« Rundumfeuer » 09.2020

Il y a peu de gens qui peuvent comprendre la signification de ce germanisme à la consonance barbare, qui trouverait pourtant bien sa place dans un cabaret de Washington, s’ils existent, et dans la bouche d’un chansonnier, s’ils survivent.

Seuls les férus d’histoire militaire peuvent en saisir la portée ; il s’agit d’une mitrailleuse lourde, invention allemande datant de 1944, qui avait la particularité de tourner sur elle-même à 360° et d’« arroser », en détruisant, tout ce qui était à sa portée.

L’adéquation est aisée ; l’échéance du mandat présidentiel s’approchant, on peut commencer à dénombrer les victimes, internes et internationales. Tout le monde y a passé : les gens de gauche bien sûr, les démocrates, c’est normal, les opposants dans le parti républicain, c’est curieux, plus les noirs, les protestataires de tout poil, les gays, sans omettre l’entourage immédiat qui avait osé lever des yeux incrédules, voire inquiets vers le grand orangé, avant d’être expulsé par un tweet rageur.

À l’extérieur, l’hécatombe est encore plus dense : la Chine bien sûr, accusée de tous les maux, dont naturellement le Covid-19, plus des reproches surréalistes relatifs à la concurrence commerciale du pays : pourtant, il suffit de parcourir les rayons d’un grand magasin new yorkais en examinant les rayons pour s’apercevoir qu’une majorité d’articles sont « made in China », mais à qui la faute ? Aux Chinois ou aux entreprises américaines qui ont recouru sciemment et d’une façon totalement antipatriotique, à une main d’œuvre asiatique meilleur marché ?

Parmi les autres victimes de cet ostracisme on trouve le Canada, spectateur proche et dépourvu d’aménité et qui ne s’en laisse pas conter, ou les Européens soi-disant profiteurs. Ne parlons pas des organisations internationales, boucs émissaires idéaux pour expliquer les déconvenues d’outre-Atlantique et sa mise à l’écart, alors que la nouvelle donne du Covid-19 a bouleversé les cartes. En quelques semaines, les Américains se sont réveillés membres d’un Etat devenu défaillant, avec un gouvernement dysfonctionnel et incompétent, largement responsable du taux de mortalité. (la population américaine représente 4% de la mondiale, ses morts du Covid-19, 20%).

Durant deux siècles, les Etats-Unis avaient suscité un vaste éventail disparate de sentiments dans le monde ; amour, crainte, envie, haine ou mépris. Il n’y a qu’une seule émotion qu’ils n’aient jamais engendrée : la pitié, avec son récent corollaire d’attente fébrile de fournitures de base en provenance de Chine ou d’ailleurs. Et pourtant, le pays avait eu son heure de gloire après la deuxième guerre et son fantastique effort de guerre dont on ne parle plus (un Libety ship construit en 4 jours et demi !) S’élabora alors une classe moyenne dynamique, propriétaire d’une maison et d’une voiture, en mesure d’envoyer les enfants dans de bonnes écoles. C’était avant que les disparités économiques béantes et les inégalités sociales deviennent la règle. L’histoire a ses paradoxes. Pratiquement démilitarisés à la veille de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ne se sont jamais retirés à la suite de la victoire. et n’ont pas connu une journée de paix, à telle enseigne que leurs troupes sont présentes dans plus de 150 pays.

Ce bellicisme s’est importé dans le pays, et il est inutile de revenir sur les assassinats dans les rues ou les universités, sans prendre en compte les milices privées ; mais à quoi s’attendre avec un président qui vit pour cultiver les ressentiments, diaboliser ses adversaires et valider la haine ? Son principal outil de gouvernance est le mensonge ; depuis son accession au pouvoir, le nombre de distorsions verbales et de fausses déclarations dépasse les 20’000 !

Mais où va-t-on ? Dans moins de 100 jours se déroulera (peut-être) l’élection présidentielle avec son système de vote moyenâgeux aux résultats imprévisibles, tant tronqués peuvent-ils être. Espérons qu’il y aura un sursaut sous peine de devoir affronter une autre période de grands malheurs irréparables.

Certes Joe Biden ne suscite pas un très grand enthousiasme : on lui demande simplement de la sérénité, du respect, du bon sens et de l’empathie pour ceux qui souffrent dans leur vie quotidienne. Son choix de Kamala Harris comme colistière est excellent ; il s’agit d’une femme brillante et non pas d’un porte-serviette comme actuellement.

Le fait que le candidat puisse encore compter sur les conseils de son ex-patron est aussi de bon augure. Espérons que la raison l’emportera massivement en novembre, et n’oublions pas que dans la majorité des cas, contrairement à ce l’on suppute, les marchés boursiers ont statistiquement parlant, un meilleur comportement pendant les présidences démocrates que républicaines ; n’en déplaise à qui vous savez.
 

Au secours, le plastique nouveau revient – 08.2020

Il y a quelques semaines, nous avions consacré une chronique mensuelle au plastique, découverte géniale à ses débuts, remontant à prés de 70 ans, mais qui, au gré du temps, s’est transformée en une hydre étouffante, au propre et au figuré, asphyxiant même une partie des océans, puisqu’une couche épaisse recouvre la mer, grosso modo, d’Hawaii jusqu’aux côtes californiennes. Le monde commence à s’en émouvoir et s’est mis à la recherche de moyens techniques pour contrer ce désastre. Des sociétés en ont même fait un objectif industriel comme Carbios, société verte française de taille moyenne, et qui élabore des enzymes en mesure de recycler les polymères plastiques ainsi que les textiles. Deux enzymes ont été mis au point, l’un à inclure dans le plastique fabriqué et qui aboutit à se destruction totale au bout de quelques semaines, et un second, en mesure de détruire rapidement les quantités accumulées sur l’eau et à la surface des terres. Nous l’avions évoquée dans la chronique précitée et constatons que son cours à la bourse de Paris a augmenté de plus de 200 % depuis le début de l’année : de grandes sociétés, impliquées dans ces problèmes, comme l’Oréal, ont d’ailleurs pris une participation importante dans l’entreprise. Le Covid-19 dont les méfaits ne sont plus à décrire a joué un certain rôle dans la diminution des emballages en plastique, régression malheureusement compensée par une version sophistiquée du produit, l’explosion des moyens de payement dans cette matière. Les partisans de l’abandon du cash s’en sont donnés à cœur joie, au moyen d’explications pseudo-scientifiques selon lesquelles le papier monnaie serait un puissant véhicule de la transmission du virus, ce qui n’a de loin pas été prouvé. A maintes reprises, nous avons insisté sur tout le mal que nous pensions de l’abandon total du cash au profit des cartes. Mais comme le disait un amuseur belge, beaucoup de jeunes sont « nés niais » et tellement absorbés, voire subjugués par leur I-Phone ou autre portable, qu’ils ne perçoivent pas le danger accru que court notre Société de se voir de plus en plus embrigadée dans un vaste réseau de contrôle des moindres faits et gestes, au profit de vastes courants commerciaux qui ne peuvent que se réjouir d’obtenir, avec la complicité naïve des intéressés, leur profil détaillé, non seulement en vue de les faire dépenser davantage –ne parle-t-on pas de cartes de crédit ? – mais de les contraindre à consommer davantage selon un schéma bien défini et sans cesse affuté. Les banques sont ravies de se débarrasser des opérations de cash, trop lourdes et coûteuses à leur gré, au profit de distributeurs de plus en plus pingres, et qui risquent de disparaître à leur tour. Les succursales de banque dépourvues de guichets de prélèvement sont en constante augmentation sans que les clients rechignent, ce qui traduit déjà leur abêtissement inconscient. On s’est assez gaussé en son temps de « 1984 » pour ne pas voir la mise en application progressive des tendances qui y étaient décrites avec cynisme et prescience. Il est grand temps qu’une société qui ne bronche plus devant les caméras de surveillance au coin des rues, de la percée insistante du recueil des données anthropométriques, soi-disant pour fluidifier notre mode de vie, récemment – ce qui se conçoit- de la prise de température à l’entrée de certains bâtiments, se reprenne en main avant de succomber à une totale docilité impavide. Heureusement, on note des frémissements réactifs : la Suède qui s’enorgueillissait d’abolir totalement le cash, revient progressivement en arrière face à l’incompréhension grandissante de ses concitoyens ; de ci de là, retentissent d’autres cris d’alarme. En espérant qu’il ne s’agira pas seulement de clameurs dans le désert, mais d’un retour à une réalité raisonnable qui a fait ses preuves pendant des siècles, au prix de lourds et constants sacrifices.
 

Une fois n’est pas coutume – 07.2020

Une fois n’est pas coutume; nous n’allons pas parler en long et en large de cette pandémie qui empoisonne nos vies depuis le début du printemps ni de l’écho qu’elle suscite dans les médias qui apparemment n’ont plus d’autres sujets à traiter, hormis les “trumperies”, lassantes elles-aussi, encore qu’aux USA, les deux questions soient intimement liées ; une majorité d’ Etats ont déjà constaté que la sortie au galop du confinement avait une conséquence irréductible, une nouvelle poussée des cas, entraînant un clivage parmi les politiciens et même au sein des partis, surtout le républicain, qui commence de se déliter. Rappelons l’épisode chorégraphique de l’église Saint-John et de la bible brandie d’une façon théâtrale, ce qui n’a pas eu l’heur de plaire à nombre de personnalités présentes contre leur gré, et qui ont regretté d’avoir été ainsi bernés. Accordons-nous donc un entracte et revenons à notre métier de base, la gestion de fortune, en faisant le point après des mois chaotiques, -il suffit de voir la cascade de Wall-Street en mars, ou plus près de nous, le 11 juin-, et mettons en exergue le comportement des valeurs que nous suivons en les comparant avec leurs indices de référence. Maintes fois nous l’avons souligné, trois secteurs retiennent notre attention : en priorité, l’alimentation, puis l’industrie pharmaceutique et dans une moindre mesure, le luxe qui, entre parenthèses, n’a pas démérité en dépit de toutes les prévisions pessimistes le concernant. De façon à éviter un éparpillement non représentatif, nous avons retenu 4 à 6 principales valeurs des secteurs sélectionnés, et calculé la performance moyenne de chacun d’eux en la comparant à l’indice boursier du ou des pays concerné(s) Dans l’alimentation suisse, nous sélectionnons comme d’habitude : Nestlé, Emmi, Lindt, Villars et Barry Callebaut. Les quatre premières sont connues de tous alors que Barry Callebaut qui est pourtant le leader mondial dans la fabrication de produits à base de cacao et de chocolat, l’est moins. Nestlé, inchangée, est naturellement la principale composante de la sélection laquelle a cédé moins de 8% (sans tenir compte des dividendes) depuis janvier par rapport à moins 5% pour l’indice SMI. Au niveau des chimiques-pharmaceutiques, nous avons retenu Givaudan, Lonza, Novartis, Roche et Vifor, toutes reconnues, hormis peut-être Lonza que d’aucuns cantonnent encore uniquement à la production d’engrais et de fertilisants alors qu’en dix ans, elle s’est progressivement transformée en une pharmaceutique de pointe, courtisée pour ses produits d’exception par une multitude d’entreprises de la branche, surtout en biotechnologie. En ce qui nous concerne, cette sélection a crû de 14% en 6 mois. Dans ce domaine, Novartis est l’un de nos principaux investissements. Abordons maintenant le dernier compartiment favori, celui du luxe qui comprend Hermès, Kering, l’Oréal, LVMH et Moncler. Au fil du temps, nous avons fortement réduit la part helvétique, essentiellement Richemont et Swatch que nous jugeons par trop volatiles. Ce panachage, en majeure partie français, s’est réduit de moins de 1% tandis que l’indice CAC cédait 16% et l’Euro stock 50 environ 13%. La palme revient à Hermès qui ne s’est pas égarée dans une multitude de produits disparates, mais s’est consacrée à ses métiers de base sous l’auvent d’une famille homogène qui n’a pas oublié sa mésaventure avec M. Bernard Arnault d’il y a quelques années. A ce jour, elle fait état d’une progression de 12% pour les six premiers mois et représente l’une de nos principales positions du secteur. Une mention spéciale aussi pour l’Oréal dont les ventes en ligne ont explosé durant le Covid-19. Il ne faut pas s’étonner que dans cette revue ne figure aucun titre américain. Nous avons progressivement quitté ce marché en raison de l’écheveau de dispositions contraignantes et inquisitrices de l’administration qui s’étendent même aux successions, ce que nombre de banques feignent d’ignorer en laissant les héritiers de valeurs d’outre Atlantique s’embourber face à des enquêteurs voraces et fouineurs. Cette courte rubrique n’a pas la prétention d’être un panorama immuable mais plutôt un instantané après 6 mois tumultueux pour les raisons évoquées en préambule. Dans l’avenir, des paramètres, des modifications devront certainement être pris en compte, notamment dans la perspective des élections de novembre, si elles ont lieu ! NB. Les cours et indices sont du 26 juin 2020
 

Les cartes sont brassées. Commençons une nouvelle partie – 06.2020

Alors que les épais nuages du COVID-19 commencent à se dissiper lentement tandis que des vaccins et des thérapies sont à la veille d’être mis à disposition du public, récompensant ainsi le gigantesque effort de guerre, comme dirait M. Emmanuel Macron, se pose la question de ce qui aura changé dans le monde après ce lourd intervalle. Les exemples dans l’histoire me manquent pas : la peste du 14ème siècle, qui a vu l’abolition de l’esclavage en Europe, la guerre de sécession, celle de ce qui allaient devenir les Etats-Unis ou les congés payés en France qui ont chamboulé la Société haussmannienne ; plus près de nous, 1968, avec la remise en cause intégrale des règles établies, dans les entreprises et dans l’enseignement, bien au delà de ce que les « révolutionnaires » avaient osé espérer. Avec le virus, on va rapidement observer des changements irréversibles, bien que timides dans l’état actuel des choses, avec du positif, mais aussi du négatif. Commençons par ce dernier ; le confinement a contribué à l’explosion du commerce électronique, allant des repas à domicile au rajeunissement d’une garde-robe par commandes en ligne, entraînant une propension à tout entreprendre, acheter, voire, mais rarement, apprendre depuis son domicile. Cette évolution est dangereuse et porte en son sein, une plus grande destruction du tissu social et un renfort de l’autisme professionnel pour les personnes concernées qui se seront habituées à travailler dans un bocal privé, hors de tout contact. Dans le cadre de ces chroniques, nous avons maintes fois souligné le danger que représentait cette évolution du confinement avant la lettre, avec son corollaire de désertification des zones urbaines, de destruction de l’agora, de disparition des commerces de proximité au profit de grandes surfaces et des commandes par Internet. Progressivement, les villes habitées courent le risque de se désertifier au profit de bureaux ou d’agences de banque où le contact humain s’est déjà volatilisé en faveur d’appareils avec, exceptionnellement la faculté de bénéficier d’un contact par vidéoconférence, nonobstant, bien entendu, un rendez-vous préalablement fixé. En outre, ce confinement professionnel comporte en son sein un germe mortel qui commence progressivement d’attaquer certaines entreprises, dont le seul objectif, ou plutôt celui de ses dirigeants en quête d’un bonus bien gras, est la recherche du profit à tout prix. Ces prédateurs découvrent tout à coup que l’Enterprise peut apparemment fonctionner sans des locaux coûteux, des parcs de machines, des polices d’assurances, des réfectoires ou des parkings etc. rendant impossibles les contacts, les échanges professionnels ou privés, aboutissant ainsi à la création de ruches virtuelles, aseptisées et cloisonnées, dont chaque ouvrière suivra son bout de chemin en ignorant les autres. Sans vouloir jouer les cartes apocalyptiques, on n’ose imaginer ce que deviendrait le monde en cas d’orage électromagnétique accidentel ou d’une cyberattaque de grande envergure : chaque ouvrière errerait, affolée, dans tous les sens, à la vaine recherche d’un contact ou d’un appui. Ce scénario plausible concerne les services de tout genre, à savoir les assurances, les banques, les agences de voyages etc. avec l’appauvrissement intellectuel qu’un tel cloisonnage induit. Au plan positif, plusieurs aspects, ne serait-ce que le « ouf » de soulagement poussé par la nature qui connaît enfin un répit ! Les photos par satellites de la Chine ou d’ailleurs, témoignent de la dissipation des brouillards jaunâtres et corrosifs au dessus des grandes agglomérations comme Shanghai ou Los Angeles; à Venise, on ré-aperçoit le fond des canaux, après que les paquebots et les gondoles motorisées eussent marqué une pause, avec des poissons et des crustacés qui avaient, tant bien que mal, vivoté dans un milieu boueux. La municipalité, forte de ces expériences, va enfin limiter en le contingentant, le nombre des visiteurs, actuellement plus de 30 millions par année ! Ailleurs aussi, la faune reprend espoir et confiance, les bestioles de la forêt s’hasardant dans les parkings délaissés. A Athènes, on a même aperçu une tortue égarée qui arpentait la place de la Constitution,. On se rend compte que les limites de la mondialisation ont non seulement été atteintes, mais franchement dépassées. Les continents, les pays, devront revoir leur stratégie, moins jouer la carte mondiale et retrouver davantage d’autonomie. Un exemple mais combien éloquent : est-ce concevable que de grandes sociétés pharmaceutiques, y compris les nôtres, pour épargner quelques sous et accroître une marge déjà substantielle, dépendent entièrement de l’Inde ou de la Chine afin d’obtenir un composant de base ? Est-ce normal qu’on se soit habitué à consommer en plein hiver des fraises ou des asperges qui ont franchi des milliers de kilomètres à grand renfort de fuel , de Kérosène et de pollution aérienne et maritime, avant de nous parvenir, alors que dans nos campagnes, les silos sont pleins à ras bord de produits indigènes ? Au niveau des mœurs s’est opéré un profond changement. Avant longtemps, qui rêvera d’un séjour aux Maldives ou d’un week-end à Dubaï ou à Barcelone ? Nos concitoyens, libérés, vont retrouver des plaisirs plus simples : une balade au bord du lac, une excursion au Salève ou à Gruyère, ou une promenade avec son chien qui, entre parenthèses, a connu son heure de gloire pendant le confinement en tant qu’excuse officielle pour une sortie hors normes. La chaleur humaine renaît ; des gens s’évitent précautionneusement, mais se saluent, comme dans les montagnes. Des jeunes font des emplettes pour les ainés. On échange des trucs, des adresses, des blagues par WhatsApp ou on appelle des amis négligés depuis longtemps. Les entreprises pharmaceutiques cessent de se faire la guerre, coopèrent et échangent leurs découvertes. De grandes sociétés revoient temporairement leur production au profit d’articles devenus indispensables comme des masques ou des ventilateurs. Le gain n’est plus le seul objectif, mais est progressivement remplacé par le souci du bien commun. Les grandes banques renoncent à un profit immédiat et retrouvent leur rôle social d’antan en accordant plus facilement des crédits de secours et en se montrant accommodantes à l’égard de leurs anciens débiteurs, afin de sauver leurs entreprises en difficulté. Dans le monde des investissements aussi, on retrouvera plus de raison et de bon sens. Les constructions alambiquées, à grand renfort d’algorithmes et d’échafaudages brinquebalants vont céder le pas à des placements plus réfléchis. Rappelons qu’il y a quelques années, les investisseurs conservaient un titre pendant plus de 3 ans ; avec le développement des systèmes d’investissements automatisés, le temps de conservation s’est réduit à une moyenne de 3 secondes environ, à la grande joie des spéculateurs à la petite semaine. Et que dire du baril de pétrole qui au gré de spéculations irrationnelles s’est échangé le 20 avril à un prix négatif ? On est en plein délire. Ce temps-là est révolu et doit demeurer révolu. Revenons au bon sens en privilégiant des investissements dont on comprend le fonctionnement et la finalité, et supprimons ou limitons drastiquement les ventes à découvert qui pourrissent et défigurent les places boursières. Parmi les investissements privilégiés correspondant à ces critères, on peut parmi une foule d’autres, retenir les pistes suivantes : Nestlé, Novartis, Roche, l’Oréal, Essilor, Danone, Lonza, Hermès, Beiersdorf ou Adidas, entreprises reconnues, à faible endettement et aux produits aisément identifiables. Espérons qu’après ce cauchemar, tous les acteurs économiques, étatiques, mais aussi privés s’efforceront d’adhérer à de nouvelles donnes et que notre monde redémarrera sur des bases plus saines et pérennes.
 

Lâchez vos mouchoirs, empoignez la truelle – 05.2020

La déferlante du COVD-19, et c’est parfaitement compréhensible, a totalement occulté les autres graves problèmes qui ont marqué la fin de l’hiver, encore qu’à notre époque tous les événements comportent des interconnections qui compliquent et péjorent des situations dramatiques se succédant à un rythme infernal. En effet, on ne pourra pas rester éternellement impavides, bien qu’avec une honte profonde et croissante, face aux images de la télévision montrant le calvaire des réfugiés : des gosses qui s’ouvrent les mains en s’agrippant aux barbelés, des vieillards grelottant sous la pluie ou des femmes qui accouchent dans la boue d’un fossé. Les récents événements de Samos l’ont cruellement démontré avec des malheureux, convertis en pions d’une politique qui leur échappe de par un Erdogan, empêtré dans des aventures militaires et des problèmes internes, qu’il cherche à masquer, en sacrifiant ostensiblement ceux qu’il avait abrités par stratégie. Le problème dépasse les îles grecques et concerne le monde dans son ensemble avec près de 70 millions de personnes, l’équivalent de la population de la France, en quête d’un havre où se reconstruire. Quelle est l’attitude des pays d’accueil ? Se dépêcher mollement de construire des camps plus ou moins bien bricolés et qui se transforment en ghettos géants, souvent en mouroirs, avec tout ce que cela comporte de pourrissement moral et de résurgence de courants dangereux. Il y a des exemples à quelques centaines de kilomètres de chez nous : des zones de Paris où la police n’ose plus s’aventurer ou les quartiers-nord de Marseille pour n’en citer que quelques-uns. Ces pauvres hères ne sont pas des « Damnés de la Terre » mais souvent les détenteurs de talents : des médecins, des scientifiques en général, des enseignants, des ouvriers qualifiés, des ferblantiers, des agriculteurs, des couturières qui vont voir leurs connaissances s’émousser dans une promiscuité forcée qui engendre les pires déviations intellectuelles et surtout religieuses, au profit des fanatismes : le Proche Orient en est un autre exemple. Le temps des demi-mesures à grand renfort de tentes et de préfabriqués est révolu. La question doit être abordée au niveau mondial. Il existe une bonne dizaine de pays qui sont quasi-désertiques et qui peuvent accueillir des populations entières, à condition d’y édifier des infrastructures complètes : le Canada ,vide, hormis des agglomérations côtières, l’Argentine sous-peuplée avec une ancienne tradition d’accueil, le Brésil ou l’Australie qui aurait bien besoin de nouveaux habitants, ne serait-ce que pour mieux contrôler, voire empêcher les catastrophes naturelles de l’hiver récent, sans parler du Japon au taux de natalité anémique, et qui devra bien renoncer à sa xénophobie viscérale sous peine de disparaître de la carte géopolitique d’ici quelques décennies. Plus près de nous, et avec une moindre capacité d’accueil, il existe des dizaines, des centaines de villages désertés, dans le sud de la France et de l’Italie, sans parler des régions alpines, y compris en Suisse. Des agriculteurs d’Europe, pendant ce temps-là, à l’aube des récoltes, manquent cruellement de main d’œuvre et envisagent amèrement de voir pourrir le fruit de leur labeur. On peut certes rêver, mais une prise de conscience mondiale est urgente : aux villages de toiles doivent succéder des maisons en dur, des écoles, des usines, des hôpitaux, des lieux de vacances et de réunion, bref de vraies agglomérations à sortir de terre. D’aucuns pourront s’étonner de ces propos dans le cadre d’une chronique normalement orientée vers la finance. La démarche n’est pourtant pas angélique ; elle implique une sorte de nouveau plan Marshall global concernant des pans entiers de l’Economie : la construction, l’urbanisation en général, l’approvisionnement électrique, l’organisation de soins, l’agriculture etc. qui peuvent garantir la pérennité financière à moyen et long terme de nombre d’entreprises mondiales. A noter au passage que cet effort pourrait ponctuellement être entrepris dans les pays d’origine aux infrastructures insuffisantes comme le Togo, le Bénin ou le Gabon, parmi une foule d’autres, à la condition qu’il s’agisse d’Etats de droit, et qui pourraient conclure des accords de coopération avec des partenaires européens, des attelages, des jumelages profitables aux deux parties. Ce nouveau « plan Marshall mondial » nécessiterait des dizaines, des centaines de milliards de dollars, projet auquel pourraient participer cette crème de milliardaires de la planète, évoquée dans une précédente chronique et pour qui le temps serait enfin venu de payer son écot, en dehors du fait de tenter d’enrayer financièrement et par une reconversion constructive de leurs productions industrielles, l’évolution de la maladie. Nous sommes là en pleine virtualité, en douce rêverie peut-être, mais d’où le sens froid et cynique des réalités n’est pas absent. Si rien n’est entrepris, dans trois mois, trois ans, plus tard peut-être, cette masse de réfugiés, ceux qui auront survécu à la pandémie, tragique dans des pays structurés, mais aux conséquences atroces là où rien n’existe, va se mettre en marche ; on ne pourra rien faire pour l’entraver. On peut contrer une invasion de 1’000, 10’000, éventuellement 25’000 personnes, au-delà, c’est impossible stratégiquement. Espérons que le monde occidental cessera d’être obtus et myope et jouera cette carte, par charité, mais aussi par esprit de survie avant une catastrophe irrémédiable.