Du danger des taux bas 11.2016

Depuis des semaines, voire des mois, il ne se passe guère de jour sans que la presse mentionne le nom de Janet Yellen, 15ème Gouverneur de la Banque fédérale.

En fait, l’Américaine ne se distingue que peu de ses collègues des autres banques centrales qui sont persuadés que la croissance et la relance de l’économie dépendent de taux bas ou inexistants et d’un déficit chronique et croissant dans la pure tradition keynésienne dont on a éprouvé les limites. En fait, les taux bas ou négatifs constituent un encouragement à la spéculation, les opérateurs recherchant à tout prix un soupçon de rendement que seules des actions peuvent leur offrir à défaut de le leur garantir pour l’éternité ! Il n’y a qu’à voir les efforts désespérés, pour ne pas incommoder leurs actionnaires, des compagnies pétrolières dont un grand nombre est contraint de puiser dans les réserves afin de maintenir leur dividende.

Le déficit évoqué plus haut représente un accroissement du rôle et une mainmise de l’État sur l’économie au détriment du secteur privé, par l’engagement de fonctionnaires supplémentaires.

La plupart du temps, les gouverneurs des banques centrales ont une expérience professionnelle qui se limite à un enseignement académique, rarement à l’économie réelle, hormis quelques-uns qui ont fréquenté des banques d’affaires dont on parle d’ailleurs souvent trop.

Cette vision par trop étroite et angélique les amène souvent à doubler le mise dans le rachat d’obligations étatiques, quitte à s’égarer eux-aussi dans le monde des actions, ce qui en soi est un moindre mal, mais remet néanmoins en cause leur objectivité et leur compétence ; des fonds souverains comme celui de la Norvège, mieux outillés et expérimentés, seraient plus adéquats.

Le récent exemple britannique en témoigne ainsi que les récentes élections de protestation qui ont eu lieu en Italie, en Autriche ou en Allemagne pour ne citer que quelques cas, ou l’incapacité de ce dernier pays, grand donneur de leçons devant l’Eternel, à sauver l’acteur mondial qu’est la Deutsche Bank, confirmant sur un autre plan qu’en matière d’investissements boursiers, les banques, qu’elles soient européennes ou américaines, sont devenues infréquentables.

Les peuples concernés sont de moins en moins indifférents à ces dérives.

Cette gestion maladroite et même inquiétante, lorsqu’il s’agit de vote populiste à connotation nostalgique d’une époque sombre, témoigne cependant d’un ras-le-bol des populations concernées qui comprennent intuitivement que les politiques monétaires appliquées sont dangereuses.
 

Londonrado or the super-sales 10.2016

Alors que le Brexit et ses conséquences ou plutôt son mode d’emploi continue de susciter des prémices de discussions byzantines entre la Communauté et la Grande Bretagne, cette dernière adopte pragmatiquement un nouveau rythme ; certes, la devise britannique a perdu plus de 15 % par rapport à l’Euro ou au Franc suisse, mais l’indice boursier du Financial Times a amplement compensé cette reculade par un bond de près de 20% sans parler du fantastique gain résultant des 4’300 milliards investis par les Anglais dans la Communauté.

Les touristes acheteurs, alléchés par des prix cassés se ruent vers la place de Londres et les autres grandes villes, occupent les hôtels et encombrent les aéroports ou les gares ferroviaires.

Il s’ensuit un bouillonnement des affaires : l’immobilier redevient attractif et les sociétés exportatrices se frottent les mains tandis que leurs actions boursières sont fortement achalandées, d’autant plus que nombre d’entre-elles offrent encore des rendements attractifs qui seront maintenus, voire accrus de par la pression des représentants des caisses de pension aux assemblées générales, tarabustés qu’ils sont, à leur tour, par leurs retraités.

Qu’on ne s’y trompe pourtant pas, la recette ne vaut pas pour tous les pays au comportement morose qui, en premier lieu, n’ont pas su ou pu garder leur devise d’origine et qui n’ont pas forcément de grandes entreprises exportatrices, ni des liens privilégiés avec des cousins d’outre-Atlantique, ce qui assure un courant d’affaires historique et naturel.

Dans 18 ou 24 mois, une fois passées les angoisses initiales, même le secteur bancaire qu’en principe nous ne recommandons plus depuis belle lurette, recouvrera des couleurs en ce qui concerne les établissements britanniques, libérés du carcan européen qui ne leur permettait plus de donner libre cours à leur fantaisie et leur audace ancestrales, privilège que n’ont jamais connu les banquiers des autres places.
 

N’est pas gourou qui veut. 10.2016

La presse a abondamment commenté l’ouvrage « The curse of cash » que vient de faire paraître l’économiste américain Kenneth Rogoff et qui peut se résumer au projet dictatorial d’abolir les espèces et de criminaliser l’argent liquide, à l’origine, selon lui, de tous les maux du système capitaliste.

Cette aberration est un serpent de mer qui revient régulièrement à la surface depuis quelques années; un des partisans de cette interdiction fut le Président de la Deutsche Bank qui s’exprima dans ce sens lors d’un forum de Davos; compte tenu des déconvenues ultérieures de cet établissement, on peut se poser des questions sur la pertinence de ses recommandations.

L’interdiction de la monnaie fiduciaire pose un double problème: d’abord celui de l’évolution de notre société qui tend déjà à se standardiser de plus en plus; si cette tendance perdure, d’ici quelques années, nous serons plus ou moins habillés de la même façon, consommerons des produits identiques, organiserons en commun nos loisirs, tout ceci en fonction des données fournies par les diverses cartes, de crédit ou de fidélité, que nous utiliserons à outrance, leurs émetteurs étant en mesure de dresser notre portrait de citoyen acheteur, d’après nos habitudes de plus en plus téléguidées, sans parler du puçage sous-cutané que solliciteraient déjà certains consommateurs afin de faciliter leurs affaires ! Nous nous trouverons insensiblement prisonniers du monde décrit par Orwell!

Cette évolution en soi n’est déjà guère séduisante, mais le second aspect de la disparition du cash est beaucoup plus inquiétant ; il trouve son origine dans l’introduction des intérêts négatifs, phénomène totalement inconnu dans l’histoire financière, mais datant maintenant de quelques années, et qui a été provoqué par un incroyable enchaînement de bévues sur lesquelles nous reviendrons plus bas. Si les intérêts négatifs ont désagréablement surpris l’investisseur privé passif, l’institutionnel a tenté de réagir avec brutalité, sous forme de retraits massifs, se chiffrant par centaines de millions que l’on retrouve dans des coffres forts, dont l’industrie, soit dit en passant, n’a jamais été aussi florissante, à l’image des compagnies qui les assurent.

Cet argent hors contrôle indispose les banques et les gouvernements qui rêvent de l’abolition du cash et d’une mainmise absolue sur l’argent. Tous les prétextes sont bons: Les Panama papers, ce qui est ridicule, les comptes concernés ayant été alimentés par des transferts électroniques et non par des porteurs de valises, ou la fortune de l’Etat Islamique, estimée à plus de 2’000 milliards de dollars, autre raison imaginaire, car elle consiste en biens matériels : immeubles, puits de pétrole, camions de transports etc.

Cette criminalisation de l’argent liquide n’a qu’un but : donner tous pouvoirs aux banques pour pouvoir pratiquer des « bail ins » afin de ponctionner, en cas de crise, les fonds des clients sans que ces derniers puissent réagir, et donner de l’air aux établissements concernés, submergés par la monnaie scripturale, mais très à court de billets. Les pouvoirs publics donneraient leur bénédiction en catimini, car ils estiment qu’ils ont payé leur part (en fait sur le dos des contribuables) après 2008 et qu’ils rêvent d’un contrôle absolu sur la population.

Abolir le cash reviendrait donc à priver les déposants de tout recours en cas de « short cut » (voir l’exemple chypriote !) et à les muer en moutons dociles.

Les apprentis gourous n’ont pas manqué dans l’histoire financière. Ce bon Monsieur Greenspan, respecté comme une sainte relique, était aux commandes lors de la débâcle de 1987 ; c’est lui qui a créé le désastre obligataire de 1994 en élevant violemment les taux ; il s’est aussi refusé à réglementer le marché des nouveaux instruments, aboutissant à la crise de 2008, avant de se spécialiser dans un langage ésotérique que les spécialistes devaient s’efforcer d’interpréter, lorsqu’il évoquait par exemple l’exubérance des marchés.

Monsieur Bernanke ne fut pas en reste ; sous son règne, le bilan de la Banque Fédérale passa de 800 à 4’000 milliards, provoquant un effondrement des taux; avec la complicité de Monsieur Hank Paulson, déterminé à sauver Goldman Sachs, son ancien employeur, il a donné sa bénédiction implicite à la faillite de Lehmann Brothers avec les conséquences que l’on sait.

L’Europe a eu aussi ses inspirés : Monsieur J.C.Trichet, obnubilé maniaque de l’inflation, a refusé avec acharnement d’envisager une baisse des taux, mais s’est attelé au rachat de dettes souveraines.

L’action désordonnée de ces acteurs a abouti au climat de déflation à la japonaise que nous vivons actuellement et qui risque de perdurer. La Suisse n’est pas à l’abri de ces gourous inspirés. La vénérable Banque Nationale est devenue un gigantesque Hedge-Fund, avec d’énormes positions en Euros et US dollars tandis que son stock d’or s’est ratatiné. Que ces monnaies étrangères chutent et les fonds propres de la BNS se volatiliseront ! Heureusement qu’une partie des devises étrangères a été investie, à telle enseigne que notre Institut est devenu l’un des plus gros actionnaires de Facebook ! Toutes ces erreurs d’appréciation, ces analyses sommaires, ces prises de risques dangereuses, ces projets déments créent un profond sentiment de malaise, d’autant plus que les échéances électorales d’Outre-Atlantique sont alarmantes. Devant la perspective d’avoir un président qui fera perdre au bas mot 1 trillion de dollars à leur économie, les Américains se protègent en achetant des pièces d’or à faible agio.

Nous ferions peut-être bien de leur emboîter le pas en les complétant par quelques billets pour les besoins immédiats !

 

False pretences 01/09/2016

There is hardly a month or even a week without a publication, specialized or not, dedicating an article to the ”sad situation” of Switzerland, because of the strong Swiss franc, prices in general, supposedly much higher than in the neighbouring countries, and pointing out the obsolescence of some facilities, the lack of hospitality or insufficient distractions in resorts, etc.

This too simplistic view deserves attention. First of all, the question of prices : with the exception of taxis, certainly more expensive than abroad (they could also benefit from subsidies for the purchase of vehicles and petrol prices), on equal quality and services, Swiss prices are not higher than abroad. If we look at hotel rates outside our borders, in cities of a certain size, they are equivalent or in some cases much higher than ours. The same is valid for restaurants. What price must we pay in Lyon, Paris, Milan or London for the average to upper range? As for various articles, we have as everywhere else, Hermes, Vuitton or Prada, but also Zara or Hennes & Moritz.

There is an inclination to be whiny among our citizens. First, the situation is not so stupendous in other countries where shopkeepers are also complaining, both of decreasing visitors and restrained consumption.

At the company level, many Swiss firms and by no means the least, like Givaudan, Ems Chemie, Roche and Novartis do record, despite the strong Swiss franc, more than respectable results, singularly superior to their foreign counterparts.

The Swiss problem, and there is one, originates elsewhere, more specifically in the lack of foresight of a finance minister, dazzled by public treasuries or the nimble language of former ENA students, who signed anything, with anyone, without compensation, opening a gaping Pandora’s box, before returning to her canton, cradle of wolves and bears, which she should never have left. This is reminiscent of those movies where we see pirates devastating a region before returning to their mountains.

Swiss banks used to serve myriad clients, French, Italian, Spanish, German who had held portfolios of a few hundred thousands francs for decades. Once or twice a year they were visiting their banker to collect the revenues or the product of capital gains which they spent during their stay.

These unfortunates were threatened, intimidated and chased out mercilessly, often within a few weeks. Disgusted, they left, keeping a bitter memory of Switzerland, not without trying to sell off their apartment or chalet. Can we imagine that they will come back as if nothing had happened ? Nay ! What to do then ? Chase exotic clients, who are not always affable, but also travelling with filed down budgets?

Fortunately, Swiss people are often more reasonable than their leaders ! Recently, they confirmed their willingness to keep fiscal packages. Here, there is a place to take and to strengthen. And let no one talk about tax justice : Portugal grants unprecedented conditions to foreigners, while London, freed from the shackles of the EU, will play all its cards to attract wealthy residents, not to mention the USA or Emirates.

Apart from the climate of security (always fragile!), the tax package is one of our last cartridges. The state should tackle this seduction campaign, with the support of banks, that would finally have the opportunity to redeem themselves, as well as of specialized law firms, that could launch road shows in Europe, like their foreign colleagues who, in the past, did not hesitate to go through and canvass the main Swiss cities.
 

Les faux prétextes
(01.09.2016)

Il ne se passe guère de mois, voire de semaine, sans qu’une publication, spécialisée ou non, consacre un article à la « triste situation » de la Suisse, en raison du franc fort, des prix en général, soi-disant beaucoup plus élevés que dans les pays qui nous entourent, en évoquant la vétusté de certaines installations, l’absence de chaleur dans l’accueil ou le manque de distractions dans les stations etc.

Cette vue par trop simpliste mérite qu’on s’y attarde. D’abord, la question des prix : hormis les taxis, plus chers qu’à l’étranger, c’est exact (ils pourraient d’ailleurs bénéficier de subsides au niveau de l’achat des véhicules et du prix de l’essence), à qualité et prestations égales, les prix suisses ne sont pas plus onéreux qu’à l’étranger. Si l’on regarde les tarifs d’hôtels pratiqués en dehors de nos frontières, dans les villes d’une certaine importance, ils sont équivalents, voire nettement supérieurs aux nôtres. Il en est de même pour les restaurants. Quel prix doit-on payer à Lyon, Paris, Milan ou Londres pour la gamme moyenne à supérieure ? Quant aux articles divers, nous avons comme partout, Hermès, Vuitton ou Prada, mais aussi Zara ou Hennes & Moritz.

Il y a une inclination à être pleurnichard chez nos concitoyens. D’abord, la situation n’est pas si mirobolante que ça dans d’autres pays où les commerces se plaignent aussi, à la fois d’une fréquentation en baisse, et d’une retenue des visiteurs à consommer.

Au niveau des entreprises, beaucoup de suisses et non des moindres comme Givaudan, Ems Chemie , Roche ou Novartis enregistrent d’ailleurs, en dépit du franc fort, des résultats plus qu’honorables et singulièrement supérieurs à leurs consœurs étrangères.

Le problème suisse, et il existe, trouve son origine ailleurs, plus précisément dans le manque de clairvoyance d’un ministre des finances, ébloui par les ors de la République ou le verbe agile d’anciens étudiants de l’ENA, qui a signé n’importe quoi, avec n’importe qui, sans contrepartie, ouvrant ainsi une boîte de Pandore béante, avant de retrouver son canton, berceau de loups et d’ours, qu’elle n’aurait jamais dû quitté(s), ce qui n’est pas sans rappeler ces films où l’on voit des forbans dévaster une région avant de regagner leurs montagnes.

Les banques suisses servaient des myriades de clients français, italiens, espagnols, allemands qui maintenaient depuis des décennies, des portefeuilles de quelques centaines de milliers de francs. Une ou deux fois par an, ils rendaient visite à leur banquier afin de prélever les revenus ou le produit des plus-values qu’ils dépensaient au cours de leur séjour.

Ces malheureux ont été menacés, intimidés, chassés, sans ménagement, souvent en quelques semaines. Ecœurés, ils sont partis en gardant un souvenir amer de la Suisse, non sans avoir tenté de brader leur appartement ou leur chalet. Peut-on imaginer qu’ils y reviendront comme si de rien n’était ? Nenni !

Dès lors, que faire ? Courir derrière des Chinois qui non seulement ne sont guère amènes, mais qui de surcroît voyagent avec des budgets limés ?

Heureusement que le peuple suisse est souvent plus raisonnable que ses dirigeants ! Il y a peu, il a confirmé son accord au maintien des forfaits fiscaux. Là, il y une place à prendre et à renforcer. Et qu’on ne vienne pas nous parler de justice fiscale : Le Portugal accorde des conditions inouïes aux étrangers, alors que Londres, libérée du carcan de la Communauté, va abattre toutes ses cartes afin d’attirer de riches résidents, sans parler des USA ou des Emirats.

En dehors du climat de sécurité (toujours fragile !), le forfait fiscal est l’une de nos dernières cartouches. L’Etat devrait s’atteler à cette campagne de séduction, avec l’appui des banques qui auraient enfin l’occasion de se racheter, ainsi que des études d’avocats spécialisées qui pourraient entreprendre des round shows en Europe, à l’instar de leurs confrères étrangers qui, dans le passé, ne se sont guère gênés pour parcourir et démarcher les principales villes suisses.