Et comment va la famille ? – 09.2021

Les critères de sélection d’une valeur à l’achat sont innombrables et posent l’éternel débat entre l’analyse fondamentale, fondée grosso modo sur les données chiffrables (bilan, résultats financiers etc.), et l’analyse technique consistant essentiellement à dégager des projections des figures graphiques des fluctuations de cours de la société en question, qui peuvent passer de l’accumulation (plutôt positive) à la distribution (prémisse d’une baisse) en passant par les « drapeaux », les double-sommets, les « tête et épaules » etc., bref une bonne douzaine de schémas à interpréter.

Il y a pourtant une donnée qu’on prend rarement en considération, et c’est un grand tort, à savoir qui se trouve à la tête de l’entreprise, et depuis combien de temps ?

On a toujours eu un préjugé semi-négatif concernant les entreprises familiales que l’on identifiait sommairement à de petites boîtes régionales, spécialisées dans la plomberie, l’horticulture ou l’ébénisterie. La réalité est tout autre ; un certain nombre de ces entités, à l’origine modeste, se sont muées  en de véritables empires tout en conservant leur singularité initiale, mutation progressive saluée avec faveur par les marchés boursiers qui les créditent systématiquement d’un agio de cours pouvant atteindre annuellement un fort pourcentage par rapport à leurs concurrents à l’actionnariat plus hétérogène. Cette singularité n’est pas le fruit du hasard mais repose sur des données concrètes que nous allons brièvement examiner.

La direction en premier lieu : un dirigeant, aussi qualifié soit-il, reste un employé, certes bien payé, mais un employé, dont l’horizon en matière d’affaires ne saurait dépasser quelques lustres au plus. Ses buts sont multiples et sans vision lointaine ; il doit faire du chiffre, comme on dit, en réduisant les coûts à n’importe quel prix, se séparant par exemple souvent d’éléments de valeur à l’égard desquels il n’a guère d’attaches, étant donné qu’il ne les connait pas ou mal, de façon à contenter les actionnaires, par une augmentation des dividendes dont il profite au passage par le truchement de « stock-options » et/ou un bonus, sans parler d’un éventuel « golden shake end » au terme de son contrat. Les exemples ne sont pas si lointains et théoriques !

Le fondateur et ses descendants ont une optique totalement différente. Ils se soucient peu du court terme, mais accordent une grande importance à la croissance liée au temps et à la valorisation de l’entreprise, quitte à connaitre des exercices momentanément décevants. Il est à cet égard symptomatique de constater que les sociétés où la famille conserve des attaches sont celles qui déposent le plus de brevets, même si ces derniers représentent un investissement temporairement stérile. Il se dégage ainsi une véritable culture de la société où la confiance et la passion sont déterminantes ; nous avons un bon exemple à nos frontières avec Bernard Arnault, qui,  en dépit de railleries envieuses, n’hésite pas à se lancer à grand frais dans l’édification ou la réhabilitation d’œuvres de toutes sortes, monumentales, souvent déficitaires, mais qui finiront par ajouter au prestige du groupe et se révéleront valorisantes avec la durée.

Seul un fondateur peut se permettre une pareille audace, jamais un cadre, même inspiré. Cette approche correspond à un alignement à long terme des intérêts entre actionnaires et dirigeants. Une précédente chronique avait été consacrée au concept ESG ; sans surprise on constate qu’au sein des entreprises dominées par une famille, l’observation de ces critères est la plus effective.

Passons maintenant au vif du sujet, à savoir le comportement boursier à ce jour (fin août 2021) d’une sélection de titres suisses, européens et nord-américains où l’intérêt familial prédomine ou subsiste fragmentairement,  par rapport à leurs indices de référence. Dans le souci de ne pas rendre la lecture trop fastidieuse, nous avons délibérément limité à une quinzaine le nombre de valeurs (au 30 août 2021)

  • Bucher (+17%), Bossard (+71%), Roche (+18%), Richemont (+29%), Kuehne Nagel (+66%), par rapport au SMI : + 16%
  • Christian Dior (+40%), Hermès International (+42%), l’Oréal (+27%), LVMH (+22%), Robertet (+16%), par rapport au CAC 40 : +20%
  • Alphabet (+64%), Facebook (+36%, Berkshire (+24%), par rapport au S&P 500 : +20%

Soit dit en passant. Il y a des années que nous ne nous intéressons plus au secteur bancaire, toutes nationalités confondues. Un cas pourtant nous interpelle, celui du Crédit Suisse ; est-ce logique qu’avec plus de 400 milliards de dépôts et un portefeuille de crédits dépassant les 300 milliards, sa valeur boursière, à savoir 26 milliards de francs, est le tiers de celle de BNP ou moins de 6% de celle de JP Morgan ? Chercher l’erreur !

 

Et si on passait au vert ? 08.2021

L’objectif de cette chronique n’est pas de se consacrer à l’écologie, des experts le feront bien mieux.

Rappelons que la sensibilisation initiale remonte à septembre 1715, lorsque des Français débarquèrent à l’ile Maurice et découvrirent une terre totalement dévastée par les événements naturels certes, comme les cyclones, mais aussi par l’action humaine, le fait de précédents colons hollandais, qui, à force de raser les forêts et en détruire les animaux indigènes, avaient rendu désertique ce qui a l’origine était un paradis.

Il s’ensuivit pour la première fois dans l’histoire une véritable prise de conscience aboutissant à des mesures afin de tenter de recréer graduellement la situation d’antan. Le temps passa sans que l’on se souciât plus réellement de ces problèmes jusqu’au début des années 60, où des rescapés de 1958, souvent des rejetons déboussolés de bourgeois, se lancèrent dans l’élevage champêtre à grand renfort de tissage de lin et de laine ; jusque-là, rien de bien spectaculaire.

Deux décennies plus tard pourtant, la situation se dramatisa avec les premières marées noires gigantesques, polluant des dizaines de kilomètres de rivages et anéantissant en l’engluant, une faune aquatique déjà menacée. Tchernobyl modifia à son tour la donne en condamnant à jamais des régions entières et en reposant la question de l’opportunité du nucléaire, de ses dangers prévisibles et de l’irréversibilité des dégâts qu’il peut provoquer.

Progressivement, l’idée de l’écologie prit forme et gagna les milieux politiques avec le plus souvent une orientation de gauche qui faisait dire en parlant des députés allemands, sur un ton goguenard, qu’ils ressemblaient à des pastèques, vertes en surface, mais rouges à l’intérieur.

Il y a deux ou trois ans, le mouvement s’institutionnalisa et se renforça en gagnant et persuadant les milieux économiques avec la notion d’ESG, à savoir,

E    pour environnement
S    pour les critères sociaux et
G   pour les critères de gouvernance

Une idée développée il y a fort longtemps par Bernard Baruch, ministre de H. Truman, mais qui ne connut pas de suite à l’époque). Par Gouvernance, on entend les critères portant sur la manière dont une entreprise est dirigée. Celle-ci englobe les règles, les droits et les responsabilités des différentes parties.

La plupart des entreprises concernées comprirent rapidement que ce qui pouvait paraitre comme un nouveau carcan, serait au contraire un formidable outil de marketing, voire une référence.

Dans les faits, une approche ESG commence par un engagement fort depuis le sommet de la hiérarchie des entreprises, en adhérant aux PRI (Principles for Responsible Investment) de l’ONU.

Un autre pas marquant revient à mettre en place une gouvernance de portefeuille impliquant un vote systématique lors des assemblées générales des sociétés détenues.

La Suisse a déjà fait l’expérience de l’adoption, avec succès, de ces critères : c’est le cas de Swiss Re, un gros investisseur institutionnel, engagé dans l’approche ESG, qui lui apporte un rendement plus ou moins identique aux indices non ESG, sans augmentation de risque, avec un effet de lissage aboutissant à une moindre volatilité.

Les banques, bien entendu, se sont rapidement penchées sur cette thématique, au gré d’analyses approfondies visant les entreprises isolément, ou tendant à créer des fonds dévolus à cette tendance qui en est bien une.

On n’a certes pas remis en cause les pistes cyclables, les micro-tunnels à crapauds ou les réserves plus ou moins naturelles, mais on a élevé le débat en l’approfondissant, dans l’idée voulue ou fortuite, de procéder à un changement de mentalité consistant à envisager la vie en général au travers d’un autre prisme, ne remettant pas en cause les bonnes volontés initiales.

L’octroi du label ESG n’est pas évident ; dans le cas de l’environnement par exemple, il faut examiner l’utilisation de matières premières, le recyclage des déchets, la consommation d’électricité, l’absence de pollution, le nettoyage des mers en cas de fuites accidentelles etc.

Quant au social, on recourt au sigle anglais PPP (People, Planet, Profit). Qu’en est-il de la pression au travail, du respect dû aux collaborateurs, de la nature de la production : jus de fruit ou cigarettes par exemple, de la qualité du dialogue social, de l’emploi de personnel handicapé et de la formation en général ?

Enfin, la Gouvernance consiste à examiner la façon dont une entreprise est dirigée, avec l’examen des droits, des règles et des responsabilités des différentes parties. Une mauvaise direction peut aboutir à un dysfonctionnement des systèmes de contrôle interne ; sans omettre la transparence en matière de rémunération, de lutte contre la corruption ou des qualités complémentaires des membres des conseils d’administration.

La tâche est parfois ardue ; des sociétés peuvent être reconnues et admirées dans leur façon de traiter le personnel, mais pêchent gravement en termes écologiques.

L’opinion des consommateurs est à cet égard révélatrice ; leur premier sujet de préoccupation actuel est la pollution plastique, suivi par le gâchis de nourritures et la mauvaise graisse contenue dans certains produits, avant de passer à l’empreinte carbone, suivie du confort des employés concernés.

La collaboration des entreprises n’est pas toujours acquise, un bon tiers d’entre elles étant réticentes à fournir des données relatives à leur fonctionnement et leur impact. Nonobstant ce manque de coopération, on parvient à dresser une liste des bons élèves. Pour la Suisse, on retient les sociétés suivantes dans l’ordre de « mérite » : Givaudan, Geberit, Logitech, Belimo, Nestlé, Swiss Re, Zurich, Barry Callebaut, SGS, Temenos, Swisscom et ABB.

Au niveau international, on retrouve les noms de Lego, Danone, Schneider Electric, Walt Disney, Rolex, Ferrari, Microsoft, Levi’s, Netflix Adidas, Bosch et Intel.

Ces listes ne sont bien entendu ni exhaustives ni figées. Certaines sociétés ne sont pas cotées en bourse et ne figurent pas parmi nos recommandations. Il n’en demeure pas moins que cette approche ESG doit être prise en considération. La tendance de classification est irréversible car correspondant à l’esprit du temps. On estime d’ailleurs que dans quelques années, la valeur des sociétés bénéficiant de ce nouveau label dépassera 20’000 milliards de dollars, donc…

Soit dit en passant : un peu partout on parle de l’hydrogène comme futur combustible, au grand dam de Tesla. Un réservoir d’hydrogène nécessite 3 ou 4 minutes pour se remplir avec une autonomie de près de 800 kilomètres ! Trois firmes dominent le marché : Air Liquide (le titre favori des investisseurs français), évoquée précédemment), Linde et l’américain Air Products. A méditer avec un marché qui va croître d’un multiple de 20 dans les années à venir.

 

Du danger de l’eau qui dort et de l’argent itou – 07.2021

Nous n’allons pas nous étendre sur les dangers de l’eau dormante, avec ses surprises en matière de température, d’acidité ou d’habitants éventuels qui peuvent piquer, mordre ou contaminer.

En revanche, l’argent qui dort mérite de l’attention, surtout dans une période où on reparle de l’inflation, terme virtuellement disparu du vocabulaire économique depuis près de 40 ans, et probablement ignoré de la jeune génération ; en moins d’une année sa référence dans les revues spécialisées a pourtant crû de près de 300% !

Le phénomène de « tapering », à savoir la réduction progressive du programme d’achats d’actifs par la Fed, a éveillé l’attention de nombre d’acteurs paradoxalement en alerte face à une hausse des prix qu’ils appelaient de leurs vœux les plus chers il y encore quelques mois.

En l’occurrence, c’est le Covid avec son cortège de pénuries qui a réamorcé le phénomène, redevenu à la mode, avec un manque dans les transports et les composantes électroniques. En fait, ce qui commence d’inquiéter et interpeller certains, c’est moins la remontée de l’inflation que les formes de cette dernière et les façons de s’en protéger.

Les mouvements de  prix peuvent revêtir divers aspects, le pire étant la crise déflationniste, et l’autre relativement plus prometteur, le boom inflationniste qui apparemment nous concerne actuellement, sans parler de la stagflation, une inflation sans croissance de production.

La gamme des armes pour se défendre est relativement large : la pire est bien entendu l’argent cash, sous le matelas (sans évoquer le remplacement devenu systématique des coupures, assorti d’une enquête inquisitrice sur le propriétaire économique !) ou à la banque, suivie par les livrets et autres emprunts d’Etat qui ne rapportent pratiquement plus rien ou même qui coûtent. Il existe certes une catégorie d’obligations indexées sur l’inflation qu’il est plus facile d’acquérir par le truchement d’un fonds. Soigneusement sélectionnées, les actions des pays dits-émergents constituent une alternative intéressante avec en premier lieu l’Inde dont nous avions précédemment décrit les multiples attraits. Vient ensuite l’or que nous privilégions sous forme de pièces, plus stables, anonymes et fongibles que les autres composantes du secteur. Suivent les matières premières, dont le pétrole, à la mort certes annoncée, mais pas imminente. Elles-aussi peuvent être achetées par l’intermédiaire d’un fonds sur indices.

Les actions occidentales constituent bien entendu un bon rempart aussi longtemps que les prix ne renchérissent pas de plus de 3%. Au-delà, se pose la question pour les industriels de pouvoir ou non répercuter sur leurs clients la hausse de prix des matières premières qu’ils se procurent et transforment. C’est le retour de la thématique d’investissement basée sur la « pricing power » qui privilégie les sociétés en capacité d’augmenter leurs prix de vente sans freiner l’appétit pour leurs produits.

Les crypto-monnaies dont on a parfois parlé, n’entreraient massivement dans la danse que dans l’hypothèse d’une hyperinflation, mais on est heureusement loin du compte. En attendant, quoique turbulentes,  elles se glissent insidieusement dans les esprits….et les portefeuilles.

Soit dit en passant. Il y a quelques mois, nous avions prématurément évoqué les perspectives de Novartis, frappée dès lors de léthargie. Elle semble toutefois se réveiller grâce à la mise sur le marché de trois thérapies ciblées contre divers cancers.

 

Pourquoi pas « moat » ? – 06.2021

Non, le titre ne comporte pas de faute d’orthographe, tout au plus une sorte de franglais, aisément explicable.

La traduction française de « moat » est : fossé ou douve, expression utilisée il y a quelques années par Warren Buffett pour expliquer sa stratégie et le choix de ses valeurs, en recourant à une définition moyenâgeuse. C’est ainsi qu’une entreprise est assimilée à un château-fort, avec ses douves, ses murailles, ses tours, son donjon qui en principe le rendent inexpugnable.

Une de ses valeurs préférées est bien entendu Coca-Cola ; il est quasiment impossible de s’en emparer ou de la détrôner,  avec ses immeubles, ses usines, son réseau de transport et même ses singularités qui la rendent unique, comme la couleur rouge de ses emballages. Certes, elle a un  concurrent en la personne de Pepsi-Cola, demeurée un éternel second et qui a dû recourir à plus de 20 produits différents pour rester dans la course.

McDonald est du même acabit ; avec ses produits typés, dont certains renouvelés ponctuellement, son réseau de franchises, sa détention d’innombrables immeubles, la société est devenue imprenable, c’est-à-dire en principe non rachetable.

Il ne faut d’ailleurs pas croire que ces « forteresses » aient toujours existé en tant que telles. Il s’agit souvent à l’origine de modestes « hameaux » que les circonstances du temps ont contraint de se fortifier à grand renfort de murailles et de fossés : statutaires, juridiques et souvent familiaux.

En Suisse, nous avons eu un bon exemple de 2001 à 2003, avec Roche dont une bonne partie du capital avait été patiemment accumulée par le financier M. Ebner qui par chance, éthique ou opportunisme (qui sait ?) le céda à Novartis. Mise en alerte, et forte de cette expérience traumatisante, la famille Roche s’employa rapidement à bétonner la structure de l’entreprise, notamment par le jeu des droits de vote.

A propos de M. Ebner, on peut rappeler qu’il y a une quarantaine d’années, en tant que privé et par ses fonds de placement, il fut temporairement en mesure de maitriser la majorité du marché des actions suisses, grâce à son expérience acquise en catimini des options, calls et puts, instruments virtuellement inconnus à l’époque des grands acteurs financiers, dont les banques. Ses « proies » de l’époque étaient de fragiles forteresses défendues par des murs de fortune ; il fallut donc ce péril pour qu’elles prennent enfin en catastrophe des mesures propres à les défendre plus efficacement contre des balistes destructrices.

A nos frontières, il y a quelques années, la famille Hermès dut aussi consolider ses fortifications  dans l’urgence. LVMH avec le concours de maillons faibles de la famille fondatrice et la complicité d’établissements bancaires devenus experts dans le commerce des options et autres dérivés, faillit prendre le contrôle de la société. Il fallut la détermination farouche des membres de cette dernière pour faire échouer la tentative par la création d’une holding cimentée, propre à décourager M. Bernard Arnault qui se résolut à dissoudre sa participation éphémère en redistribuant les titres à ses propres actionnaires.

Notre pays connut des escarmouches sans grande gravité entre deux « châteaux », Nestlé et l’Oréal : elles remontent à près de 50 ans. Les prises de participations croisées fut bénéfiques aux deux  partenaires, à la limite, davantage pour la société veveysane en raison du fantastique développement à l’international de l’entreprise de cosmétiques ; d’ailleurs, elles perdurent.

Ce recours à la métaphore médiévale par M. Warren Buffet témoigne d’une vision des investissements que nous partageons à notre modeste échelle. Nous n’investissons pas pour un coup de bourse éphémère et rarement répété, mais dans des entreprises pérennes, avec une vision à long terme et un respect de leurs actionnaires.

Soit dit en passant : notre pays offre une multitude de « perles » de qualité, souvent méconnues. Belimo, (CHF 375.- rendement 2.2%) spécialiste des vannes et des économiseurs d’énergie est l’une d’entre-elles. Présente sur tous les continents,  elle n’a qu’un concurrent sérieux : le danois Atlas Copco, mais le monde en expansion est vaste !

 

De l’inconvénient de rater le coche – 05.2021

En fonction des pays ou des puissances d’alors, la seconde partie du 19ème siècle connut des fortunes diverses, voire des expériences qui avec le temps paraissent invraisemblables. Quand on pense à ces malheureux instituteurs français chargés d’enseigner à de jeunes Africains ou aux adolescents de ce qu’on appelait la Cochinchine, que leurs ancêtres étaient de chevelus Gaulois, ou des Britanniques, aux Indes, inculquant les valeurs du cricket, apanage de l’Empire britannique, ou peuplant l’Australie en friche des rebuts de leurs bagnes, on peut se poser des questions au sujet des valeurs colportées en ces temps-là.

Sur un ton infiniment plus dramatique, on peut aussi se remémorer la ghettoïsation mortelle par les Américains, nouveaux venus, de ce qui subsistait des tribus indiennes, natives elles,  décimées par l’alcool et les maladies importées d’Europe. On ose à peine évoquer que cette méthodologie de l’anéantissement fut reprise des décennies plus tard par des régimes odieux.

Pendant ce temps-là, la Suisse quelque peu commotionnée par la guerre intestine du Sonderbund, développait avec brio son industrie et en premier chef, la chimie et surtout la pharmacie. De cette époque datent ce qui allaient devenir les Roche et autres Novartis, fruits de multiples fusions et rapprochements. Il serait fastidieux d’énumérer les inventions pharmaceutiques d’alors qui vont des sirops pour la toux à l’origine, aux vitamines, sans oublier la gamme des antidépresseurs et surtout les diagnostics.

On peut dès lors s’étonner que notre pays avec une telle expérience, n’ait pas joué et ne joue pas de rôle plus important dans la recherche sur le Covid-19, ses protocoles de guérison et ses vaccins. Pourtant, le Conseil fédéral, sans contraindre à trop de limitations et de frustrations, a finalement bien manœuvré dans le combat contre cette pandémie, phénomène nouveau pour notre époque et qui  a demandé des trésors d’improvisation et de tâtonnements.

Mais, comment se fait-il que dans la recherche de diagnostics, de thérapies et de vaccins notre pays ait été tenu à l’écart et se soit reposé sur l’étranger? Cette lacune provient-elle de l’Exécutif ou d’une modestie inexplicable des entreprises intéressées ? On ne le sait, et c’est dommage, car avec le prestige de la Suisse, un vaccin local ou une thérapie ciblée aurait connu un succès immédiat.

L’honnêteté oblige à reconnaitre qu’en son temps avec Berna Biotech, la Suisse était parfaitement équipée pour affronter ce genre de situations ; il est vrai aussi qu’au gré des fusions et rachats et compte tenu de la faible rentabilité des vaccins, la spécialité disparut progressivement.

Soyons cependant objectifs, notre pays avec le concours de Lonza, a collaboré peu ou prou à l’élaboration du vaccin Moderna en produisant son principe actif. Dans un autre domaine, le spécialiste de la logistique, Kuehne et Nagel grâce à son équipement spécialisé, a pu assurer le transport des vaccins avec toutes les garanties de sécurité. Roche enfin, grâce à sa participation dans Regeneron et ses anticorps, est entré finalement et tardivement  dans la course. On suppute d’ailleurs que ce fut le traitement administré à D.Trump.

C’est dommage qu’il n’y ait pas eu davantage de synergie entre le politique et l’industrie, encore que l’élimination totale du Covid-19 prendra malheureusement du temps et nécessitera d’autres moyens de prévention et de guérison, incitant notre pays à utiliser sa capacité d’innovation, permettant de rattraper le coche en marche.

Soit dit en passant : dans un domaine différent, mais pas totalement éloigné de la médecine, eu égard à certains de ses produits, il serait peut-être avisé de jeter un coup d’œil sur Air Liquide. Créée il y a plus de 120 ans, la société est le « chouchou » des investisseurs français qui respectent son sérieux, sa croissance régulière et sa politique d’attribution régulière d’actions gratuites. En l’occurrence, elle mérite une attention particulière en tant que principal producteur d’hydrogène dont l’utilisation sera exponentielle dans le domaine des transports terrestres et même aériens.