Une fois n’est pas coutume 07.2020

Une fois n’est pas coutume; nous n’allons pas parler en long et en large de cette pandémie qui empoisonne nos vies depuis le début du printemps ni de l’écho qu’elle suscite dans les médias qui apparemment n’ont plus d’autres sujets à traiter, hormis les « trumperies », lassantes elles-aussi, encore qu’aux USA, les deux questions soient intimement liées ; une majorité d’ Etats ont déjà constaté que la sortie au galop du confinement avait une conséquence irréductible, une nouvelle poussée des cas, entraînant un clivage parmi les politiciens et même au sein des partis, surtout le républicain, qui commence de se déliter. Rappelons l’épisode chorégraphique de l’église Saint-John et de la bible brandie d’une façon théâtrale, ce qui n’a pas eu l’heur de plaire à nombre de personnalités présentes contre leur gré, et qui ont regretté d’avoir été ainsi bernés.

Accordons-nous donc un entracte et revenons à notre métier de base, la gestion de fortune, en faisant le point après des mois chaotiques, -il suffit de voir la cascade de Wall-Street en mars, ou plus près de nous, le 11 juin-, et mettons en exergue le comportement des valeurs que nous suivons en les comparant avec leurs indices de référence.

Maintes fois nous l’avons souligné, trois secteurs retiennent notre attention : en priorité, l’alimentation, puis l’industrie pharmaceutique et dans une moindre mesure, le luxe qui, entre parenthèses, n’a pas démérité en dépit de toutes les prévisions pessimistes le concernant. De façon à éviter un éparpillement non représentatif, nous avons retenu 4 à 6 principales valeurs des secteurs sélectionnés, et calculé la performance moyenne de chacun d’eux en la comparant à l’indice boursier du ou des pays concerné(s)

Dans l’alimentation suisse, nous sélectionnons comme d’habitude : Nestlé, Emmi, Lindt, Villars et Barry Callebaut. Les quatre premières sont connues de tous alors que Barry Callebaut qui est pourtant le leader mondial dans la fabrication de produits à base de cacao et de chocolat, l’est moins. Nestlé, inchangée, est naturellement la principale composante de la sélection laquelle a cédé moins de 8% (sans tenir compte des dividendes) depuis janvier par rapport à moins 5% pour l’indice SMI.

Au niveau des chimiques-pharmaceutiques, nous avons retenu Givaudan, Lonza, Novartis, Roche et Vifor, toutes reconnues, hormis peut-être Lonza que d’aucuns cantonnent encore uniquement à la production d’engrais et de fertilisants alors qu’en dix ans, elle s’est progressivement transformée en une pharmaceutique de pointe, courtisée pour ses produits d’exception par une multitude d’entreprises de la branche, surtout en biotechnologie. En ce qui nous concerne, cette sélection a crû de 14% en 6 mois. Dans ce domaine, Novartis est l’un de nos principaux investissements.

Abordons maintenant le dernier compartiment favori, celui du luxe qui comprend Hermès, Kering, l’Oréal, LVMH et Moncler. Au fil du temps, nous avons fortement réduit la part helvétique, essentiellement Richemont et Swatch que nous jugeons par trop volatiles. Ce panachage, en majeure partie français, s’est réduit de moins de 1% tandis que l’indice CAC cédait 16% et l’Euro stock 50 environ 13%. La palme revient à Hermès qui ne s’est pas égarée dans une multitude de produits disparates, mais s’est consacrée à ses métiers de base sous l’auvent d’une famille homogène qui n’a pas oublié sa mésaventure avec M. Bernard Arnault d’il y a quelques années. A ce jour, elle fait état d’une progression de 12% pour les six premiers mois et représente l’une de nos principales positions du secteur. Une mention spéciale aussi pour l’Oréal dont les ventes en ligne ont explosé durant le Covid-19.

Il ne faut pas s’étonner que dans cette revue ne figure aucun titre américain. Nous avons progressivement quitté ce marché en raison de l’écheveau de dispositions contraignantes et inquisitrices de l’administration qui s’étendent même aux successions, ce que nombre de banques feignent d’ignorer en laissant les héritiers de valeurs d’outre Atlantique s’embourber face à des enquêteurs voraces et fouineurs.

Cette courte rubrique n’a pas la prétention d’être un panorama immuable mais plutôt un instantané après 6 mois tumultueux pour les raisons évoquées en préambule. Dans l’avenir, des paramètres, des modifications devront certainement être pris en compte, notamment dans la perspective des élections de novembre, si elles ont lieu !

NB. Les cours et indices sont du 26 juin 2020
 

Les cartes sont brassées. Commençons une nouvelle partie 06.2020

Alors que les épais nuages du COVID-19 commencent à se dissiper lentement tandis que des vaccins et des thérapies sont à la veille d’être mis à disposition du public, récompensant ainsi le gigantesque effort de guerre, comme dirait M. Emmanuel Macron, se pose la question de ce qui aura changé dans le monde après ce lourd intervalle.

Les exemples dans l’histoire me manquent pas : la peste du 14ème siècle, qui a vu l’abolition de l’esclavage en Europe, la guerre de sécession, celle de ce qui allaient devenir les Etats-Unis ou les congés payés en France qui ont chamboulé la Société haussmannienne ; plus près de nous, 1968, avec la remise en cause intégrale des règles établies, dans les entreprises et dans l’enseignement, bien au delà de ce que les « révolutionnaires » avaient osé espérer. Avec le virus, on va rapidement observer des changements irréversibles, bien que timides dans l’état actuel des choses, avec du positif, mais aussi du négatif.

Commençons par ce dernier ; le confinement a contribué à l’explosion du commerce électronique, allant des repas à domicile au rajeunissement d’une garde-robe par commandes en ligne, entraînant une propension à tout entreprendre, acheter, voire, mais rarement, apprendre depuis son domicile.

Cette évolution est dangereuse et porte en son sein, une plus grande destruction du tissu social et un renfort de l’autisme professionnel pour les personnes concernées qui se seront habituées à travailler dans un bocal privé, hors de tout contact.

Dans le cadre de ces chroniques, nous avons maintes fois souligné le danger que représentait cette évolution du confinement avant la lettre, avec son corollaire de désertification des zones urbaines, de destruction de l’agora, de disparition des commerces de proximité au profit de grandes surfaces et des commandes par Internet.

Progressivement, les villes habitées courent le risque de se désertifier au profit de bureaux ou d’agences de banque où le contact humain s’est déjà volatilisé en faveur d’appareils avec, exceptionnellement la faculté de bénéficier d’un contact par vidéoconférence, nonobstant, bien entendu, un rendez-vous préalablement fixé.

En outre, ce confinement professionnel comporte en son sein un germe mortel qui commence progressivement d’attaquer certaines entreprises, dont le seul objectif, ou plutôt celui de ses dirigeants en quête d’un bonus bien gras, est la recherche du profit à tout prix. Ces prédateurs découvrent tout à coup que l’Enterprise peut apparemment fonctionner sans des locaux coûteux, des parcs de machines, des polices d’assurances, des réfectoires ou des parkings etc. rendant impossibles les contacts, les échanges professionnels ou privés, aboutissant ainsi à la création de ruches virtuelles, aseptisées et cloisonnées, dont chaque ouvrière suivra son bout de chemin en ignorant les autres.

Sans vouloir jouer les cartes apocalyptiques, on n’ose imaginer ce que deviendrait le monde en cas d’orage électromagnétique accidentel ou d’une cyberattaque de grande envergure : chaque ouvrière errerait, affolée, dans tous les sens, à la vaine recherche d’un contact ou d’un appui. Ce scénario plausible concerne les services de tout genre, à savoir les assurances, les banques, les agences de voyages etc. avec l’appauvrissement intellectuel qu’un tel cloisonnage induit.

Au plan positif, plusieurs aspects, ne serait-ce que le « ouf » de soulagement poussé par la nature qui connaît enfin un répit ! Les photos par satellites de la Chine ou d’ailleurs, témoignent de la dissipation des brouillards jaunâtres et corrosifs au dessus des grandes agglomérations comme Shanghai ou Los Angeles; à Venise, on ré-aperçoit le fond des canaux, après que les paquebots et les gondoles motorisées eussent marqué une pause, avec des poissons et des crustacés qui avaient, tant bien que mal, vivoté dans un milieu boueux. La municipalité, forte de ces expériences, va enfin limiter en le contingentant, le nombre des visiteurs, actuellement plus de 30 millions par année !

Ailleurs aussi, la faune reprend espoir et confiance, les bestioles de la forêt s’hasardant dans les parkings délaissés. A Athènes, on a même aperçu une tortue égarée qui arpentait la place de la Constitution,. On se rend compte que les limites de la mondialisation ont non seulement été atteintes, mais franchement dépassées.

Les continents, les pays, devront revoir leur stratégie, moins jouer la carte mondiale et retrouver davantage d’autonomie. Un exemple mais combien éloquent : est-ce concevable que de grandes sociétés pharmaceutiques, y compris les nôtres, pour épargner quelques sous et accroître une marge déjà substantielle, dépendent entièrement de l’Inde ou de la Chine afin d’obtenir un composant de base ?

Est-ce normal qu’on se soit habitué à consommer en plein hiver des fraises ou des asperges qui ont franchi des milliers de kilomètres à grand renfort de fuel , de Kérosène et de pollution aérienne et maritime, avant de nous parvenir, alors que dans nos campagnes, les silos sont pleins à ras bord de produits indigènes ?

Au niveau des mœurs s’est opéré un profond changement. Avant longtemps, qui rêvera d’un séjour aux Maldives ou d’un week-end à Dubaï ou à Barcelone ? Nos concitoyens, libérés, vont retrouver des plaisirs plus simples : une balade au bord du lac, une excursion au Salève ou à Gruyère, ou une promenade avec son chien qui, entre parenthèses, a connu son heure de gloire pendant le confinement en tant qu’excuse officielle pour une sortie hors normes. La chaleur humaine renaît ; des gens s’évitent précautionneusement, mais se saluent, comme dans les montagnes. Des jeunes font des emplettes pour les ainés. On échange des trucs, des adresses, des blagues par WhatsApp ou on appelle des amis négligés depuis longtemps. Les entreprises pharmaceutiques cessent de se faire la guerre, coopèrent et échangent leurs découvertes.

De grandes sociétés revoient temporairement leur production au profit d’articles devenus indispensables comme des masques ou des ventilateurs. Le gain n’est plus le seul objectif, mais est progressivement remplacé par le souci du bien commun. Les grandes banques renoncent à un profit immédiat et retrouvent leur rôle social d’antan en accordant plus facilement des crédits de secours et en se montrant accommodantes à l’égard de leurs anciens débiteurs, afin de sauver leurs entreprises en difficulté.

Dans le monde des investissements aussi, on retrouvera plus de raison et de bon sens. Les constructions alambiquées, à grand renfort d’algorithmes et d’échafaudages brinquebalants vont céder le pas à des placements plus réfléchis. Rappelons qu’il y a quelques années, les investisseurs conservaient un titre pendant plus de 3 ans ; avec le développement des systèmes d’investissements automatisés, le temps de conservation s’est réduit à une moyenne de 3 secondes environ, à la grande joie des spéculateurs à la petite semaine.

Et que dire du baril de pétrole qui au gré de spéculations irrationnelles s’est échangé le 20 avril à un prix négatif ? On est en plein délire. Ce temps-là est révolu et doit demeurer révolu. Revenons au bon sens en privilégiant des investissements dont on comprend le fonctionnement et la finalité, et supprimons ou limitons drastiquement les ventes à découvert qui pourrissent et défigurent les places boursières.

Parmi les investissements privilégiés correspondant à ces critères, on peut parmi une foule d’autres, retenir les pistes suivantes : Nestlé, Novartis, Roche, l’Oréal, Essilor, Danone, Lonza, Hermès, Beiersdorf ou Adidas, entreprises reconnues, à faible endettement et aux produits aisément identifiables. Espérons qu’après ce cauchemar, tous les acteurs économiques, étatiques, mais aussi privés s’efforceront d’adhérer à de nouvelles donnes et que notre monde redémarrera sur des bases plus saines et pérennes.
 

Lâchez vos mouchoirs, empoignez la truelle 05.2020

La déferlante du COVD-19, et c’est parfaitement compréhensible, a totalement occulté les autres graves problèmes qui ont marqué la fin de l’hiver, encore qu’à notre époque tous les événements comportent des interconnections qui compliquent et péjorent des situations dramatiques se succédant à un rythme infernal.

En effet, on ne pourra pas rester éternellement impavides, bien qu’avec une honte profonde et croissante, face aux images de la télévision montrant le calvaire des réfugiés : des gosses qui s’ouvrent les mains en s’agrippant aux barbelés, des vieillards grelottant sous la pluie ou des femmes qui accouchent dans la boue d’un fossé.

Les récents événements de Samos l’ont cruellement démontré avec des malheureux, convertis en pions d’une politique qui leur échappe de par un Erdogan, empêtré dans des aventures militaires et des problèmes internes, qu’il cherche à masquer, en sacrifiant ostensiblement ceux qu’il avait abrités par stratégie. Le problème dépasse les îles grecques et concerne le monde dans son ensemble avec près de 70 millions de personnes, l’équivalent de la population de la France, en quête d’un havre où se reconstruire.

Quelle est l’attitude des pays d’accueil ? Se dépêcher mollement de construire des camps plus ou moins bien bricolés et qui se transforment en ghettos géants, souvent en mouroirs, avec tout ce que cela comporte de pourrissement moral et de résurgence de courants dangereux. Il y a des exemples à quelques centaines de kilomètres de chez nous : des zones de Paris où la police n’ose plus s’aventurer ou les quartiers-nord de Marseille pour n’en citer que quelques-uns.

Ces pauvres hères ne sont pas des « Damnés de la Terre » mais souvent les détenteurs de talents : des médecins, des scientifiques en général, des enseignants, des ouvriers qualifiés, des ferblantiers, des agriculteurs, des couturières qui vont voir leurs connaissances s’émousser dans une promiscuité forcée qui engendre les pires déviations intellectuelles et surtout religieuses, au profit des fanatismes : le Proche Orient en est un autre exemple. Le temps des demi-mesures à grand renfort de tentes et de préfabriqués est révolu. La question doit être abordée au niveau mondial. Il existe une bonne dizaine de pays qui sont quasi-désertiques et qui peuvent accueillir des populations entières, à condition d’y édifier des infrastructures complètes : le Canada ,vide, hormis des agglomérations côtières, l’Argentine sous-peuplée avec une ancienne tradition d’accueil, le Brésil ou l’Australie qui aurait bien besoin de nouveaux habitants, ne serait-ce que pour mieux contrôler, voire empêcher les catastrophes naturelles de l’hiver récent, sans parler du Japon au taux de natalité anémique, et qui devra bien renoncer à sa xénophobie viscérale sous peine de disparaître de la carte géopolitique d’ici quelques décennies.

Plus près de nous, et avec une moindre capacité d’accueil, il existe des dizaines, des centaines de villages désertés, dans le sud de la France et de l’Italie, sans parler des régions alpines, y compris en Suisse. Des agriculteurs d’Europe, pendant ce temps-là, à l’aube des récoltes, manquent cruellement de main d’œuvre et envisagent amèrement de voir pourrir le fruit de leur labeur.

On peut certes rêver, mais une prise de conscience mondiale est urgente : aux villages de toiles doivent succéder des maisons en dur, des écoles, des usines, des hôpitaux, des lieux de vacances et de réunion, bref de vraies agglomérations à sortir de terre. D’aucuns pourront s’étonner de ces propos dans le cadre d’une chronique normalement orientée vers la finance. La démarche n’est pourtant pas angélique ; elle implique une sorte de nouveau plan Marshall global concernant des pans entiers de l’Economie : la construction, l’urbanisation en général, l’approvisionnement électrique, l’organisation de soins, l’agriculture etc. qui peuvent garantir la pérennité financière à moyen et long terme de nombre d’entreprises mondiales.

A noter au passage que cet effort pourrait ponctuellement être entrepris dans les pays d’origine aux infrastructures insuffisantes comme le Togo, le Bénin ou le Gabon, parmi une foule d’autres, à la condition qu’il s’agisse d’Etats de droit, et qui pourraient conclure des accords de coopération avec des partenaires européens, des attelages, des jumelages profitables aux deux parties. Ce nouveau « plan Marshall mondial » nécessiterait des dizaines, des centaines de milliards de dollars, projet auquel pourraient participer cette crème de milliardaires de la planète, évoquée dans une précédente chronique et pour qui le temps serait enfin venu de payer son écot, en dehors du fait de tenter d’enrayer financièrement et par une reconversion constructive de leurs productions industrielles, l’évolution de la maladie.

Nous sommes là en pleine virtualité, en douce rêverie peut-être, mais d’où le sens froid et cynique des réalités n’est pas absent. Si rien n’est entrepris, dans trois mois, trois ans, plus tard peut-être, cette masse de réfugiés, ceux qui auront survécu à la pandémie, tragique dans des pays structurés, mais aux conséquences atroces là où rien n’existe, va se mettre en marche ; on ne pourra rien faire pour l’entraver. On peut contrer une invasion de 1’000, 10’000, éventuellement 25’000 personnes, au-delà, c’est impossible stratégiquement.

Espérons que le monde occidental cessera d’être obtus et myope et jouera cette carte, par charité, mais aussi par esprit de survie avant une catastrophe irrémédiable.
 

Les charognards volent en rase-motte 04.2020

Les dernières semaines ont battu des records de volatilité boursière, une sorte de démence, sans commune mesure avec la réalité de l’économie dans son ensemble. Certes le coronavirus pose une multitude de questions et engendre un climat de doute, voire d’errements pour certains, peu habitués aux violentes réactions.Ces dernières semblent souvent suspectes.

Si une grande valeur comme Novartis ou Nestlé abandonne 10% en une séance, avec des volumes de 20 ou 25 millions de titres, ceci ne reflète pas la décision d’aliéner des titres de cette qualité, émanant de Monsieur Dupont ou de Frau Meier qui sont le plus souvent des investisseurs à long terme, mais bel et bien de l’action de prédateurs à l’affut d’affaires bradées. Ces mouvements sont d’autant plus ridicules qu’ils concernent souvent des titres offrant un dividende de 4 même 5% assuré quels que soient les remous.

Cette liquidation n’est donc pas le fait de privés à la tête froide, mais de spéculateurs professionnels qu’on trouve parmi les rangs des managers de fonds de placement, ou des banques. Cette engeance joue systématiquement à la baisse, d’où des volumes colossaux avec la complicité naïve d’établissements financiers qui leur « prêtent » des valeurs appartenant en fait à leurs clients, le fameux « securities lending » rapportant des clopinettes aux détenteurs mais des marges substantiels aux acteurs. Le consentement des clients est d’autant plus stupide qu’il contribue à faire baisser encore davantage la valeur de leurs positions moyennant une rétribution symbolique de quelques francs ou dollars.

Les acteurs à la base de ces mouvements erratiques connaissent heureusement, et ce n’est que justice, des nuits agitées dans leur frayeur de voir les marchés se retourner brusquement.

Quelques places boursières ont pris l’initiative tardive d’interdire les ventes à découvert, mais le mal était fait et perdure parfois ; certes, il est légitime, pour un exploitant agricole par exemple, de vouloir vendre à l’avance sa future récolte, à un prix fixé, afin d’assurer sa trésorerie, ses achats de semences et assurer ainsi sa pérennité financière. En revanche, il serait abject que ce paysan vendit le double, voire le triple de sa production dans l’espoir de se couvrir à un prix plus avantageux. C’est pourtant ce qui se passe à une échelle immense sur les marchés boursiers, par des ventes directes à découvert, dans les conditions évoquées ci-dessus, soit en bradant des titres empruntés, soit par le truchement d’instruments hautement volatiles et créés à partir du néant. Les opérateurs déséquilibrent complètement les places boursières, en vendant à l’encan des entreprises de qualité qui témoignent pourtant d’un historique irréprochable.

Un autre facteur contribue à ces distorsions ; la présence sur les écrans, 24 heures sur 24 des chaines d’informations financières, avec parfois des présentateurs qui semblent « carburer » à d’autres produits que la caféine et dont l’apparence se modifie au gré des épisodes tragiques ; du complet-cravate, ils passent à la chemise avant d’en retrousser les manches et de laisser filer leur cravate vers le nombril.

A force de vouloir commenter, d’expliquer rationnellement ce qui se passe ces pseudo-journalistes ajoutent à la confusion et à la panique. Qu’il est loin le temps des journalistes qui livraient des informations brutes, sans fioritures, sans commentaires, dans l’esprit de Radio Sottens, ce qui dit peut-être quelque chose à nos grands aînés. L’épisode tragique du Coronavirus va remettre l’église au milieu du village.

Pour les prochaines années, notre monde va se modifier, cela a déjà commencé, et se remettre sur des rails. Souhaitons qu’au néo-libéralisme funeste, égoïste et inique, succède un libéralisme constructif de bon aloi d’où les excès et la course au profit à tout prix seraient bannis. Les rapaces déchiquetant voient déjà se profiler une horde d’éléphants, jusque-là placides, mais qui commencent d’utiliser leur force à bon escient : LVMH suspend la production de parfums en faveur de gels antiseptiques ; plus près de nous, Firmenich emboîte le pas. Dior renonce aux blouses et fabrique des masques, de même pour Bouygues ou Peugeot.

Idem aux USA où de grandes entreprises, pourtant en froid avec le Président, placent l’intérêt de la Nation au-dessus des rancœurs personnelles et fabriquent des unités de réanimation ou de nouveaux tests. Poutine, le froid taciturne, vole au secours de l’Italie ; même Cuba sort de son isolement et dépêche des brigades de médecins. Entre-temps, les charognards ont perdu de leurs pennes le 24 mars, journée au cours de laquelle le marché américain a littéralement explosé à la hausse en entraînant les autres places. Semblable réaction n’avait plus été observée depuis plus de 87 ans ! On peut observer à cet égard les volumes extraordinaires enregistrés par de grandes valeurs, traduisant la fébrilité anxieuse des rapaces à couvrir en catastrophe leurs positions.

Tout change, espérons vers le mieux. Habituons-nous à un monde plus serein, moins roublard et pourquoi pas plus propre, ainsi qu’en témoignent déjà les photos récentes de villes et régions prises des satellites.
 

En attendant un air de printemps… 03.2020

L’année 2020 sur le plan boursier débuta sur les chapeaux de roues, dans la foulée de l’année précédente.

Mais ce bel élan fut stoppé net par un ennemi auquel on ne s’attendait guère : non pas l’inversion de la courbe d’intérêts ni l’effondrement du Baltic Dry Index, mais par le coronavirus provoqué possiblement par l’ingestion, sous forme de soupes, d’animaux exotiques, y compris le malheureux pangolin en voie d’extinction; il débuta en Chine avant de s’étendre progressivement dans la région et plus loin encore au gré des voyages aériens.

Le constat qui en découle est en demi-teinte : au passif, le risque potentiel que représentent de nouveaux virus, jusqu’ici non identifiés, et qui systémiquement semblent trouver leur source en Extrême-Orient et, à l’opposé : positif, la réaction rapide des pays concernés : la France par exemple avec l’ouverture instantanée de centres de quarantaine et, du côté chinois, l’incroyable performance que représente la construction d’un grand hôpital en moins de deux semaines, exploit contrebalançant la chute des marchés d’actions locales exacerbée par l’accumulation d’ordres de ventes en raison de la longue pause de fin d’année ; cette réaction a bien entendu gagné les autres places boursières qui ont connu de violents soubresauts avec en tête de liste le compartiment du luxe.

Il faut cependant garder en mémoire que ces écarts marqués sont dans la ligne de ceux de l’année précédente. Nous vivons à une époque où pour toutes sortes de raisons, notamment politiques ou psychologiques, les places boursières peuvent s’enflammer ou se replier en quelques heures ; autant nous y habituer et conserver notre sérénité, car ce sera notre lot commun dans l’avenir.

Parmi les autres nouvelles pré-printanières, il y a bien entendu le Brexit où les déclarations et les commentaires vont bon train, souvent en vain. Ce qui compte c’est l’homogénéisation du peuple britannique après une campagne traumatisante ; à cet égard, il ne faut pas sous-estimer sa capacité de résistance et de sursaut, l’histoire l’a maintes fois prouvé ; cette qualité est infiniment plus importante que tous les discours triomphants, un tantinet obscènes, ou au contraire résignés, ou encore les projets d’accords avec les uns et les autres.

L’Anglais est pragmatique et opportuniste, il supportait mal le carcan législatif européen. Le premier ministre l’a d’ailleurs rapidement annoncé ; il souhaite que son pays redevienne efficient et se mue en une sorte de Singapour du continent en annonçant déjà qu’il signait un accord avec Huawei au grand dam des cousins américains, adversaires acharnés du fabricant chinois, et qui cherchent à prendre une participation dans Nokia et Sony-Ericsson. Rappelons en outre à ce propos que le London Stock Exchange est déjà la principale place boursière mondiale ; son gain (FTSE 100) en 5 ans est le triple de l’indice européen (Stoxx 50). les banques locales brimées depuis des décennies, mais fortes d’une tradition centenaire, devraient retrouver leur lustre d’antan. En fait, on avait sous-estimé, même ignoré, le goût viscéral d’insularité du Royaume-Uni, paradoxalement conforté en son temps par des visions impériales, réduites depuis à la portion congrue, mais qui ont laissé des ferments encore actifs.

Au passage, mentionnons l’épiphénomène de Tesla et de son animateur fantasque. Condamnée à la faillite, vilipendée par les banques qui l’avaient recommandée à la vente en urgence, la valeur reprend près de 100% en quelques semaines à la suite de l’accroissement de production des modèles électriques moins volumineux, et l’annonce du lancement d’une myriade de petits satellites qui devraient contribuer à accélérer les télécommunications.

On attendait beaucoup des primaires de l’IOWA avec la désignation sans ambiguïté d’un candidat démocrate suffisamment fort pour contrer l’actuel président. Avec le système quasi moyenâgeux du caucus, en regard duquel nos Landsgemeinde ont des allures de vote électronique, il s’ensuivit un lamentable cafouillage et des retards sans fin qui réjouirent le locataire de la Maison blanche, échappant entretemps comme attendu à la procédure d’impeachment, avant qu’il ne se lance peu après dans un discours panégyrique sur l’Etat de la Nation, tourné en ridicule par la leader démocrate, Madame Nancy Pelosi. Peu avant, un candidat démocrate avait fini par surgir : Pete Battigieg, maire d’une modeste localité et quasi inconnu au plan national. Dans l’Ohio, le challenger Bloomberg patauge dans des débats mieux maitrisés par Sanders qui en sort vainqueur. En Suisse, la maladresse des barbouzes du Crédit Suisse se termine par le départ précipité du directeur général, Monsieur Tidjan Thiam qui fondamentalement n’avait jamais été accepté par le Bahnhofstrasse.

Fin février, le Coronavirus s’occidentalise, se mue en Covid-19, et gagne imperceptiblement l’Europe, en particulier l’Italie. Les décomptes macabres des media au sujet des personnes décédées ne manquent pas et tournent au déraisonnable. Il suffit de mettre en parallèle les quelques décès sur notre continent avec le chiffre des 3’700 morts quotidiens par accidents de la route, au niveau mondial où aux victimes de la grippe ordinaire aux USA, qui dépassent déjà 14’000 et pourraient atteindre plus de 50’000 en fin de saison, sans oublier que sur les quelque 80’000 victimes du virus, plus de 40% sont déjà guéries. En revanche, là où l’industrie pharmaceutique parfois myope, devrait être en alerte, c’est lorsqu’on lui rappelle que par recherche d’un gain facile, elle a accepté que 80% des composantes de base de beaucoup de ses médicaments génériques soient élaborés en Chine. Comme habitude, les bourses réagissent d’une façon exagérée à laquelle les spéculateurs à la baisse, y compris les stars de la finance, ne sont certes pas absents ; on estime que les marchés américains ont fondu de 1’700 milliards de dollars.

Sur le fond pourtant, la situation mérite deux commentaires ; d’une part, les pays ont entrepris de gros efforts pour contrer la pandémie et d’autre part, la recherche scientifique est tant diversifiée et qualifiée qu’elle trouvera bientôt soit un vaccin soit un remède efficace pour traiter la majeure part des malades, en recourant même peut-être à d’anciens remèdes utilisés pour d’autres affections.

Certes, pour l’investisseur, la route est chaotique ces jours-ci. Ce n’est pas la première fois, peu s’en faut (2008 n’est pas si ancien) ; les marchés retrouveront leur sérénité, il suffit d’une étincelle pour que les « bears » se convertissent en « bulls ». Il y a déjà des lueurs réconfortantes dans l’obscurité qui nous oppresse : des usines chinoises rouvrent, la majorité des boutiques Hermès dans le pays sont à nouveau opérationnelles. Il faut savoir courber l’échine, surtout ne pas succomber à la panique, et se souvenir que les dividendes (plus de 3% de rendement pour de grandes valeurs helvétiques) sont là pour nous aider à passer les temps d’orages.