La crypte est-elle hantée avant la fin de l’année ? 12.2020

Il y a près de 4 ans, en mars 2017, nous avions consacré une chronique aux crypto-monnaies, particulièrement au Bitcoin, dont le mode de création, moyennant la résolution d’une équation sans fin, à grand renfort de superordinateurs nécessitant une invraisemblable consommation d’électricité, laissait perplexe et dubitatif quant à l’usage et l’avenir de cette pseudo-devise.

Les années suivantes nous donnèrent raison en ce sens que le cours du Bitcoin, à l’époque aux alentours de 17’000 dollars, se vaporisa pour descendre aux alentours de 3’000 dollars dans des volumes de plus en plus rachitiques.

Le temps passa, l’atmosphère financière se modifia, devint de plus en plus abstraite au gré du mandat surréaliste de D.Trump, de toutes les extrapolations qui s’ensuivirent avec, en apothéose, la pandémie du Covid19. Après l’an 2000, le monde occidental s’était pourtant réhabitué à une certaine discipline budgétaire, aux USA, mais surtout au sein de la Communauté Européenne avec le respect des fameux critères de Maastricht.

Début 2020, en quelques mois, tout bascula. Adieu, la discipline, adieu la recherche de valeurs sûres et éprouvées. A partir du moment où on ne parle plus qu’en billions, en centaines de ces derniers, voire en milliers, la donne change quand on fait tourner la planche à billets à une vitesse supersonique. Comment peut-on donner encore une valeur intrinsèque à ces tonnes de papiers, aux USA, mais en Europe aussi ? Qu’est-ce qui fait la valeur d’une monnaie ?

Finalement, on ne sait plus de quoi on parle ; on jongle avec les milliards, un peu à l’instar de ces savants candides qui évoquent des astres découverts, situés à 400 ou 500 années lumières, comme s’ils se trouvaient à notre porte, en oubliant de rappeler que la lumière parcourt 300 mille kilomètres en une seconde ! D’ailleurs, au-delà de quelques millions de francs, de dollars ou de n’importe quelle autre devise, on ne peut même pas visualiser ou concevoir ce que cela représente.

Or, un seul milliard de dollars, de francs ou d’Euros en billets représente un poids de près de 10 tonnes !

Dans le calcul de la valeur intrinsèque d’une monnaie, oublions l’or, réduit à une peau de chagrin, ou des réserves de devises dont les fluctuations sont elles-aussi, tsunamesques (pardon pour le néologisme). On recourt alors à des subterfuges comme la puissance industrielle encore que celle-ci a, un peu partout, connu une forte contraction. Demeure la force militaire, mais n’est-elle pas aléatoire, car il faut payer les soldats et entretenir leur équipement et les installations ? Avec quoi ? Une monnaie de singe !

D’ailleurs, en dehors de ces circonstances particulières, des experts ont tenté de définir la réelle valeur du dollar, en tenant compte de l’inflation et du pouvoir d’achat des ménages. On arrive péniblement, exprimée en francs suisses, à quelques centimes. Le seul aspect relativement positif de ce recours incontrôlé et incontrôlable à l’emprunt, réside dans les taux extrêmement réduits, quoiqu’ il ne faille pas rêver, ces facilités ne seront jamais remboursées.

Cette explosion du recours à la planche à billets a créé un scepticisme à l’égard des monnaies traditionnelles, hormis peut-être le franc suisse qui est toujours considéré comme une devise à part.

Les investisseurs, surtout les plus jeunes, n’ont pas été indifférents face à ces évolutions ; d’ailleurs leur propension à épargner est pratiquement nulle dans la plupart des cas, les inconscients comptant naïvement sur des caisses de pensions confrontées à des taux de rendement avoisinant zéro, parfois moins.

Lorsqu’ils peuvent néanmoins investir quelques fonds, rares sont ceux qui se tournent vers des investissements classiques. L’or, par exemple, a quitté leur horizon depuis belle lurette, hormis les quelques pièces reçues parfois au baptême ou à leur mariage, et encore. Quant aux titres classiques style Nestlé, l’Oréal ou Roche, ils les considèrent comme poussiéreux, vestiges de la Belle Epoque de leurs grands-parents.

Quand ils le peuvent ou le veulent, ils jettent leur dévolu sur des instruments créés à l’envi par les banques ou les compagnies d’assurances, à grand renfort de commissions, la plupart du temps occultes. Les ETF (Exchange Traded Fund) par exemple ont la cote ; ils répliquent l’évolution d’un indice boursier. Mais qu’y a-t-il en toile de fond ? Le bon vouloir ou la discipline relative des établissements financiers qui en assurent le marché, à savoir l’offre et la demande, dans la mesure de leurs possibilités financières. Si ces dernières se tarissent pour une raison ou pour une autre, il n’y a plus personne, sans qu’on puisse supputer exactement, de qui de l’indice ou de l’ETF, va influencer le cours de l’autre.

Une conclusion rapide s’impose : le raisonnement des nouveaux investisseurs peut aisément s’accommoder d’une crypto monnaie, du moment qu’il existe, parait-il, des plateformes « assurant » l’évolution des cours, certes avec des dents de scie marquées, parfois même avec la disparition de ces « garants » qui spéculent pour leur propre compte, pas toujours avec succès. Avec la création convulsive de monnaies, on vit dans l’air, dans le virtuel au propre comme au figuré.

Un autre facteur joue en faveur de ces abstractions : le délire qui s’est emparé des « autorités financières » pour tout régler, tout régenter, tout observer à la loupe, tout retracer, tout vouloir documenter. L’humain est ainsi fait : plus vous voulez le mettre au pas, le suivre, le téléguider, l’espionner, plus il cherche à s’échapper de ses liens, à recouvrer sa liberté, et ce n’est peut-être pas plus mal. Avec un compte en bitcoins dont il peut user avec une simple tablette, l’intéressé échappe au carcan, au système bancaire inquisiteur et gourmand en commissions de transferts. Cerise sur le gâteau : dans la mise en œuvre du trop célèbre échange d’informations bancaires entre pays (entre parenthèses, sauf les USA !) : les comptes en bitcoins (valeur actuelle : 360 milliards de dollars !) ne seront pas rapportés.

C’est à se demander s’il ne se trame pas quelque part un gigantesque complot occulte ; pour l’avantage de qui ? Pour dissimuler quoi ? Pour doubler qui ? On ne le sait, mais cela laisse songeur! Avant de terminer et de former nos voeux pour 2021, rappelons cette phrase d’Einstein : « Le comble de la stupidité est le plus clairement démontré par l’individu qui se moque de quelque chose dont il ne sait rien. »

Soit dit en passant : En attendant, même si l’on n’y croit pas, pourquoi ne pas ramasser quelques bitcoins, simplement pour faire modestement partie du jeu ; On joue bien au loto, avec infiniment moins de perspectives de gain.

 

La capacité d’enthousiasme – 12.2020

Le moins que l’on puisse dire est que l’année 2020 laissera un souvenir lugubre.

Quel que soit le domaine considéré, elle aura battu des records que ce soit pour les atteintes à la nature, avec des incendies incontrôlables gigantesques, des inondations catastrophiques, des suicides collectifs de cétacés,  de graves dérapages politiques, aux USA en particulier, avec une fin d’ère présidentielle navrante, voire pathétique, sans compter les incroyables mouvements des bourses, au cours du printemps notamment, où l’on a pu croire que les marchés allaient se volatiliser et, bien entendu, en toile de fond, le Covid-19 qui a profondément modifié notre façon de penser, d’organiser notre quotidien et d’appréhender l’avenir, certainement pour longtemps.

Dans ce contexte, bien des personnalités ont pris la parole ou la plume sans qu’on puisse en déduire des conclusions constructives, à défaut d’être optimistes. Des films, des séries ont été consacrés à diverses nuances de gris qui semble être devenu la couleur de l’époque, tant du domaine privé que public.

Il fut un temps, pas si lointain où des entreprises étaient animées par des meneurs d’hommes pleins d’idées et de projets, et qui étaient souvent appelés à s’exprimer en dehors de leur strict terrain, faisant bénéficier une audience élargie de leur vision, de leurs projets, de leur prise de décisions, sur un ton convaincant et dépourvu de nuances. L’auditoire s’en trouvait galvanisé, remonté à bloc, comme on disait, et prêt à se lancer dans de nouvelles aventures.

Que sont devenus les Riboud, Citroën, Dassault, Michelin ou plus près de nous, J.L. Dumas, PDG d’Hermès ? Il y a bien encore un Bill Gates, vieil adolescent engoncé  et ankylosé  par son succès, ou Elon Musk, de Tesla qui impressionne surtout par ses délires ou ses péripéties financières rocambolesques ; ces deux ne sont pas de nature à susciter des vocations  ou faire s’épanouir des germes de génie endormi.

En fait,  à qui avons-nous affaire aujourd’hui ?

Dans le privé, à des produits du système, souvent d’inspiration anglo-saxonne, avec un jargon stéréotypé, impersonnel et bien entendu neutre, car le risque est à proscrire absolument sous peine d’exclusion. L’audace, parfois dangereuse, mais souvent synonyme de progrès, a fait place à la crainte, la crainte de sortir des ornières et de commettre une  faute fatale pour la carrière, à supposer que le concept existe encore.  Ce malaise, on le ressent dans les administrations, les banques, les assurances, même les garages ou les restaurants.

Le progrès dans l’Histoire en général, n’a jamais été le fait des conventionnels, mais de ceux qui ont osé voir ou entrevoir ou deviner au-delà des murs et des mers. Quant à la politique, les audacieux, ceux qui vous font rêver, entreprendre, oser, se lancer, appartiennent au passé. Le dernier en date fut peut-être Kennedy, plus près de nous B.Obama, à l’allure convaincante, un peu professorale, mais qui avait le don de séduire et de laisser entrevoir un avenir meilleur. Avant l’audace, il y a l’imagination, l’espoir, l’acceptation du risque et la foi dans ce que l’on entreprend, avec impétuosité, voire jubilation. Le tout forge l’enthousiasme, devenu denrée rare.

Mais que diantre vient faire l’enthousiasme dans une chronique dévolue à la finance ou aux investissements en général, et dans un  contexte où virtuellement le seul sujet de discussion ou de préoccupation à la mode est la pandémie ? Ce retrait sur soi, cette frustration reflète au public et au privé une mémoire courte. Dans notre brouillard psychologique commence pourtant de percer un rayon lumineux : on a trouvé des vaccins anti-Covid19 ; demain, il y en aura cinq, peut-être dix : la seule chose dont on  peut être certain, c’est que cela se terminera, dans trois, six ou douze mois. La capacité de la recherche humaine est sans limite si on y croit avec foi.

Alors que l’on imagine envoyer des hommes sur la planète Mars après un voyage fantastique, on ne peut imaginer ne pas à venir à bout d’un virus vraisemblablement bricolé dans un laboratoire qui l’a malencontreusement laissé s’échapper.

L’enthousiasme, c’est la capacité de chercher, d’obtenir un premier résultat même minime, d’en faire profiter les autres, de les encourager à poursuivre et persévérer, d’avoir la foi dans ce que l’on entreprend. Dans notre métier de gestionnaires et de conseillers, cette qualité, cette forme de pensée est à la base de l’activité.

Nous accueillons nos clients, y-compris les nouveaux avec enthousiasme et l’objectif de les épauler, d’accroitre leurs avoirs,  de leur faire comprendre que nous ne nous dérobons pas,  même dans les périodes difficiles où nous sommes là, forts de notre expérience et de notre confiance. Ce sentiment quasi euphorique, nous le partageons à la recherche de nouveaux investissements. Une fois repérés, nous les faisons connaitre parce que nous y croyons, croyons à des découvertes, à leur succès, à leur incidence sur la vie de l’entreprise et l’évolution des cours de cette dernière. L’enthousiasme n’a pas d’âge. L’un de nos bons amis, M.A. ancien président d’une banque privée de Paris, et qui va , comme on dit sur ses 90 ans, a gardé cette fraicheur d’esprit, de spontanéité et d’enthousiasme communicatif lorsqu’il étudie un nouvel investissement qu’il dissèque à l’os, avant d’en parler avec jubilation et conviction ; à notre niveau, nous tentons de maintenir cette forme d’esprit, résolument combative, et garante de succès afin d’en faire profiter notre clientèle.

Avant de terminer, rappelons cette pensée de Louis Pasteur : » Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue : « enthousiasme » du grec « en Théo », un Dieu intérieur.

Soit en passant : pourquoi ne pas penser à NESTLE, la valeur thaumaturge par excellence ? La société fait un grand ménage dans ses investissements, élague les branches mortes peu rentables au profit de participations plus étoffées. A Frs. 102.-, loin de ses sommets, elle a un rendement de 2,60%.

 

La famille Addams et les Simpson – 11.2020

Après une lutte âpre, sans merci et empreinte d’irrégularités, de menaces et de tours pendables de la part des Républicains,  les rondouillards de la famille Simpson-Biden (1)  sont parvenus à renvoyer les Addams-Trump (2) dans leur foyer. La campagne et surtout le dépouillement sans fin ne furent guère à la gloire de la « démocratie américaine », déjà  taillée en pièces par quatre années d’une présidence surréaliste.

Il ne faut pas cependant se réjouir trop tôt ; les Addams comportent dans leurs rangs un certain nombre de fantômes qui vont hanter longtemps les couloirs de  la Maison Blanche, et qui seront relayés à l’extérieur par des bandes de nazillons-marginaux,  adeptes bien entendu des armes, et qui comptent s’en servir dans ce qui pourrait s’annoncer comme une guerre civile appelée à perdurer. Par ailleurs, on le savait depuis de nombreux mois, le père Addams, comme un gamin boudeur, conteste une élection largement perdue, pour  se lancer dans un combat d’arrière-garde, dont le seul objectif sera d’entraver la bonne prise de fonction de son challenger vainqueur qu’il d’ailleurs grossièrement renoncé à féliciter bien que ce soit l’usage. Quitte à se mettre à dos les caciques de son parti, perturbés par ses positions outrancières, tous les moyens lui seront bons, les illégaux bien sûr, et les plus conventionnels par le truchement de tribunaux qui vont s’enliser dans des procédures sans fin, avec une première possible résultante, étonnante elle-aussi pour l’évincé, la direction intérimaire du pays par son ennemie jurée, Nancy Pellosi, chef du parti démocrate au Congrès. Pendant les semaines précédant son départ, il va s’employer à démantibuler davantage une administration déjà fortement chamboulée, et continuer de se comporter comme si de rien n’était.

Outre le pourrissement évoqué plus haut, il ne va rien se passer de positif aux Etats-Unis pendant une longue période, d’au moins une année, que l’on peut d’ores et déjà considérer comme perdue, socialement parlant. Un mauvais joueur doublé d’un mauvais perdant aura fini par déliter une société ébranlée par quatre ans de scandales, de bévues, de contre-vérités et de tweets incohérents. L’image du pays qui avait connu une courte embellie sous la présidence de B.Obama, avant de se re-caricaturer à sa suite, va devoir se redessiner très progressivement, trait après trait.

Et l’économie et la bourse dans tout ça ? Elles bénéficient, heureusement pour elles d’une formidable force d’inertie, à savoir que les grandes entreprises, oligopoles, de par la puissance financière qu’elles ont acquise, et le rôle social qu’elles sont amenées à jouer, se soucient relativement peu de la « chose politique » quelle que soit son orientation, à la condition cependant qu’elle ne sombre pas dans la dictature, option que nous avons failli frôler. La seule tendance dont nous soyons à peu près certains, en nous référant à l’histoire financière, est que les présidences démocrates sont généralement favorables aux marchés boursiers. De surcroit, un climat apaisé retrouvé ne sera pas du luxe, mais il prendra du temps avant de s’instaurer tant les lézardes sont profondes, en particulier avec la Chine.

Il ne faut pas se leurrer, dans le marécage qu’il découvre, M. Biden, fin négociateur,  va devoir s’avancer avec prudence en s’attelant à la mise en œuvre d’un véritable contrat social rassembleur, redonnant au peuple  des soins de santé véritablement universels, une éducation de qualité et une retraite décente, sans oublier de cesser de saccager irrémédiablement  la nature, ou de laisser en l’état déplorable, les infrastructures, les routes ou les aéroports notamment, bien en deçà des  niveaux de l’Europe ou du Canada. Dans ce but, M.Biden remontera le taux d’imposition des sociétés de 21 à 28%, ce qui est parfaitement supportable. En ce qui concerne les personnes privées, une révision à la hausse interviendra certainement à partir d’un revenu d’US Dollars 400’000.- . Que des Bezos, Zuckerberg ou Gates, sans oublier Buffett, passent enfin à la caisse ne fera pleurer personne, d’autant plus que nombre d’intéressés l’appelaient de leurs vœux depuis longtemps. Un objectif primordial du nouveau Président sera de tenter de combler le clivage profond de la société américaine dont les représentants sont parvenus à se haïr, avec un effet de dérapage en dehors des Etats-Unis, où ce manichéisme primaire a fini par gagner étrangement des esprits.  De notre côté de l’Atlantique, et singulièrement en Suisse, la sérénité équilibrée, confortée par l’arrivée d’un interlocuteur sérieux et objectif, se maintiendra heureusement et favorisera les investissements à moyen et long terme. .

Pour les plus de 40 ans :

(1) série TV américaine mettant en scène une famille avec sa petite vie bourgeoise.
(2) série TV, elle aussi, mêlant l’horreur et le grotesque, avec une famille à l’avenant.

Soit dit en passant : au cours de 77 francs suisses, l’action Novartis qui détient 30% de Roche a un rendement de 3,8 %

 

Paon d’or ou Pandore – 10.2020

Nous vivons une période étrange, surprenante. Les raisons politiques ou sanitaires ont été évoquées suffisamment pour que nous n’y revenions pas. Ce qui retient cependant l’attention, c’est qu’une myriade de commentateurs, de gourous, de charlatans ou de spécialistes, souvent un synonyme, se lancent dans des digressions et des prévisions pour le moins déconcertantes. Un grand nombre d’hypothèses concerne le secteur bancaire qui n’est guère épargné en ce sens que, par exemple, la proportion de notes de crédit assorties d’une perspective négative est déjà passée de 13% fin 2019 à plus de 60% à la fin du premier semestre 2020. Les placements des établissements sont scrutés à la loupe et l’on y découvre des investissements en obligations de piètre catégorie, sans compter des crédits, surtout aux USA, consentis à coup de billions, à des sociétés pétrolières orientées vers le gaz de schiste ; quand on voit l’évolution négative du prix de l’énergie, on peut se poser des questions sur le remboursement de ces facilités. D’une façon générale, un peu partout dans le monde, le secteur bancaire souffre aussi du niveau des taux d’intérêts, qui avoisine zéro, voire moins. Un autre danger guette la corporation : la complicité fortuite ou voulue, de groupes mondiaux qui veulent prendre le relai des opérations de transferts, l’une des dernières pépites du monde bancaire, avec ses commissions exorbitantes. Visa, Apple, Google, McDonald même, et beaucoup d’autres, ont l’œil sur ces opérations, à grand renfort de cartes d’accès permettant de court-circuiter les réseaux traditionnels et même de créer leur propre monnaie. Les banques suisses en sont conscientes et on ne cesse d’évoquer des possibilités de fusion ou de rachat parfois déconcertantes. Dans un autre ordre d’idées, on évoque la possibilité d’abandonner les devises internationales, surtout le US dollar et les remplacer par d’autres, y compris les crypto monnaies dont le Bitcoin, toujours à l’affut et à la recherche de son destin. A son sujet, sa structure de diffusion parallèle, le blockchain, est entrée dans les mœurs progressivement et est utilisée par un nombre croissant d’entreprises et même de particuliers. Il risque de détruire lui-aussi une autre partie du tissu économique ; Uber par exemple. Avec le blockchain, le client d’un taxi pourra préalablement connaître, outre des renseignements déjà accessibles comme le trajet du conducteur, la liste des métiers qu’il a pu exercer, ses relations avec les compagnies d’assurance, l’état de la voiture et la preuve de son bon entretien ainsi que le nombre de courses déjà accomplies etc. Conséquence : l’entreprise Uber, de création récente, devenue inutile, disparaitra immanquablement. v Au sujet des compagnies d’assurance, toujours dans le domaine des projections, mentionnons celle d’Alphabet, maison mère de Google, qui va encore plus circonvenir les clients au moyen de montres connectées ou de systèmes-mouchards installés dans les voitures, en mesure de se livrer à une analyse fine du conducteur, de ses capacités à la conduite, à sa manière de se déplacer, d’accélérer et de freiner sans oublier bien entendu la géolocalisation, avec à la clef, une influence sur les primes d’assurance et une démutualisation du système de couverture. Tesla et PSA sont déjà vivement intéressés. A force de regarder sans voir les changements profonds de notre société, on ne se rend plus même compte de son évolution et de la disparition de pans entiers de l’économie. Des commentateurs se lancent sans broncher pour annoncer la disparition prochaine totale du commerce de détail au profit d’Amazon ; la conservation de données reviendrait presque intégralement à Google, la musique à Apple et Spotify, les médias à Netflix etc. Le remplacement des conducteurs ne s’arrêtera pas aux véhicules privés, avec d’ailleurs un succès relatif jusqu’ici, mais s’étendra au transport par camions autonomes, ce qui est plus aisé, risquant de mettre au chômage des centaines de milliers de routiers, et sur les genoux, des Etats américains entiers dépendant en grande partie du secteur. D’ailleurs, le service postal américain vient de commencer de tester des camions autonomes sur un trajet de plus de 1’600 kilomètres entre Phoenix et Dallas, alors qu’un nombre incalculable d’usines sont déjà pratiquement entièrement robotisées. Mêmes des cargos immenses destinés à traverser les océans, perdront la majeure partie de leur équipage, sauf un team de surveillance, au profit d’un système d’autoguidage. Dans un ordre d’idées totalement différent, on parle aussi de l’intention cachée du gouvernement américain de s’octroyer, au détriment de la Fed, le pouvoir de créer de l’argent à qui on donnerait un autre nom, United States Money par exemple. En préambule, nous avions pris le parti de ne pas évoquer la pandémie et, pourtant ses conséquences ne seront pas que médicales, mais sociales, et cela a déjà commencé ; l’habitude de se faire livrer des repas ou n’importe quoi d’autre, sans avoir à se déplacer, en témoigne. Mais, l’innovation la plus pernicieuse est sans contexte le travail à domicile, déjà évoqué dans une autre chronique. Il isole les intéressés, les « autiste », interdit les contacts et, partant, la possibilité de s’améliorer, et encore sans prendre en compte la volonté sous-jacente des entreprises de couper dans leurs frais fixes et de «larguer» tôt ou tard une majeure partie de leur personnel, après avoir aliéné d’immenses bâtiments quasi historiques, comme dernièrement à Genève. Les visionnaires spéculateurs mentionnés plus haut ne sont pas de doux rêveurs mais des réalistes cyniques. Le monde change, bouleverse, réforme et remet en question sans arrêt ; considérons un métal banal auquel nous n’accordons guère plus d’importance : l’aluminium. A l’époque de Napoléon, son élaboration était si complexe et coûteuse que son prix dépassait alors celui de l’or; en moins de deux siècles, la donne a changé, on connait la suite. Nous voyons tous le train qui fonce tout droit vers nous à toute vitesse sans que nous bougions d’un iota. Osons faire un saut salvateur afin d’amortir le choc !
 

« Rundumfeuer » 09.2020

Il y a peu de gens qui peuvent comprendre la signification de ce germanisme à la consonance barbare, qui trouverait pourtant bien sa place dans un cabaret de Washington, s’ils existent, et dans la bouche d’un chansonnier, s’ils survivent.

Seuls les férus d’histoire militaire peuvent en saisir la portée ; il s’agit d’une mitrailleuse lourde, invention allemande datant de 1944, qui avait la particularité de tourner sur elle-même à 360° et d’« arroser », en détruisant, tout ce qui était à sa portée.

L’adéquation est aisée ; l’échéance du mandat présidentiel s’approchant, on peut commencer à dénombrer les victimes, internes et internationales. Tout le monde y a passé : les gens de gauche bien sûr, les démocrates, c’est normal, les opposants dans le parti républicain, c’est curieux, plus les noirs, les protestataires de tout poil, les gays, sans omettre l’entourage immédiat qui avait osé lever des yeux incrédules, voire inquiets vers le grand orangé, avant d’être expulsé par un tweet rageur.

À l’extérieur, l’hécatombe est encore plus dense : la Chine bien sûr, accusée de tous les maux, dont naturellement le Covid-19, plus des reproches surréalistes relatifs à la concurrence commerciale du pays : pourtant, il suffit de parcourir les rayons d’un grand magasin new yorkais en examinant les rayons pour s’apercevoir qu’une majorité d’articles sont « made in China », mais à qui la faute ? Aux Chinois ou aux entreprises américaines qui ont recouru sciemment et d’une façon totalement antipatriotique, à une main d’œuvre asiatique meilleur marché ?

Parmi les autres victimes de cet ostracisme on trouve le Canada, spectateur proche et dépourvu d’aménité et qui ne s’en laisse pas conter, ou les Européens soi-disant profiteurs. Ne parlons pas des organisations internationales, boucs émissaires idéaux pour expliquer les déconvenues d’outre-Atlantique et sa mise à l’écart, alors que la nouvelle donne du Covid-19 a bouleversé les cartes. En quelques semaines, les Américains se sont réveillés membres d’un Etat devenu défaillant, avec un gouvernement dysfonctionnel et incompétent, largement responsable du taux de mortalité. (la population américaine représente 4% de la mondiale, ses morts du Covid-19, 20%).

Durant deux siècles, les Etats-Unis avaient suscité un vaste éventail disparate de sentiments dans le monde ; amour, crainte, envie, haine ou mépris. Il n’y a qu’une seule émotion qu’ils n’aient jamais engendrée : la pitié, avec son récent corollaire d’attente fébrile de fournitures de base en provenance de Chine ou d’ailleurs. Et pourtant, le pays avait eu son heure de gloire après la deuxième guerre et son fantastique effort de guerre dont on ne parle plus (un Libety ship construit en 4 jours et demi !) S’élabora alors une classe moyenne dynamique, propriétaire d’une maison et d’une voiture, en mesure d’envoyer les enfants dans de bonnes écoles. C’était avant que les disparités économiques béantes et les inégalités sociales deviennent la règle. L’histoire a ses paradoxes. Pratiquement démilitarisés à la veille de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ne se sont jamais retirés à la suite de la victoire. et n’ont pas connu une journée de paix, à telle enseigne que leurs troupes sont présentes dans plus de 150 pays.

Ce bellicisme s’est importé dans le pays, et il est inutile de revenir sur les assassinats dans les rues ou les universités, sans prendre en compte les milices privées ; mais à quoi s’attendre avec un président qui vit pour cultiver les ressentiments, diaboliser ses adversaires et valider la haine ? Son principal outil de gouvernance est le mensonge ; depuis son accession au pouvoir, le nombre de distorsions verbales et de fausses déclarations dépasse les 20’000 !

Mais où va-t-on ? Dans moins de 100 jours se déroulera (peut-être) l’élection présidentielle avec son système de vote moyenâgeux aux résultats imprévisibles, tant tronqués peuvent-ils être. Espérons qu’il y aura un sursaut sous peine de devoir affronter une autre période de grands malheurs irréparables.

Certes Joe Biden ne suscite pas un très grand enthousiasme : on lui demande simplement de la sérénité, du respect, du bon sens et de l’empathie pour ceux qui souffrent dans leur vie quotidienne. Son choix de Kamala Harris comme colistière est excellent ; il s’agit d’une femme brillante et non pas d’un porte-serviette comme actuellement.

Le fait que le candidat puisse encore compter sur les conseils de son ex-patron est aussi de bon augure. Espérons que la raison l’emportera massivement en novembre, et n’oublions pas que dans la majorité des cas, contrairement à ce l’on suppute, les marchés boursiers ont statistiquement parlant, un meilleur comportement pendant les présidences démocrates que républicaines ; n’en déplaise à qui vous savez.