L’apprenti-sorcier scandinave 08.2018

La Suède tente une expérience peu commune depuis plus de deux ans, à savoir l’abolition de la monnaie fiduciaire (pièces et billets de banque) au profit de la seule monnaie scripturale (dépôts auprès des banques)

L’achat d’une plaquette de chocolat nécessite l’utilisation d’une carte de crédit, outil réservé dans la plupart des autres pays aux transactions importantes. Une application téléphonique au moyen de « Swisch » couvre les achats minimes.

La couronne suédoise dont l’origine remonte à 1873 va donc bientôt tomber dans les oubliettes de l’Histoire.

A première vue, les Suédois s’accommodent de cette situation. Il est vrai que les expériences de socialisations à froid et l’omniprésence d’un Etat-Providence a progressivement forgé une forme de passivité face à cette opération sous contrainte.

Il y a pourtant un facteur qui ne saurait laisser indifférent : la lente mais persistante érosion de la couronne par rapport à d’autres monnaies comme l’Euro, le dollar américain ou le Franc suisse. La glissade par rapport à ces trois devises est de l’ordre de 20 à 30% en trois ans tandis que le pays se porte bien fondamentalement parlant.

Il n’y a pas de données officielles sur cette évolution mais l’explication est probablement psychologique. Des Suédois incrédules, dans un réflexe de sauvegarde, accumulent progressivement des espèces étrangères sous forme de billets.

Il y a peut-être aussi une autre explication concrète à la décision de la Riksbank d’abolir les transactions en cash : tenter d’instaurer un contrôle indirect sur une immigration devenue quasi-incontrôlable.

La Suède a longtemps été considérée comme un Parangon de vertu, en raison de sa neutralité objective lors de la deuxième guerre mondiale. Avec l’usure du temps et les archives qui s’entrouvrent, la réalité est infiniment moins glorieuse. Au cours de la période 1939-45 la Suède a en effet autorisé le passage des convois de la mort sur son territoire ou le transport de troupes nazies vers la Norvège, sans évoquer l’exportation occulte de matières premières vers le 3ème Reich.

La prise de conscience de ce passé entaché a mis à mal la quiétude suédoise. Le pays a brusquement pris conscience qu’il avait une dette envers l’Histoire et qu’il fallait l’effacer par tous les moyens disponibles. Celui qui fut retenu en priorité consista à ouvrir ingénument les frontières à tous les candidats requérants, qui se précipitèrent par centaines de milliers. Dès la décennie 1950-60, les « travailleurs invités » furent légion à l’image de ce qui se passait en l’Allemagne.

Dans plusieurs villes du pays, la situation est devenue incontrôlable, le pourcentage de Suédois de souche étant devenu inférieur à 20%. Dès lors, le seul moyen pas trop coercitif de contrôler la situation était le monétaire.

Les immigrés seront dès lors graduellement contraints de participer à la disparition de la monnaie fiduciaire faute de courir le risque de se voir encore plus marginalisés.

On a affaire à une course contre la montre pour le gouvernement qui tente de sauvegarder ce qui peut l’être. Espérons que le remède de cheval ne sera pas pire que le chancre qu’il entend soigner.

En marge de ce qui précède, on peut légitimement se demander les raisons pour lesquelles les gouvernements du Nord de l’Europe n’ont pas favorisé l’intégration infiniment plus aisée de ressortissants de leurs voisins du Sud comme l’Espagne, l’Italie ou plus récemment la Grèce dont les taux de chômage des jeunes dépassaient souvent les 30%. L’Europe s’en serait trouvée singulièrement renforcée et moins hétérogène.
 

Si l’on regarde d’un peu plus près… 07.2018

L’imprévisibilité de M.Trump et ses conséquences ont comme résultat qu’il est devenu impossible de rédiger une chronique sans qu’il soit fait référence à ses contradictions qui finiront par déteindre sur l’économie ; c’est cet aspect qui précisément nous intéresse.

Depuis son arrivée, les milliardaires, animateurs-dirigeants des grandes sociétés, surtout dans le domaine technologique comme Alphabet, Amazon, Facebook ou Microsoft ont gagné d’invraisemblables fortunes. Pour les moins nantis, le constat est plus nuancé.

Derrière le feu d’artifice se cache une réalité plus sordide. Tout le système repose sur un déficit béant à la croissance sans fin, avec le fallacieux espoir que l’économie américaine devrait connaître un tel envol que par un mouvement d’inertie magique, tout serait pondéré et corrigé par des recettes fiscales en forte augmentation. Pour un individu, cela reviendrait à entreprendre des dépenses inconsidérées en spéculant sur les résultats du loto ou la roulette du casino !

Après la crise financière 2008-2009, tant M.Draghi que Mme Yellen ont inondé les marchés de cash et de formidables lignes de crédit. En dix ans, le montant de la dette américaine a ainsi crû de 15 trillions à plus de 20, soit une augmentation d’un tiers entraînant une charge accrue d’intérêts qui représentera plus de 3% du PIB dans les dix ans à venir. Le marché des actions américaines, pourtant, enfumé par les baisses d’impôts des grandes sociétés a augmenté de 300%.

On dit que lorsque la marée monte, tous les bateaux s’élèvent. En l’occurrence, le dicton est faux. Certes les yachts appartenant à des banquiers, des directeurs de fonds de placement ou de grands spéculateurs ont augmenté de niveau, donc de prix, tandis que les embarcations plus modestes et moins prestigieuse comme les bateaux de pêche, les barges , les transporteurs de matières premières ou les simples cargos, bref les représentants de la véritable économie, ont à peine bougé et frôlent la vase.

Les récentes décisions américaines tendant à taxer lourdement les importations ne sont pas de nature à dynamiser l’économie de base. Toutes les tentatives de repli dans l’histoire financière américaine, se sont soldées par de graves échecs. On en a déjà une première preuve emblématique avec la décision d’Harley Davidson, d’exporter une partie de sa fabrication hors des Etats-Unis, au grand dam de l’Orangé, mal remis d’avoir été roulé dans la farine par Kim Jong-un.

Parallèlement, le niveau de taux d’intérêts augmente inexorablement ; le réveil sera pénible pour des entreprises qui ont pu facilement emprunter à des taux avoisinant zéro et qui vont être très rapidement confrontées à des niveaux de 3-4 %, voire plus.

Dans le monde financier, ponctuellement, on entend parler de radio-couloir rapportant des ragots, des rumeurs ainsi que des élucubrations plus ou moins fantaisistes. En l’occurrence, sporadiquement, on évoque le dessein de D.Trump de procéder, on ne sait techniquement comment, à une revalorisation massive du stock d’or de Fort-Knox afin de redonner du lustre au dollar dont la valeur d’achat est quasi symbolique. L’opération s’inscrit-elle dans le concept trumpinesque de MAGA ? Ce n’est pas totalement impossible ? Elle déclencherait en tout cas un cataclysme financier s’inscrivant dans le scénario de chaos dont raffole le Président !

On a évoqué précédemment les casinos et leurs jeux ; souhaitons que les hausses inconsidérées des marchés américains soient d’une autre nature que des châteaux de cartes. Les récentes secousses boursières sont peut-être les prémisses d’un séisme d’envergure.
 

Le cancre du fond de la classe près du radiateur 06.2018

Le trublion d’outre-Atlantique a encore fait des siennes. En quelques mois, il a menacé l’hurluberlu de Corée du Nord de l’anéantissement par le feu nucléaire, avant de reconnaître en lui une grande lucidité politique et sa volonté d’entamer un dialogue constructif, écorné rapidement, il est vrai, par des manœuvres militaires américaines conjointes avec l’allié de Corée du Sud.

Maintenant, tout est oublié, tout a été remis en question ; la rencontre de Manille entre les deux dirigeants ne devait pas avoir lieu. Le trublion a d’ailleurs utilisé un mode de communication peu commun en diplomatie, surtout à un haut niveau, faisant apparaître sur les écrans des grandes chaînes de télévision, la lettre d’annulation de la Maison blanche destinée au leader nord-Coréen, humiliant ce dernier qui avait déjà fait défiler des cohortes de fillettes enrubannées et auréolées de couronnes de fleurs, afin de souligner l’esprit d’apaisement retrouvé. En Corée du sud, le gouvernement a passé pour un fantoche après avoir notamment déjà fait taire les haut-parleurs de propagande arrosant l’autre partie du pays, experte elle-aussi dans l’intoxication sonore.

Mais, du jour au lendemain, l’Américain fait volte-face dans la plus pure tradition d’un dictateur d’opérette, en confirmant le rendez-vous du 12 juin qu’il venait d’annuler ; quelques jours plus tard, il met en pièces des règles de l’OMC, acquises de longue lutte, en soumettant à de lourds droits de douane, les exportations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada, du Mexique et bien entendu de la Communauté Européenne. Puis, il revendique le droit de s’auto-gracier dans l’hypothèse où il serait mis en cause dans l’affaire de l’ingérence russe.

Avec ce genre de méthodes, l’orangé devient infréquentable. Ses exactions ravissent encore d’aise peut-être les plus primitifs de ses électeurs, mais indispose gravement la classe politique de tous bords. Au niveau international, les représentants des nations comprennent que c’est un personnage sanguin et versatile qui se complait dans les effets d’annonce chaotiques sans en mesurer les conséquences. Pendant ce temps-là, Emmanuel Macron a trouvé à St. Petersburg en la personne de V.Poutine, un interlocuteur certes réfrigérant, mais qui a un esprit de continuité.

Après son expérience américaine aux accents parfois burlesques, le Président français a compris qu’il fallait enterrer rapidement la stupide mise à ban du leader russe et conforter les liens historiques, politiques et économiques avec ce puissant pays. Au moins a-t-il affaire à une contrepartie dure mais stable.

Première quinzaine de juin, nouveau chapitre guignolesque : après que le sommet du G7 de Québec eût péniblement accouché d’une résolution, et une fois qu’il fut dans son avion, le trublion déclara que sa co-signature n’était plus valable ; en filigrane que pour lui, le G7 s’était mué en G2 : la Chine et les USA.

Reniant ses récentes prises de position fracassantes, il s’embarque vers Manille où il signe un « accord » aux conséquences floues avec le leader nord-coréen ; le manque de prévisibilité dut être leur terrain d’entente ! Mais D.Trump devrait se méfier de la rouerie d’un dictateur de troisième génération avec une profonde connaissance des arcanes asiatiques.

Les frasques affligeantes d’outre-Atlantique ne sont pas qu’anecdotiques. Elles ont des répercussions dans d’autres domaines y compris le financier. Ce que les marchés détestent par-dessus tout, c’est l’incertitude, l’inconstance et dans une certaine mesure, l’absence d’éthique, visible par exemple dans le scandale Facebook.

Il en ressort qu’en matière d’investissement les Etats-Unis présentent maintenant un risque accru autre que simplement économique ; tout est devenu instable, à la merci d’une saute d’humeur d’un président vaniteux et inexpérimenté.

L’Europe, en revanche, y-compris notre pays, offre non seulement un visage plus stable, nonobstant des foyers populistes qui s’éteignent souvent d’eux-mêmes, mais une économie en forte reprise. Elle est donc à favoriser.

Il y a quelques années, le futur président américain animait une émission de télévision démagogue, au cours de laquelle des candidats à un poste passaient une batterie de tests.

Fréquemment, ils étaient éjectés par la formule « You are Fired »

Qui sait si le destin malin n’aura pas sa revanche un jour prochain?
 

L’indignation impavide 05.2018

Le 9 août 1974, après des mois de scandales, de commissions d’enquêtes, d’interventions multiples au Congrès, le Président Richard Nixon fut contraint de donner sa démission à la suite du scandale du Watergate dont les répercussions feraient mourir de rire un hacker contemporain en formation. Pour une histoire d’espionnage-broutille d’un congrès du parti démocrate grâce à quelques micros dissimulés dans la salle de réunion, Richard Nixon, brillant président, dut se résoudre à prendre la porte. Nixon avait pourtant des qualités de visionnaire lorsqu’il décida par exemple de nouer coûte que coûte des relations avec la Chine alors à la canopée de son expérience marxiste, mais il était désavantagé par son physique et une certaine vulgarité. Ses adversaires ne manquaient pas de le souligner par une boutade : « Achèteriez-vous une voiture d’occasion à un vendeur ayant cette tête ? » De surcroît, comme avocat, il se défendit mal, jouant un scénario après l’autre ce qui l’amena à se contredire lourdement.

Des décennies plus tard, il y eut l’affaire Clinton. Lui aussi était brillant (un des meilleurs étudiants dans l’histoire de l’Université de Georgetown) sympathique et cultivé. En tant que candidat, il était inattaquable. La famille Bush qui lui était foncièrement hostile pour des raisons politiques, mais aussi et surtout sociales, chercha et trouva la faille : son attirance marquée vers le sexe opposé. C’est ainsi que des histoires d’alcôve qui n’auraient pas mérité un entrefilet dans la presse européenne furent montées en épingle, avec une reprise partielle du scénario précédent, à savoir la défense maladroite d’un ancien avocat qui réussit cependant à s’en tirer de justesse et put achever son mandat.

Peu de temps après, le cours de l’histoire s’accéléra en continuant de se banaliser. Georges W.Bush se montra aussi, totalement dépassé le 11 septembre 2001, poursuivant sans broncher la visite d’une classe enfantine, au moment même où on lui annonçait que son pays était attaqué d’une façon inouïe. Là aussi, l’opinion publique, insidieusement mithridatisée, réagit mollement et ne sut freiner une intervention prétexte en Irak, précédée de violentes diatribes contre Saddam Hussein, certes un dictateur, mais dont le pays se portait relativement bien. On se souviendra avec un sentiment de gêne des pitoyables démonstrations de Colin Powell cherchant à convaincre le Congrès de la dangerosité chimique de deux ou trois poulaillers en bois égarés au milieu du désert. Cette volonté naïve et perverse tout à la fois, d’exporter tous azimuts la Démocratie américaine est une constante de la politique suivie par la plupart des présidents en dépit d’une multitude d’échecs retentissants. En 2005, Georges W. Bush, toujours lui, pataugea, sans mauvais jeu de mot, dans l’organisation des secours après le cyclone Katrina qui coûta la vie à près de 2’000 personnes et au pays plus de 100 milliards de dollars.

En Europe, il y a deux ans, à Paris, le Président Hollande jouait la version française de « Vacances romaines » en se rendant régulièrement en scooter chez sa maîtresse sans que cette nouvelle ne dépassât les satires des chansonniers ou la chronique du Canard Enchaîné !

La blague d’écoliers de Watergate devint risible avec l’avènement des nouvelles technologies et l’invraisemblable accumulation de fichiers auprès de serveurs réputés sérieux, mais qui furent impunément pillés. La faculté d’oubli du public est remarquable : qui se souvient du vol de 500 millions de données chez Yahoo, de 427 chez Myspace, de 145 au détriment d’EBay, sans parler, du cas le plus grave, 87 millions de données détournées en 2016 chez Facebook au bénéfice de Cambridge Analytica, récemment en faillite, et subséquemment, aux partisans du candidat républicain.

A la surprise générale, contre toute attente, ce dernier fut élu en dépit d’un déficit de voix. On changea alors totalement de paradigmes : il y a quelques années, le renvoi d’une personnalité proche du pouvoir entraînait un cataclysme dans les medias. Avec le nouvel élu, une quarantaine de conseillers fut éjectée en un peu plus d’une année sans ménagement ni scandale, en n’oubliant pas le népotisme systématique du nouveau président ou sa collusion marécageuse avec des instances russes, ainsi que les volte-face, l’abrogation de traités ou la remise en cause d’accords d’importance vitale.

Les plombiers du Watergate qui ont dû souvent purger de longues années de prison, ou leurs descendants, doivent constater avec amertume que notre monde a radicalement changé, à telle enseigne qu’il accepte dorénavant avec mansuétude, voire indifférence, n’importe quoi de n’importe qui.
 

Allô Tonton ? Pourquoi tu-tousses ? 04.2018 (2)

Allô Tonton ? Pourquoi tu-tousses ? Ce sketch de Fernand Raynaud, datant de plusieurs dizaines d’années est à nouveau d’actualité à Athènes où le tiers de la population tousse et expectore en raison des séquelles d’une grippe hivernale opiniâtre et de nuages jaunes de sable saharien convoyé par les courants aériens en provenance d’Afrique.

Dans un domaine médical connexe, on parle beaucoup d’un scandale Novartis, pratiquement ignoré en Suisse et lancé semble-t-il par les Américains, selon lequel la société helvétique aurait cherché à dynamiser ses ventes à l’étranger en recourant à l’appui occulte de dizaines de politiciens de tous bords et la bienveillance coopérative de milliers de praticiens.

La saison touristique bat déjà son plein, avec en variante, le recours toujours plus accentué au système « BnB » qui profite à tout le monde sauf aux hôteliers traditionnels. Les voyageurs se passent les adresses en catimini, et les logeurs des quartiers centraux ou proches de sites historiques ont les poches emplies d’Euros qu’ils déversent impunément dans les boutiques et les restaurants de tous bords, d’où une impression de nouvelle aisance pour les personnes concernées.

Il convient à cet égard de se remémorer que l’institution de la dot, la Prika, en Grèce, est toujours en vigueur et qu’il n’est pas rare de voir des jeunes filles d’origine modeste posséder ne serait-ce qu’un studio qu’elles peuvent louer aisément après leur mariage.

Il faut dire que dans notre monde méditerranéen actuel, la Grèce fait figure d’exception, par le calme dans les rues et l’absence d’actions terroristes. Espérons que cette quiétude puisse perdurer en dépit des moulinets de cimeterre du Sultan Erdogan qui semble avoir trouvé un maître à penser compréhensif dans le trublion orangé d’Outre-Atlantique.

L’approche est la même : la remise en cause de traités internationaux datant de plusieurs dizaines d’années et des manœuvres outrecuidantes à grand renfort de violations répétés des eaux territoriales ou de débarquements dans des îlots peuplés de quelques chèvres égarées, où flotte le drapeau hellénique, mais dont la mer qui les entoure pourrait recéler des gisements pétroliers.

Indépendamment du dossier Novartis évoqué en préambule, la Suisse depuis quelques années, n’était guère en odeur de sainteté en Grèce. Les affaires bancaires, les échanges d’informations, précédemment, même le collapse de Swissair avaient passablement terni notre image. Au fil du temps pourtant, les esprits s’apaisent et dans le contexte de tensions politiques régionales, les regards se tournent à nouveau vers notre pays, îlot sûr et insolemment prospère dans un continent aux contours convulsés.