Ne s’improvise pas écureuil qui veut – 12.2021

Alors que Messieurs Bezos et Musk, à grand renfort de milliards, jouent niaisement au bilboquet autour de notre planète, cette dernière, provisoirement libérée du fléau Covid, ressent les effets pervers d’une mondialisation, propulsée et encensée il y a une décennie, et dont l’une des conséquences est la parcellisation à outrance du tissu économique ; un exemple évoqué il y a peu dans la presse est le Nutella dont les composantes proviennent d’une douzaine de pays tout autour du globe. Qu’un circuit s’essouffle et toute la chaîne de fabrication ralentit, voire se bloque.

L’envol des prix de certaines matières premières comme le gaz ou le pétrole influencent négativement la production et sont relayés par une explosion, dans le désordre, des prix du coton, du cuivre, du bois, de l’étain, etc., empêchant la livraison de biens de consommation; bien entendu d’autres facteurs peuvent être déterminants comme une guerre ou une mauvaise récolte.

Un changement de paradigme peut aussi jouer un rôle négatif, comme l’introduction d’une nouvelle donne ou mode relative aux stocks. Le « just in time » signifie qu’on produit au plus serré, avec un plus grand choix certes, mais des stocks étriqués. On en a eu une démonstration anecdotique au début de la pandémie avec la raréfaction du papier toilette, surtout en Australie qui a brusquement découvert qu’elle n’avait qu’un fournisseur, rapidement dépassé, la Chine.

Actuellement, on fait face à une grave pénurie de composants électroniques et l’on découvre, abasourdi, que la majeure partie de la production (63% exactement) provient d’un seul pays, Taiwan, prétérité par la raréfaction des matières premières. Rappelons à ce propos qu’une voiture standard comprend des milliers de composants. En l’occurrence, cette pénurie technique a fait baisser la livraison de centaines de milliers de véhicules pour des groupes comme Stellantis ou VW.

Un malheur n’arrivant jamais seul, on constate que le transport maritime est aussi  entravé par l’envolée des prix des conteneurs dont l’indice de référence a sextuplé en quelques mois, essentiellement depuis avril 2021, exacerbé par la main-d’œuvre insuffisante dans la plupart des grands ports, en raison de l’indisponibilité des dockers, dont une bonne partie à cause de la pandémie.

En outre, le blocage de l’Ever-Given dans le canal de Suez a eu comme conséquence le déroutage long et coûteux, de plus de 300 cargos. En Californie, plus de 80 bateaux sont en attente au large, parfois depuis plusieurs  semaines. Ces phénomènes ont des effets en amont dans des domaines bien ciblés comme le textile en Extrême-Orient, déjà fortement perturbé par une forte morbidité due au nombre insuffisant de vaccinations.

On a récemment mis en relief que 70% des échanges internationaux reposent sur des flux de matières premières, de composants ou de pièces détachées qui traversent de très nombreuses frontières. Ces flux s’intègrent les uns après les autres pour élaborer des produits finaux après de longs voyages. Cette concentration de production de composants à certains endroits de notre terre est perverse en ce sens qu’une perturbation en un lieu donné entraîne des difficultés en domino pour tous les acteurs de la chaine.

Passons sur le cas de la Grande-Bretagne qui commence à ressentir cruellement les effets du malencontreux Brexit, avec des rayons vides dans les supermarchés ainsi qu’une absence aigue de main d’œuvre, dans les transports par exemple.

Sur un plan plus positif, rappelons que le Covid a eu une conséquence collatérale, le gonflement de l’épargne. Frustrés  pendant des mois, les consommateurs veulent se rattraper par une recrudescence, pas toujours raisonnable, de leurs achats.

Certes, dans le passé, la concentration de la production a permis de grandes économies d’échelle, mais le prix à payer est lourd en cas d’incidents en amont, comme une pandémie, d’où la vulnérabilité du système. Le fabricant suisse de chocolat, Camille Bloch, qui fabrique le Ragusa,  l’a bien compris en acquérant, à titre de précaution, des dizaines d’hectares de noisetiers en Géorgie. L’écureuil ne se contente pas de bondir avec agilité, il bénéficie aussi d’une vive intelligence et d’une capacité de prévoir. Le dogme de l’autosuffisance est dans les gènes helvétiques et remonte à la deuxième guerre mondiale ; nos industriels devraient s’en souvenir.

Soit dit en passant : Deux fleurons de l’industrie horlogère suisse, Rolex et Patek Philippe ne sont pas cotés en bourse. Il existe cependant une astuce pour participer indirectement à leur essor : l’achat d’actions de Watches of Switzerland, traitées notamment à Londres, qui représente avec un très grand succès les deux marques, parmi d’autres : prix actuel £14.15.

Toute l’équipe de Priban SA vous souhaite d’heureuses fêtes et une nouvelle année harmonieuse et plus sereine.