentis gourous n’ont pas manqué dans l’histoire financière. Ce bon Monsieur Greenspan, respecté comme une sainte relique, était aux commandes lors de la débâcle de 1987 ; c’est lui qui a créé le désastre obligataire de 1994 en élevant violemment les taux ; il s’est aussi refusé à réglementer le marché des nouveaux instruments, aboutissant à la crise de 2008, avant de se spécialiser dans un langage ésotérique que les spécialistes devaient s’efforcer d’interpréter, lorsqu’il évoquait par exemple l’exubérance des marchés.

Monsieur Bernanke ne fut pas en reste ; sous son règne, le bilan de la Banque Fédérale passa de 800 à 4’000 milliards, provoquant un effondrement des taux; avec la complicité de Monsieur Hank Paulson, déterminé à sauver Goldman Sachs, son ancien employeur, il a donné sa bénédiction implicite à la faillite de Lehmann Brothers avec les conséquences que l’on sait.

L’Europe a eu aussi ses inspirés : Monsieur J.C.Trichet, obnubilé maniaque de l’inflation, a refusé avec acharnement d’envisager une baisse des taux, mais s’est attelé au rachat de dettes souveraines.

L’action désordonnée de ces acteurs a abouti au climat de déflation à la japonaise que nous vivons actuellement et qui risque de perdurer. La Suisse n’est pas à l’abri de ces gourous inspirés. La vénérable Banque Nationale est devenue un gigantesque Hedge-Fund, avec d’énormes positions en Euros et US dollars tandis que son stock d’or s’est ratatiné. Que ces monnaies étrangères chutent et les fonds propres de la BNS se volatiliseront ! Heureusement qu’une partie des devises étrangères a été investie, à telle enseigne que notre Institut est devenu l’un des plus gros actionnaires de Facebook ! Toutes ces erreurs d’appréciation, ces analyses sommaires, ces prises de risques dangereuses, ces projets déments créent un profond sentiment de malaise, d’autant plus que les échéances électorales d’Outre-Atlantique sont alarmantes. Devant la perspective d’avoir un président qui fera perdre au bas mot 1 trillion de dollars à leur économie, les Américains se protègent en achetant des pièces d’or à faible agio.

Nous ferions peut-être bien de leur emboîter le pas en les complétant par quelques billets pour les besoins immédiats !

 

Les faux prétextes
(01.09.2016)

Il ne se passe guère de mois, voire de semaine, sans qu’une publication, spécialisée ou non, consacre un article à la « triste situation » de la Suisse, en raison du franc fort, des prix en général, soi-disant beaucoup plus élevés que dans les pays qui nous entourent, en évoquant la vétusté de certaines installations, l’absence de chaleur dans l’accueil ou le manque de distractions dans les stations etc.

Cette vue par trop simpliste mérite qu’on s’y attarde. D’abord, la question des prix : hormis les taxis, plus chers qu’à l’étranger, c’est exact (ils pourraient d’ailleurs bénéficier de subsides au niveau de l’achat des véhicules et du prix de l’essence), à qualité et prestations égales, les prix suisses ne sont pas plus onéreux qu’à l’étranger. Si l’on regarde les tarifs d’hôtels pratiqués en dehors de nos frontières, dans les villes d’une certaine importance, ils sont équivalents, voire nettement supérieurs aux nôtres. Il en est de même pour les restaurants. Quel prix doit-on payer à Lyon, Paris, Milan ou Londres pour la gamme moyenne à supérieure ? Quant aux articles divers, nous avons comme partout, Hermès, Vuitton ou Prada, mais aussi Zara ou Hennes & Moritz.

Il y a une inclination à être pleurnichard chez nos concitoyens. D’abord, la situation n’est pas si mirobolante que ça dans d’autres pays où les commerces se plaignent aussi, à la fois d’une fréquentation en baisse, et d’une retenue des visiteurs à consommer.

Au niveau des entreprises, beaucoup de suisses et non des moindres comme Givaudan, Ems Chemie , Roche ou Novartis enregistrent d’ailleurs, en dépit du franc fort, des résultats plus qu’honorables et singulièrement supérieurs à leurs consœurs étrangères.

Le problème suisse, et il existe, trouve son origine ailleurs, plus précisément dans le manque de clairvoyance d’un ministre des finances, ébloui par les ors de la République ou le verbe agile d’anciens étudiants de l’ENA, qui a signé n’importe quoi, avec n’importe qui, sans contrepartie, ouvrant ainsi une boîte de Pandore béante, avant de retrouver son canton, berceau de loups et d’ours, qu’elle n’aurait jamais dû quitté(s), ce qui n’est pas sans rappeler ces films où l’on voit des forbans dévaster une région avant de regagner leurs montagnes.

Les banques suisses servaient des myriades de clients français, italiens, espagnols, allemands qui maintenaient depuis des décennies, des portefeuilles de quelques centaines de milliers de francs. Une ou deux fois par an, ils rendaient visite à leur banquier afin de prélever les revenus ou le produit des plus-values qu’ils dépensaient au cours de leur séjour.

Ces malheureux ont été menacés, intimidés, chassés, sans ménagement, souvent en quelques semaines. Ecœurés, ils sont partis en gardant un souvenir amer de la Suisse, non sans avoir tenté de brader leur appartement ou leur chalet. Peut-on imaginer qu’ils y reviendront comme si de rien n’était ? Nenni !

Dès lors, que faire ? Courir derrière des Chinois qui non seulement ne sont guère amènes, mais qui de surcroît voyagent avec des budgets limés ?

Heureusement que le peuple suisse est souvent plus raisonnable que ses dirigeants ! Il y a peu, il a confirmé son accord au maintien des forfaits fiscaux. Là, il y une place à prendre et à renforcer. Et qu’on ne vienne pas nous parler de justice fiscale : Le Portugal accorde des conditions inouïes aux étrangers, alors que Londres, libérée du carcan de la Communauté, va abattre toutes ses cartes afin d’attirer de riches résidents, sans parler des USA ou des Emirats.

En dehors du climat de sécurité (toujours fragile !), le forfait fiscal est l’une de nos dernières cartouches. L’Etat devrait s’atteler à cette campagne de séduction, avec l’appui des banques qui auraient enfin l’occasion de se racheter, ainsi que des études d’avocats spécialisées qui pourraient entreprendre des round shows en Europe, à l’instar de leurs confrères étrangers qui, dans le passé, ne se sont guère gênés pour parcourir et démarcher les principales villes suisses.
 

Faut-il croire à l’invraisemblable ? (16.08.2016)

Lorsqu’il y a un peu plus d’une année, M. Donald Trump, connu pour ses grimaces, ses frasques financières et féminines, ainsi que ses émissions de télévision, avec le fameux – You are fired ! – annonça qu’il se présentait comme candidat à la présidence, la plupart des observateurs se contentèrent de ricaner.

Ses premières interventions furent molles, voire insipides, puis graduellement, il s’engouffra dans les brèches populistes, en adaptant ses propos à ce que ses auditeurs souhaitaient entendre.

Nous, Européens, limitons notre connaissance des Etats-Unis à l’Est et l’Ouest, et aux habitants de ces côtes, souvent mieux éduqués que la moyenne nationale, et d’origine plus hétérogène que la population des vastes plaines. C’est précisément à cette dernière catégorie d’électeurs que s’adresse Donald Trump, des gens moyens, qui se méfient systématiquement de Washington et qui n’ont qu’une connaissance sommaire, parfois inexistante du reste du monde.

Il leur dit ce qu’ils souhaitent entendre, à l’image de ces voyantes à succès dont la qualité essentielle est l’observation fine du comportement, la psychologie et la capacité d’écoute…

Les gens qui écoutent précisément Donald Trump, sont ceux qui n’apprécient guère ou ne comprennent pas les raisonnements abscons, mais les formules lapidaires et populistes : on ne veut plus de Mexicains, on ferme les frontières à telle ou telle ethnie ou appartenance religieuse, on a le droit de porter une arme, on estime qu’il est juste de torturer ceux qui vous veulent du mal, on doit avant tout se soucier des pauvres, des négligés, des laissés pour compte, de ceux qui ne se sont jamais remis de la crise de 2008 etc.

Ses interventions tonitruantes, peu conventionnelles, simplistes, grossières ou inattendues, lorsque par exemple il fait l’éloge de Poutine à qui il s’adresse pour tirer au clair le dossier des mails de sa concurrente, peuvent ajouter à sa popularité et le faire remonter dans les sondages d’autant plus que Madame H. Clinton ne fait pas toujours l’unanimité et qu’un fort pourcentage d’Américains choisira de s’abstenir ou de voter pour un outsider, ce qui pourrait profiter au démagogue républicain.

Pourtant, on ne se refait pas, et, fin juillet, Monsieur Trump est rattrapé par sa paranoïa et ne peut s’empêcher de proférer de basses attaques contre les vétérans militaires; il aura énormément de mal à rattraper cette bévue de bas étage. Les affrontements deviennent nauséeux et tous les ténors descendent dans l’arène y-compris M.Warren Buffett, en faveur d’H. Clinton ainsi que le Président en exercice, sans compter d’anciens prétendants républicains qui abandonnent leur candidat officiel.

Dans ce climat délétère et inquiétant, en cas de victoire de M. D.Trump, le monde se trouverait face à un nouveau paradigme autrement plus sinistre que les retombées du Brexit.

Le fait que des résidents américains thésaurisent systématiquement et patiemment des pièces d’or et d’argent témoigne déjà de leur perplexité !
 

La banque ? Non merci ! 10.08.2016

Les conclusions du dernier crash-test d’un certain nombre de banques ont été abondamment commentées. Si dans leur généralité, elles étaient plutôt positives, leur accueil fut glacial de la part des marchés où des baisses de 5 à 7% furent légion, même de la part de ténors. En fait, beaucoup estimèrent que les mailles du filet de contrôle étaient trop larges et ne permettaient pas de conclusions absolues, d’autant plus qu’il existe un nombre astronomique d’interférences entre divers établissements.

L’opinion du public face aux banques s’est radicalement modifiée en quelques décennies.

La belle époque où l’on pouvait investir quelques milliers de francs dans une bancaire et s’attendre à recevoir des dividendes croissants et des titres gratuits est enterrée depuis longtemps.

La vigoureuse époque où l’on voyait des directeurs généraux de banque, voire des présidents, monter au front, intervenir avec force dans les débats publics, en tapant du poing sur la table, est terminée.

La confortable époque où le caissier était l’ambassadeur de son Etablissement, en mesure de répondre à de multiples questions est oubliée.

L’époque constructive enfin, où n’importe quel établissement était capable d’affronter un nouveau problème en s’efforçant de trouver une solution originale est aussi révolue.

L’homme de la rue, pas seulement le client, a souvent été outré, voire peiné, en apprenant que tel ou tel établissement se défaisait sans ciller de bâtiments quasi historiques, dont l’adresse seule était déjà une référence comme l’avenue Foch, la Fifth Avenue ou New Bond Street.

Les dirigeants actuels des banques ont rarement fait carrière dans ces dernières ; ce sont des mercenaires venus d’ailleurs, sans état d’âme, dans l’attente d’un golden shake-hand et dont la mission facile est de mettre dehors des collaborateurs qu’ils ne connaissent pas.

Le climat a commencé de se pourrir dans les années 80 ; les bonus qui jusque-là étaient ténus et considérés comme une récompense à bien plaire, sont devenus la part majeure des rétributions et partant, un objectif en soi qui pousse l’intéressé à perdre de son objectivité dans ses décisions. En Suisse un des premiers exemples émerge dans les années 90 ou les gestionnaires de crédit se voyaient fixer des objectifs si déraisonnables qu’ils aboutirent à une crise immobilière sévère.

Le développement de ce que l’on a appelé pudiquement les instruments, originairement de saines opérations de couverture, est devenu totalement incontrôlable. Quand on voit des établissements classiques, voire des banques cantonales, en principe conservatrices, se lancer dans ce type d’opérations à raison de plusieurs dizaines par semaine, à telle enseigne que la relation avec les sous-jacents, c’est-dire les titres qui constituent la base de l’opération, relève du micron, c’est affolant au niveau mondial, la même action servant de base à des milliers d’opérations.

Le climat au sein des établissements s’est pourri et laisse l’impression que l’on à faire à de nouveaux « Torquemada », les Compliance Officers, qui gèrent tout et décident tout, sans support légal, mais en fonction d’une extrapolation hasardeuse.

Pourquoi telle ou telle banque fixe-t-elle des limites aux retraits d’argent liquide ? Pourquoi un Suisse doit-il prouver que son compte est déclaré fiscalement ? Pourquoi met-on dehors en peu de temps un vieux client ? Parce qu’il n’est plus intéressant ?

L’unité de compte est devenue le milliard, le trillion même. Des apprentis-sorciers manipulent des sommes faramineuses avec la bénédiction implicite de leurs supérieurs. Et, tant pis s’il y a de la casse ! On assistera alors à un affrontement judiciaire médiatisé entre un collaborateur éberlué et sa direction hypocrite.

L’homme de la rue a bien compris cette évolution désastreuse ; les cours effondrés en bourse des actions bancaires en témoignent.

Le climat de confiance entre la banque et son client s’est effiloché. Il ne revivra pas. L’écheveau de dispositions contraignantes concoctées par les « Torquemada » aboutira au pire : des zones d’échanges gris et occultes échappant à tout contrôle.