L’indignation impavide 05.2018

Le 9 août 1974, après des mois de scandales, de commissions d’enquêtes, d’interventions multiples au Congrès, le Président Richard Nixon fut contraint de donner sa démission à la suite du scandale du Watergate dont les répercussions feraient mourir de rire un hacker contemporain en formation. Pour une histoire d’espionnage-broutille d’un congrès du parti démocrate grâce à quelques micros dissimulés dans la salle de réunion, Richard Nixon, brillant président, dut se résoudre à prendre la porte. Nixon avait pourtant des qualités de visionnaire lorsqu’il décida par exemple de nouer coûte que coûte des relations avec la Chine alors à la canopée de son expérience marxiste, mais il était désavantagé par son physique et une certaine vulgarité. Ses adversaires ne manquaient pas de le souligner par une boutade : « Achèteriez-vous une voiture d’occasion à un vendeur ayant cette tête ? » De surcroît, comme avocat, il se défendit mal, jouant un scénario après l’autre ce qui l’amena à se contredire lourdement.

Des décennies plus tard, il y eut l’affaire Clinton. Lui aussi était brillant (un des meilleurs étudiants dans l’histoire de l’Université de Georgetown) sympathique et cultivé. En tant que candidat, il était inattaquable. La famille Bush qui lui était foncièrement hostile pour des raisons politiques, mais aussi et surtout sociales, chercha et trouva la faille : son attirance marquée vers le sexe opposé. C’est ainsi que des histoires d’alcôve qui n’auraient pas mérité un entrefilet dans la presse européenne furent montées en épingle, avec une reprise partielle du scénario précédent, à savoir la défense maladroite d’un ancien avocat qui réussit cependant à s’en tirer de justesse et put achever son mandat.

Peu de temps après, le cours de l’histoire s’accéléra en continuant de se banaliser. Georges W.Bush se montra aussi, totalement dépassé le 11 septembre 2001, poursuivant sans broncher la visite d’une classe enfantine, au moment même où on lui annonçait que son pays était attaqué d’une façon inouïe. Là aussi, l’opinion publique, insidieusement mithridatisée, réagit mollement et ne sut freiner une intervention prétexte en Irak, précédée de violentes diatribes contre Saddam Hussein, certes un dictateur, mais dont le pays se portait relativement bien. On se souviendra avec un sentiment de gêne des pitoyables démonstrations de Colin Powell cherchant à convaincre le Congrès de la dangerosité chimique de deux ou trois poulaillers en bois égarés au milieu du désert. Cette volonté naïve et perverse tout à la fois, d’exporter tous azimuts la Démocratie américaine est une constante de la politique suivie par la plupart des présidents en dépit d’une multitude d’échecs retentissants. En 2005, Georges W. Bush, toujours lui, pataugea, sans mauvais jeu de mot, dans l’organisation des secours après le cyclone Katrina qui coûta la vie à près de 2’000 personnes et au pays plus de 100 milliards de dollars.

En Europe, il y a deux ans, à Paris, le Président Hollande jouait la version française de « Vacances romaines » en se rendant régulièrement en scooter chez sa maîtresse sans que cette nouvelle ne dépassât les satires des chansonniers ou la chronique du Canard Enchaîné !

La blague d’écoliers de Watergate devint risible avec l’avènement des nouvelles technologies et l’invraisemblable accumulation de fichiers auprès de serveurs réputés sérieux, mais qui furent impunément pillés. La faculté d’oubli du public est remarquable : qui se souvient du vol de 500 millions de données chez Yahoo, de 427 chez Myspace, de 145 au détriment d’EBay, sans parler, du cas le plus grave, 87 millions de données détournées en 2016 chez Facebook au bénéfice de Cambridge Analytica, récemment en faillite, et subséquemment, aux partisans du candidat républicain.

A la surprise générale, contre toute attente, ce dernier fut élu en dépit d’un déficit de voix. On changea alors totalement de paradigmes : il y a quelques années, le renvoi d’une personnalité proche du pouvoir entraînait un cataclysme dans les medias. Avec le nouvel élu, une quarantaine de conseillers fut éjectée en un peu plus d’une année sans ménagement ni scandale, en n’oubliant pas le népotisme systématique du nouveau président ou sa collusion marécageuse avec des instances russes, ainsi que les volte-face, l’abrogation de traités ou la remise en cause d’accords d’importance vitale.

Les plombiers du Watergate qui ont dû souvent purger de longues années de prison, ou leurs descendants, doivent constater avec amertume que notre monde a radicalement changé, à telle enseigne qu’il accepte dorénavant avec mansuétude, voire indifférence, n’importe quoi de n’importe qui.
 

Allô Tonton ? Pourquoi tu-tousses ? 04.2018 (2)

Allô Tonton ? Pourquoi tu-tousses ? Ce sketch de Fernand Raynaud, datant de plusieurs dizaines d’années est à nouveau d’actualité à Athènes où le tiers de la population tousse et expectore en raison des séquelles d’une grippe hivernale opiniâtre et de nuages jaunes de sable saharien convoyé par les courants aériens en provenance d’Afrique.

Dans un domaine médical connexe, on parle beaucoup d’un scandale Novartis, pratiquement ignoré en Suisse et lancé semble-t-il par les Américains, selon lequel la société helvétique aurait cherché à dynamiser ses ventes à l’étranger en recourant à l’appui occulte de dizaines de politiciens de tous bords et la bienveillance coopérative de milliers de praticiens.

La saison touristique bat déjà son plein, avec en variante, le recours toujours plus accentué au système « BnB » qui profite à tout le monde sauf aux hôteliers traditionnels. Les voyageurs se passent les adresses en catimini, et les logeurs des quartiers centraux ou proches de sites historiques ont les poches emplies d’Euros qu’ils déversent impunément dans les boutiques et les restaurants de tous bords, d’où une impression de nouvelle aisance pour les personnes concernées.

Il convient à cet égard de se remémorer que l’institution de la dot, la Prika, en Grèce, est toujours en vigueur et qu’il n’est pas rare de voir des jeunes filles d’origine modeste posséder ne serait-ce qu’un studio qu’elles peuvent louer aisément après leur mariage.

Il faut dire que dans notre monde méditerranéen actuel, la Grèce fait figure d’exception, par le calme dans les rues et l’absence d’actions terroristes. Espérons que cette quiétude puisse perdurer en dépit des moulinets de cimeterre du Sultan Erdogan qui semble avoir trouvé un maître à penser compréhensif dans le trublion orangé d’Outre-Atlantique.

L’approche est la même : la remise en cause de traités internationaux datant de plusieurs dizaines d’années et des manœuvres outrecuidantes à grand renfort de violations répétés des eaux territoriales ou de débarquements dans des îlots peuplés de quelques chèvres égarées, où flotte le drapeau hellénique, mais dont la mer qui les entoure pourrait recéler des gisements pétroliers.

Indépendamment du dossier Novartis évoqué en préambule, la Suisse depuis quelques années, n’était guère en odeur de sainteté en Grèce. Les affaires bancaires, les échanges d’informations, précédemment, même le collapse de Swissair avaient passablement terni notre image. Au fil du temps pourtant, les esprits s’apaisent et dans le contexte de tensions politiques régionales, les regards se tournent à nouveau vers notre pays, îlot sûr et insolemment prospère dans un continent aux contours convulsés.
 

Saharapolis (04.2018)

Il y a quelques semaines, Amazon a décidé d’intensifier ses ventes de médicaments par internet et même d’envisager prochainement d’expédier par courrier des produits nécessitant préalablement une ordonnance.

Pour les conseils, le risque d’interaction entre plusieurs remèdes, les contre-indications en général, le patient aura le choix entre une lecture laborieuse à la loupe de posologies écrites en caractères minuscules, et encore à la condition qu’il en comprenne le sens, ou consulter Internet dans la fastidieuse recherche d’improbables éclaircissements !

Il y a quelques mois, nous avions consacré un paragraphe d’une chronique à la fermeture à Genève de deux commerces emblématiques : Rasora et Girard aux Grottes alors qu’aujourd’hui la vénérable Maison Gras clôt aussi ses portes.

Le mouvement s’amplifie, les commerces individuels ferment les uns après les autres au profit d’immenses surfaces anonymes où les acheteurs passent des week-ends entiers, à se saouler de musique de fond hallucinogène tout en confiant leur progéniture à des bacs de sable douteux et grouillant de bactéries, ou des châteaux de plastique ternis par l’ abondante transpiration enfantine.

Pour l’heure, seul le grand luxe échappe au massacre en conservant et aménageant des boutiques aux endroits stratégiques, mais les devantures aveugles ou en voie de fermeture faute de chalands se multiplient ; les supermarchés évoqués plus haut succombent eux-aussi progressivement à cette malédiction, et il n’est pas rare, dans le concept de « shops in the shop » de voir des vitrines qui progressivement s’obscurcissent et sont remplacées par de lourds rideaux de fer. Les cafés et restaurants tirent de justesse leur épine du jeu, à condition de se situer sur des rues passantes ou d’être étoilés. Dans les banques, les apprentis-caissiers ont cédé la place à des automates qui ont le mérite d’être compétents une fois qu’on en a mémorisé l’accès.

Dans les villes à caractère touristique, un segment commercial se développe encore paradoxalement: des agences immobilières se disputant souvent les mêmes objets, et ne contribuant guère à animer les rues.

Depuis quelques années, la phrase à la mode est « Je l’ai trouvé sur Internet ! »

Ce qu’on appelle communément l’e-commerce se révèle extrêmement destructeur. Il freine les déplacements des gens qui parfont leur cellulite en passant des heures devant leur ordinateur, sortant parfois, hagards, pour examiner de-visu l’article qu’ils ont repéré sur l’ écran, au grand dam du commerçant survivant qui se mue progressivement en animateur d’exposition à l’image des hôtesses du Salon de l’Auto.

Ce recours progressif à l’ordinateur pour les achats est pernicieux et destructeur. Les gens âgés se sentent perdus ; leurs boutique de quartier conviviale disparaît et avec elle, un point de rencontre, ce qui incite des gens encore en pleine forme, mais quasi abandonnés par le monde social et économique, à chercher refuge par défaut dans des EMS ou autres asiles déjà encombrés. Des commerces d’outillage, de confection, d’épicerie, voire de fleurs disparaissent du tissu économique. Les villes et les rues sont de plus en plus désertes n’abritant la nuit que des loubards à la recherche d’un sac à main facile à arracher ! Le Politique, avec un grand P, l’Economie avec un grand E, le bien-être social doivent se saisir le plus tôt possible de ce problème aux conséquences mortifères en recourant à la seule arme classique de dissuasion à disposition : l’Impôt !

On ne peut pas béatement et impunément continuer de s’extasier devant les performances d’Amazon, EBay ou autre Ali-Baba qui fructifient par la misère : les fermetures de magasins, le licenciement de personnel qualifié au profit de manœuvres de moindre qualité, l’augmentation de surfaces commerciales vacantes, la désertification des agglomérations et l’abrutissement des internautes.

Si on introduisait des taxes de 30 ou 40%, voire davantage, sur les achats de l’e-commerce, ce dernier serait ramené à des proportions plus mesurées empêchant ainsi que des pans entiers de l’économie et du tissu social ne s’écroulent totalement.

C’est terriblement urgent !
 

US dollar for ever or never more 03.2018

Tous les deux ou trois ans, un commentateur financier entreprend de recourir à l’image afin de représenter la dette américaine. Par commodité, comme unité de volume, il utilise le billet de cent dollars, la coupure la plus connue, ne serait-ce qu’en tant que trame d’échanges dans nombre de films policiers américains.

Au fil du temps, on a représenté cette dette, successivement par le volume d’une maison, d’un immeuble, voire d’une tour. Avec près de 20 trillions, la dette exprimée en billets de 100 dollars, correspond aujourd’hui au cubage de deux fois les tours jumelles détruites par les attentats du 9 septembre 2001, soit quatre tours ; autant dire qu’il s’agit d’un chiffre intersidéral, monstrueux électron, qui ne peut que gonfler inconsidérément avant le cataclysme.

Depuis 1970, avec l’abandon de la couverture-or du dollar par le président R.Nixon et son remplacement par une pirouette selon laquelle le dollar serait aussi sûr et valable que le métal précieux, le doute s’est insidieusement distillé dans les esprits, à telle enseigne que par rapport à notre monnaie, la parité s’est effondrée de plus de 4 francs à moins d’un franc.

Les mises en garde, parfois chauvines, n’ont pas manqué : le Général de Gaulle par principe, qui ne tolérait pas l’hégémonie américaine sous toutes ses formes et ne manquait pas de critiquer cet impérialisme monétaire en proposant le retour à l’étalon-or.

Mais, l’action la plus spectaculaire de remise en cause du dollar, par ses répercussions politiques, au gré d’un incident mêlant le complot, l’indécence, le courtelinesque et la vénalité, a bien été celle de Dominique Strauss Kahn.

Le 10 février 2011, deux mois avant l’incident du Sofitel de New-York, le patron du FMI, devant un parterre de journalistes, en appelait en effet à un redimensionnement du poids du dollar au profit des droits de tirage spéciaux, mettant en exergue l’euro, la Livre sterling et surtout le Yuan. Il demandait aussi avec insistance un audit des réserves d’or américaines, le dernier contrôle remontant à plus de dix ans. Cette prise de position était proprement inacceptable pour les USA.

En se remémorant ces faits, on comprend peut-être mieux la complaisance des medias d’Outre-Atlantique à souligner l’aspect sordide de l’affaire de Nafissatou Diallo, qui entre parenthèses, a bénéficié d’une compensation d’un million et demi de dollars, de quoi donner des idées à toutes les personnes qui, depuis quelques mois se plaignent d’harcèlements remontant parfois à plus de 20 ans !

Cette manifestation de vengeance a certainement eu aussi l’aval d’un ou de plusieurs candidats à la présidence de la France, DSK ayant été jusque-là, considéré comme le candidat le mieux placé dans la joute.

Depuis, la remise en cause du dollar n’a pas cessé, mais gagné en ampleur ; maintenant, il ne s’agit plus des commentaires d’un responsable ignominieusement contraint de quitter son hôtel par une porte dérobée pour faire face soudainement à des dizaines de caméras installées par hasard, mais de lames de fond au niveau gouvernemental de plusieurs pays, et ce ne sont pas les prises de position contradictoires du Président américain en opposition avec son Secrétaire du Trésor qui pourraient calmer le jeu. Le comportement de l’exécutif américain est d’ailleurs totalement surréaliste : réduire drastiquement la charge fiscale d’une minorité de privés et d’entreprises (de 35 à 21%) tout en voulant se lancer dans des travaux d’infrastructure gigantesques ! Qui va payer ou plutôt qui va continuer d’imprimer de la monnaie sans discernement ? Le grand acteur politique qu’est la Chine a déjà averti Ryad qu’elle sans forcerait les Saoudiens à accepter le yuan en payement du pétrole acheté.

La Russie n’est pas en reste ; elle a aussi intégré le yuan dans ses réserves officielles. En août 2015, les cambistes et les compagnies russes ont acheté un nombre record de 18 milliards de yuans soit environ 3 milliards de dollars. Le Brésil et d’autres pays, lassés de devoir acheter de la dette du Trésor américain, sont à la recherche d’autres devises ou réserves. La Russie, toujours elle, a triplé son stock d’or de 600 à 1’800 tonnes, ce qui pour elle est son arme la plus agressive.

La première ligne de défense consiste en effet à acquérir de l’or physique qui ne peut pas être gelé hors du système de payement international ou piraté .Avec de l’or, on peut toujours payer un autre pays en mettant le métal précieux dans un avion.

Beaucoup de pays ne veulent plus aussi dépendre uniquement du Swift dont ils risquent d’être exclus. La Russie conjointement avec la Chine élaborent un système de transactions, excluant le dollar américain et cherchant à développer la technologie blockchain, entièrement chiffrée, peu coûteuse et ne dépendant ni des banques occidentales, ni du Swift ni du dollar.

Et dans la pratique, que faire si on détient des dollars ?

En tout cas, éviter comme la peste les obligations et les placements à court terme dans cette monnaie en dépit de taux en reprise. Favoriser en désespoir de cause, les actions américaines de très grande qualité : « les Aristocrates », qui payent un bon dividende depuis au moins 20 ans, et encore et toujours, de l’or.

On n’est pas au bout de nos surprises, ni avec les USA ni de surcroît, avec leur président en fonction.

 

Tachycardes s’abstenir 02.2018

Dans notre chronique de septembre dernier, nous avions évoqué le développement hors-nature des crypto monnaies et le danger qu’elles représentaient pour un système financier, parfois brinquebalant, mais qui a passé bien des épreuves avec succès en raison de l’adaptabilité des entreprises : à cet égard, la Suisse est un cas d’école.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », la formule de Lavoisier n’a pas pris une ride, mais on ne peut s’empêcher de l’évoquer face aux sauts violents des Bitcoin et autres Ether. A la base de leur « création », il n’y a rien, hormis de laborieux calculs au moyen d’ordinateurs puissants qui cherchent à résoudre des équations à plusieurs dizaines de chiffres, le tout représentant une invraisemblable consommation de courant, à tel point que des miners doivent s’égarer et s’établir dans des vallées aux accès fréquemment obstrués par des avalanches, mais qui présentent un seul atout, à savoir que l’électricité y est bon-marché, et pour cause !

Quelques lecteurs nous ont reproché notre absence d’imagination, notre ringardise et notre détermination à refuser l’innovation. Dans la première quinzaine de janvier pourtant, un acteur de poids, Warren Buffet, s’est rallié à notre scepticisme dans le cadre d’une interview accordée à CNBC ; interrogé sur les perspectives des crypto-monnaies, il leur a clairement prédit un avenir funeste : « A bad ending ».

L’avis d’un sage comme l’animateur de Berkshire Hathaway est à prendre en compte.

A part ses aphorismes légendaires ; « C’est à la marée basse qu’on voit ceux qui sont nus » ou « Si vous n’êtes pas prêt à conserver une action dix ans abstenez-vous », il s’est distingué par ses conceptions simples et concrètes en matière d’investissements : des entreprises reconnues, une activité aisément identifiable, une croissance régulière de cette dernière, accompagnée d’une distribution progressive des bénéfices aux actionnaires. A ce propos, et c’est probablement l’une des rares choses qu’on puisse lui reprocher, ses fonds ne distribuent rien ; si on a besoin de liquidités, il convient de vivre frugalement comme lui ou vendre des parts. Cette forme d’épargne sous contrainte a des vertus mais peut parfois être rébarbative.

Quoi qu’il en soit, on comprend aisément que la philosophie pragmatique de l’oracle d’Omaha, soit aux antipodes des monnaies virtuelles. L’épiphénomène que représentent les crypto-monnaies est un schéma assez classique après une longue période d’euphorie, en l’occurrence boursière, comme nous l’avons connu depuis plusieurs mois, une sorte de bouquet final marquant la fin du spectacle.

En fait, les exubérances passées ne parviennent pas à voiler un sentiment de malaise général, une sorte de calme avant l’ouragan, qui caractérise les marchés. Des chiffres d’abord : l’effondrement du dollar par rapport à l’Euro, de même pour le dollar-index qui a abandonné plus de 10%.

D’autre part, est-ce normal que des centaines de chaînes de télévision consacrent des dizaines de reportages à la santé physique, accessoirement mentale du leader de la plus grande puissance mondiale ? C’est du jamais-vu. Est-ce acceptable que le même leader singe devant des millions de téléspectateurs un malheureux journaliste handicapé ? À ce niveau de pouvoir, il y a des limites à l’indécence et on ne peut que prier le Ciel pour qu’il n’y ait pas de péril de conflagrations mondiales avec un tel commandant.

Sur le plan strictement boursier, notamment américain, les titres sont traités à un fort multiple (plus de 30 fois les bénéfices estimés) alors que le total des dettes de l’industrie ou de prêts sur titres avoisine les 56% du GDP, soit le niveau de 2008 tandis que les dettes des ménages dépassent 13 trillions ; sur dix dollars de revenus, un est consacré à éponger des dettes ! Même le taux de chômage dont se gargarise le président, qui entre parenthèses dépense à tour de bras tout en diminuant les recettes, ce qui contraindra le Trésor à emprunter près d’un trillion en 2018 avec des taux en augmentation, n’est ni unique ni immuable ; il était identique en 1990 et 2000, peu avant de fortes réactions des marchés. Enfin, le « sentiment index » qui reflète l’opinion, inversée du public (le pauvre public se trompe systématiquement, à telle enseigne que sa propension à l’erreur est devenue un indice de référence !) est proche des données de l’an 2000 avec les conséquences qu’on a vues.

Conclusion de ce qui précède : ne pas paniquer, se concentrer sur les titres de qualité à rendement, si possible croissant, garder du cash pour des besoins d’une année, acquérir quelques pièces d’or, au cas où, et laisser jouer et perdre les « miners » et autres adeptes avec leurs crypto monnaies.