Lingot-dingo 06.2019

Tous les professionnels l’admettent, Monsieur Warren Buffett est probablement l’un des meilleurs, voire le meilleur gestionnaire de fortune que notre époque ait connu ; sans flagornerie, utilisant des recettes simples, amateur d’aphorismes mémorables, il a accumulé pour ses actionnaires et par conséquent pour lui-même, des profits fantasmagoriques. Certes, il a connu aussi des pertes sèches, certains de ses exercices se terminant ‘par des baisses de plus de 50%, réactions enregistrées parfois par des valeurs individuelles de grande qualité comme Nestlé ou Pernod Ricard, qui entre parenthèses ont mieux performé sur la durée que le fameux Berkshire Hathaway, mais ce n’est pas là notre propos.

Warren Buffet est un ennemi acharné de l’or : il se plait à comparer sur une longue durée l’évolution du prix de la relique barbare par rapport à celle d’une composition de quelques titres. Rappelons que le génie de la finance a commencé à investir à l’âge de 12 ans les quelques dollars épargnés par la vente de journaux dans la rue. Le résultat est sans appel : placés dans un fonds banal reflétant le S&P 500, les quelques dizaines de dollars initiaux auraient actuellement une valeur de 600’000 dollars alors qu’investie en métal précieux, la mise de base ne vaudrait que 35 fois plus. Même un banal carré de chocolat aurait connu une meilleure performance relative.

Il convient cependant de nuancer cette comparaison d’apparence irréfutable .Fils d’un modeste agent de change, lui-même traumatisé par l’interdiction d’alors de détenir de l’or, Warren Buffett n’a pas été élevé dans cette culture d’autant plus qu’il a passé la majeure partie de son existence dans ce qu’on peut appeler la campagne, épargnée par la guerre et ses nuisances perverses. Rappelons que les guerres menées au 20ème siècle par les Etats-Unis ont toujours eu lieu en dehors de leur territoire, qui a certes connu des crises mais pas d’occupation ni de famine ou de marché noir, hormis l’épisode de la prohibition. Dans le reste du monde toutefois, bien des nations ont pâti, outre du désastre des conflits, de ce qu’on appelle maintenant les effets collatéraux, à savoir la volatilisation des monnaies ou une inflation hors contrôle ou encore le troc de survie. Dans ces malheureux pays dévastés, la détention d’or, essentiellement sous forme de pièces était la seule planche de salut et de survie. Tout le monde a rencontré au moins une fois dans sa vie une vieille personne qui rappelait que dans ces périodes tragiques, avec une pièce d’or, on pouvait toujours obtenir au moins un pain ou un morceau de viande.

La guerre du Golfe en 1991 avec l’invasion du Koweït par l’Irak a radicalement brassé les cartes de l’or. Traditionnellement, les Koweitiens étaient très friands de métal précieux sous forme de lingots. Face à l’arrivée des troupes de Saddam Hussein, ceux qui le purent, prirent en catastrophe la fuite dans leurs véhicules après les avoir chargés de leur précieuse épargne. Ils comprirent rapidement qu’une voiture, aussi puissante soit-elle, ne peut supporter le poids de quintaux de métal d’autant plus qu’il convient de privilégier la nourriture, l’eau, des vêtements de rechange etc. Le désenchantement fut brutal et modifia la donne : progressivement, au niveau mondial, au détriment des particuliers désabusés, l’or sous forme de lingots, se concentra auprès des banques centrales qui déplacent rarement leur stock. Le dernier attelage qui reliait le prix de l’once à celui du baril de pétrole s’est aussi totalement distendu.

Qu’en est-il des pièces qui ont le privilège d’être anonymes contrairement aux lingots numérotés et partant aisément identifiables? Doivent-elles encore figurer dans un patrimoine ? La réponse est oui sans hésiter. A une cadence folle notre monde se digitalise au niveau des payements, des réservations d’hôtels ou d’avions etc. : mais que se passerait-t-il en cas de pannes accidentelles ou provoquées criminellement ? la question n’est pas théorique car des black-outs ont été souvent observés dans des domaines aussi divers que les ATM, la fourniture d’électricité, le déroulement retardé d’élections, le blocage d’Internet, de banques qui ont dû abruptement fermer leurs guichets ou encore d’échange quasi instantané de billets de banques qui en une nuit valaient moins que le papier qui les représentaient.

L’or ne s’inscrit donc pas dans le patrimoine génétique de M, Warren Buffett et c’est tant mieux pour lui ; pour nous autres, simples péquins de la Vieille Europe, l’approche et la mémoire sont plus complexes. Entretenons au moyen de quelques pièces connues ce petit réflexe de défiance garante de survie.
 

In memoriam Secret bancaire 1934-2009 – 05.2019

Dans quelques lustres, il se trouvera bien un chercheur ou un doctorant qui se penchera sur les circonstances qui ont entouré l’abolition du secret bancaire helvétique. Il arrivera probablement à la conclusion que la manœuvre s’inscrivait dans le cadre d’une vaste entreprise de démolition systématique orchestrée depuis des décennies par les USA. Ces derniers excellent dans l’art du soft power, consistant à exporter insidieusement leurs « valeurs », leur mode de vie ou leur façon de concevoir les affaires, avec fréquemment un relent de Far West.

Les non-Américains acceptent innocemment ces changements de paradigmes, que ce soit dans le domaine de la nourriture, de la façon de se loger ou de libeller des contrats. Cela a certes pris du temps, mais le raz-de-marée a gagné en puissance dès la fin de la seconde guerre mondiale. Forts de leur suprématie militaire et de la dette morale que leur intervention, un peu tardive et forcée, avait engendrée, les bons garçons ont entrepris de faire leur marché, téléguidés qu’ils étaient par la finance de Wall-Street, l’industrie des Grands Lacs ou la technologie naissante de la Côte Ouest.

En tant que capitale financière, New York avait facilement pris le relais de Londres, démantibulée par la guerre, et qui n’avait réussi à sauver que le négoce des matières premières et le transport maritime en mémoire des bribes de l’Empire. En revanche, le bastion rocailleux de la Suisse dans le domaine de la gestion de fortune, entravait le développement de leurs affaires. On peut se remémorer à cet égard, toujours dans le cadre du soft power, mais cette fois-ci dans le domaine du cinéma, le nombre de scenarii où les protagonistes recouraient à la Suisse afin d’y transférer des rançons ou le produit de ventes mirobolantes à grand renfort d’intitulés ridicules ou de mises en scène abracadabrantes dans des salles de coffres. Ce faisant, néanmoins, en dépit de l’outrance de ces pitreries, il s’est insidieusement glissé dans les esprits que notre pays était, à son échelle, une sorte de royaume du mal qu’il fallait museler à défaut de pouvoir l’annihiler.

Dans un premier temps, le soft power financier revêtit des aspects en apparence anodins : l’éparpillement mondial des bureaux du broker Merrill Lynch, souvent dans des régions connues davantage pour leurs tensions politiques endémiques que pour la propension à investir. On chuchotait que des agents très spéciaux y trouvaient des relais. Puis, McKinsey forma des centaines de managers, au profil bien étudié, qui écumèrent des entreprises dans le monde entier en les marquant de leur empreinte d’origine. Last but not least, Goldman Sachs dont les jeunes retraités occupent des fonctions prépondérantes, privées mais surtout publiques, apparait en filigrane.

S’attaquant ensuite aux banques étrangères, les Américains utilisèrent d’emblée l’artillerie lourde, souvent très lourde, en infligeant des amendes colossales exprimées en milliards de dollars, voire plus. Dans un premier temps, le tir fut dispersé, visant la Suisse bien entendu, mais aussi d’autres pays européens dont la France et l’Allemagne. Faute d’obtempérer, les établissements bancaires visés se voyaient interdire l’accès au marché américain, un moindre mal envisageable, mais l’impossibilité d’effectuer des transactions en US dollars, ce qui est singulièrement plus compliqué.

A ce stade, on peut d’ores et déjà se montrer surpris que les victimes aient offert leur cou au couteau du bourreau sans réagir ; les intérêts américains, bancaires et industriels étaient déjà suffisamment importants en Europe pour entraîner des mesures de rétorsion, mais le mal était déjà fait ; pantelantes et amorphes, les victimes acceptèrent leur sort.

Dans le souci de remettre de l’ordre dans leur maison et d’interdire qu’on s’en éloignât sans billet de sortie, les Américains concoctèrent dès 2010 l’accord Fatca imposé à une centaine de pays, contraignant ces derniers à envoyer automatiquement des informations sur les clients américains que comptaient les banques étrangères sans que l’inverse n’existât. L’imagination de l’outre Atlantique à cet égard laissa pantois, dans le souci d’établir l’ « américanité » d’un client, à grand renfort d’adresse aux USA, de transferts vers ou en provenance ce pays, de détention d’un mobile au numéro US etc. De surcroit, l’étranger non-résident qui détient plus de US dollars 60’000 en actifs domiciliés aux Etats-Unis est soumis d’office à l’impôt successoral du pays. Faute de signer l’accord, les contreparties se voyaient coupées des circuits financiers en dollars. Après une timide résistance des partis de droite, la Suisse emboîta le pas le 1er juillet 2014.

Dès 2018, le EAR (échange automatique d’informations) laborieusement accouché par l’OCDE, vint compléter l’arsenal de repérage. Cette fois-aussi, les USA refusèrent la réciprocité et….personne ne broncha.

Ce long travail de sape américain finit par porter ses fruits. Nombre de clients internationaux, par crainte de leur fiscalité d’origine de plus en plus oppressante et inquisitrice, prirent la funeste décision de transférer, par centaines de milliards, leurs avoirs outre-Atlantique souvent au détriment de la Suisse. Ce faisant, ils ne savaient pas ou plutôt préféraient ignorer dans quel guêpier ils allaient se mettre. Si les entrées en relation bancaires furent aisées, l’utilisation des comptes s’avéra rapidement laborieuse : les fonds ne pouvaient être utilisés qu’aux USA, chaque transfert d’argent vers l’extérieur posant problème, car susceptible d’engendrer des questions sans fin de la part de la banque récipiendaire dans le cadre du fameux accord Fatca ; détenir un compte aux USA est un signe imparable d’américanité.

A plus long terme, il n’est d’ailleurs pas exclu que le gouvernement américain avec la nouvelle outrecuidance qui le caractérise, et face à son déficit abyssal, décide abruptement d’imposer par une forte taxe forfaitaire les dépôts des non-résidents. Sans aucun recours, les intéressés n’auront, comme on dit, que les yeux pour pleurer.

La boucle sera ainsi bouclée et nos amis américains pourront ainsi profiter des fruits de leur long, très long traquenard, mis sur pied au fil des administrations successives, qu’elles soient démocrates ou républicaines.
 

L’oncle d’Amérique aux poches trouées 04.2019

Il y a des mois qu’on parle de « shutdown », à savoir l’arrêt intermittent des activités gouvernementales aux USA en raison du jeu de poker menteur entre l’Exécutif et le Congrès à la suite du refus de ce dernier d’accorder une rallonge de près de 6 milliards de dollars pour la construction du mur devant séparer le pays de son voisin mexicain. Pour l’heure, le shutdown est, une fois de plus reporté de quelques semaines. Il est néanmoins pour le moins aberrant que le coût du shutdown en question a déjà dépassé, et de loin, la rallonge budgétaire réclamée par le Président et qui correspond à l’un de ses nombreux engagements électoraux fantaisistes.

Or, en Europe et a fortiori dans le reste du Monde, on identifie et on classifie les Américains en fonction de quelques noms : Bloomberg, Buffet, Gates, Zuckerberg et autre Bezos dont les fluctuations des fortunes gigantesques en raison des mouvements de la bourse font la une des journaux. Les indices boursiers américains semblent être la seule référence ou indice de bonheur du pays.

La situation de l’Américain lambda que l’on considère abusivement à l’étranger comme aisé est bien différente. Des exemples : 50% des citoyens ne possèdent pas les 400 dollars qui leur garantiraient l’accès aux urgences médicales tandis que 7 d’entre eux sur 10 ont moins de 1’000 dollars à la banque.

Dès lors, il n’est pas étonnant que pour les 800’000 fonctionnaires réduits à l’oisiveté forcée, le shutdown soit une catastrophe économique qui explique les queues à la distribution de repas gratuits (plus de 45 millions de personnes d’ailleurs y recourent déjà ponctuellement ou sur une base permanente) car si les salaires des intéressés se sont évaporés, les charges demeurent ; les loyers dans les villes moyennes sont de l’ordre de 1’800 dollars (le triple dans les grandes) alors que les salaires, pour les agglomérations importantes tournent autour des 4’000 dollars. Pour des raisons évidentes, nombre de parents doivent se résigner à envoyer leurs enfants dans une école privée au coût annuel de 15’000 dollars environ (à noter en passant la dernière du faiseur d’embrouilles de la Maison blanche qui veut punir financièrement les collèges qu’il a fréquentés et qui rendraient publiques ses notes obtenues !)

Parmi les adolescents les plus mal lotis, 1.5 million d’entre eux dorment dans des refuges pour sans abri ou une autre forme d’hébergement sommaire tandis qu’une bonne tranche d’entre eux font partie des 10 millions de personnes appréhendées annuellement par les policiers alors qu’un enfant américain sur cinq bénéficie de coupons d’alimentation. Plus de 2 millions de personnes sont incarcérées, souvent à vie, par exemple pour trois trafics de cannabis qui, entre parenthèses est en voie d’être légalisé dans un nombre croissant d’Etats de l’Union alors qu’il l’est déjà totalement dans le Canada voisin.

Le rêve américain du Président correspond à un Etat vieillissant, fragile, notamment en matière d’énergie par la vétusté des installations à la merci de la moindre panne sans oublier la dette stratosphérique. Le pays lutte désespérément pour conserver sa première place dans le monde en recourant parfois à des indices tronqués, voire truqués : un taux de chômage qui ne tient pas compte de ceux qui se sont découragés dans leur recherche d’emploi ou qui purgent une peine de prison, une inflation biaisée par la rotation avantageusement orchestrée de ses composantes, ou encore un nombre croissant de citoyens désespérés par l’abandon progressif de l’Obamacare.

Une infime frange de la population, obnubilée par de rapides gains en bourse, se voile la face et feint d’ignorer la détérioration de l’image du pays, consécutive à l’annulation brutale de traités internationaux laborieusement négociés au fil des présidences et dont la signature avait réussi à lui rendre sa place de leader moral dans le monde, autrement que par la force des armes. On peut rappeler à cet égard que les Etats-Unis entretiennent plus de 800 avant-postes à l’étranger qui ont contribué à atteindre un bien triste record, celui des morts, plus que tout l’axe du mal dans son ensemble (Russie, Corée du Nord et Iran) !?
 

Jeu de cash-cache 03.2019

Il y a environ 6 mois, nous avions consacré une chronique à la décision du gouvernement suédois de supprimer les transactions en cash y compris pour de menus achats comme le payement d’un café expresso ou d’un journal.

Nous étions arrivés à la conclusion que cette démarche s’adaptait à une population déjà ankylosée par un Etat providence, alors que le but en filigrane de l’exécutif consistait à mieux surveiller, voire assimiler par une persuasion financière contraignante, une population importante d’immigrés, plus ou moins hors contrôle et devenue majoritaire dans certaines agglomérations.

Suède et Suisse ont un certain nombre de points communs et il paraît intéressant d’observer l’éventuel degré de pénétration de l’aventure scandinave dans notre pays.

D’emblée, on constate qu’à l’écart de la digitalisation globale des moyens de payement, la Suisse reste férocement rattachée à l’argent liquide qui, contrairement à ce qui se passe autour de nous, regagne même du terrain depuis quelques années avec 70% des transactions. En moins de dix ans, à savoir jusqu’en 2017, billets et pièces ont progressé et représentent 11.4% du PIB soit un montant de plus de 76 milliards de francs. L’une des raisons invoquées pour abandonner les transactions en espèces, à savoir des délits économiques, ne se retrouve pas en Suisse, étant donné que ces derniers ont tendance à y régresser fortement.

Le maintien des pièces et billets est un aspect de la culture helvétique, à savoir la discrétion et la protection de la vie privée ainsi qu’une méfiance larvée à l’égard d’un interventionnisme exagéré des pouvoirs publics, à telle enseigne que les payements en cash auprès des offices postaux ont tendance à augmenter. En 2016, le Conseil fédéral a maintenu l’utilisation des billets de CHF 1’000.-(la plus grosse coupure en terme de valeur au niveau mondial) et la possibilité d’effectuer des payements en liquide à concurrence de CHF 100’000.–

Précédemment, l’évolution des taux d’intérêts vers zéro, même en dessous, encouragea la thésaurisation, surtout des billets de CHF 1’000.- dont le nombre avait doublé en une dizaine d’années. La crise de 2008 ainsi qu’une méfiance accrue à l’égard des établissements bancaires exacerbèrent le phénomène, les menaces de faillite de deux grandes banques ayant frappé les esprits et contribué à amplifier celui-ci.

Si au niveau strictement bancaire, la situation paraît s’apaiser, d’autres problèmes ont depuis surgi et gagnent en importance : le Brexit bien sûr, la crise italienne ainsi que les élucubrations d’outre Atlantique ne sont pas de nature à convaincre les épargnants de rejoindre les circuits économiques conventionnels.

Un problème latent cependant est annoncé : le début de l’échange en 2019 de ces fameuses coupures de CHF 1’000.- contre de nouvelles. Comment s’effectuera la transaction ? D’une façon anonyme : un ancien billet contre un nouveau ? À concurrence d’un certain montant (CHF 100’000.-) ?

Nul ne le sait, mais si d’aventure le gouvernement ou la BNS, agissant éventuellement de concert, voulaient profiter de l’occasion pour identifier les détenteurs, y-compris les non-résidents, grands thésauriseurs de ces coupures, afin de satisfaire aux exigences moralisatrices de partenaires étrangers, nous risquerions de violentes réactions ; nous en avons eu une démonstration il y a une dizaine de mois lorsque le gouvernement indien avait voulu subordonner l’échange de coupures à l’identification complète de l’épargnant.

Les intéressés ne s’y étaient pas trompés et avaient préféré abandonner la majeure partie de leurs créances contre l’Etat, avec la ferme volonté de ne plus se faire gruger, d’où l’envol des achats de pièces d’or anonymes. La valeur totale des billets de CHF 1’000.- quant à elle s’élevant à 47 milliards, l’échange s’avèrera bien plus complexe.

Espérons qu’il se déroulera dans le calme et la raison, mais le mutisme apparemment orchestré et un tantinet hypocrite des banques n’est pas de bon aloi.
 

Le politicien à la vache en bois 02.2019

Alors que certains hommes politiques s’extasient devant les ors de la République, que d’autres prétendent vénérer des pères fondateurs aux principes oubliés, que d’autres encore se complaisent devant les ruissellements des cristaux de lustres étincelants pendus à des plafonds cloisonnés, ou éprouvent encore une profonde nostalgie à l’égard d’un empire perdu, le nouveau président de la Confédération Helvétique Ueli Maurer, élu très brillamment, laisse filmer son bureau de Berne, avec en guise de décoration une humble vache de bois peinte et quelques pommes garnissant un modeste saladier.

Cette contradiction dans la conception du pouvoir et de ses fastes a été soulevée narquoisement par quelques médias étrangers, les mêmes qui avaient fait des gorges chaudes lorsque le peuple suisse avait dû se prononcer sur le sciage ou non des cornes des vaches, de quoi faire rêvasser les canaris furieux qui encombrent les carrefours français pendant les fins de semaine.

On le sait, le nouveau président appartient à l’UDC que le temps a cependant rendu moins sulfureux ; les combats xénophobes ont cédé le pas à une méfiance viscérale à l’égard de la Communauté Européenne alors que cette dernière est maintenant parcourue de convulsions populistes. La mutation remonte à décembre 2007 lorsqu’ au prix d’une alliance contre-nature du camp rose-vert et du PDC, Christophe Blocher avait dû s’incliner devant la grisonne Widmer-Schlumpf ; sans vouloir faire de la politique fiction, on peut légitimement se demander ce qui aurait changé ou plutôt n’aurait pas changé en Suisse si le bouillant zurichois avait gardé son poste. Adepte du Morgenstern plutôt que du fleuret moucheté, M.Blocher aurait tapé violemment du poing sur la table dans les discussions touchant au secret bancaire ou à l’échange d’informations et notre pays n’aurait pas cédé sur tout, ou en tout cas, pas sans sérieuse contrepartie ; son approche n’était pas loin de rappeler celle des ténors des grandes banques d’alors (espèce malheureusement disparue) qui se lançaient dans des démonstrations imparables face à des journalistes subjugués.

Voir notre ministre des finances d’alors, mal coiffée, mal fagotée comme on dit, le regard gêné, franchir timidement les portes des antres dorées de Paris ou de Bruxelles pour y subir en rosissant les bises d’un Fabius ou d’un Junker avait un aspect pitoyable, alors qu’elle aurait dû au contraire avoir conscience de la nation qu’elle représentait : un pays certes petit, mais comprenant une population de formation supérieure, avec une puissance financière et industrielle, y compris dans l’innovation, très au-dessus de la moyenne mondiale, et qui n’avait de leçon à recevoir de personne.

L’épilogue de ces prises de contact, on le sait trop bien, fut désastreux.

Les temps ont passé ; les affronts subis laissent des séquelles qui se dissolvent lentement, mais la puissance évoquée demeure. Non seulement l’économie, en comparaison internationale, se porte sensiblement mieux que la moyenne mondiale, mais les actions qui la matérialisent sont solides et agrémentées de dividendes alléchants : ne serait-ce que simplement dans le SMI, on trouve des titres qui ont crû de plus de 100%, voire souvent davantage, en à peine dix ans : Givaudan, Geberit, Richemont, Sika, SGS, Swiss Life etc. Leurs dirigeants sont à l’image du Président de la Confédération, des gens à la tête solide, raisonnables, conscients de leur valeur sans flagornerie ni porte-serviette et qui ne s’en laissent pas conter.

La quasi-totalité des secteurs d’activités est ainsi représentée ce qui pose parfois des problèmes existentiels aux gérants professionnels. Est-ce vraiment légitime de se tourner vers des marchés extérieurs, avec tous les risques que cela comporte dont ceux de change, alors qu’on a virtuellement tout sous la main ?

Peut-on imaginer un client détenteur d’un compte à New York ou Londres qui souhaiterait y acheter des Nestlé ou des Roche ? Cette réflexion nous parcourt fréquemment, mais le souci du travail bien fait (chez nous aussi !) nous incite à proposer du sur-mesure quelles que soient les contraintes que le choix implique.