L’organe décisionnel de l’investisseur… – 10.2021

L’Euro foot s’est terminé il y a quelques semaines ; la Suisse a terminé honorablement grâce à l’excellence de son gardien Ruben Zimmer.

Mais que vient donc faire le football dans une chronique financière ? En fait ce qui nous intéresse, c’est la psychologie du gardien dans un cas de figure bien précis, celui des penalties ou des tirs au but, destinés à départager deux équipes, jusque-là à égalité. A une grande échelle, des centaines de matchs ont été décortiqués, et les conclusions sont pour le moins surprenantes. En effet, si l’on examine les résultats des plongeons du gardien à droite ou à gauche, et qu’on les compare au choix d’une attitude immobile, donc à première vue passive, on arrive à la conclusion que le pourcentage de résultats positifs c’est-à-dire d’arrêts est près de 60% lorsque le gardien reste au milieu de sa cage, pratiquement le double des deux autres options.

Le gardien et l’investisseur ont un point commun, la peur de se voir reprocher de n’avoir rien entrepris, d’avoir pu rater le train. Ce qui est beaucoup plus grave c’est que ce dilemme peut se retrouver dans beaucoup d’autres domaines, la médecine par exemple, où nombre de praticiens hésitent à recommander une attitude passive, à savoir un non-traitement, de peur de se voir reprocher un manque d’initiative.

En matière d’investissements, cette appréhension de rater le train est récurrente, aussi bien en matière d’achats que de ventes. Qui a encore en mémoire le printemps 2020 où l’arrivée sur scène avec éclat du Covid avait fait littéralement plonger les marchés, avec cette conséquence que des valeurs de très grande qualité s’étaient écroulées en quelques heures de 25 à 40% ? Le hasard, heureux cette fois-ci, ou la raison, a voulu que la violence du mouvement fût d’une telle soudaineté que la plupart des investisseurs ne se rendirent même pas compte de l’effondrement qui fut compensé en quelques semaines, parfois même en quelques jours.

On aurait pu imaginer qu’à partir des années 2000, le trading en ligne, en augmentant considérablement le nombre des intervenants sur les marchés, aurait pu assagir et rasséréner ces derniers. Littéralement collés à leurs écrans, les nouveaux venus basculèrent rapidement dans l’incohérence avec une obsession récurrente, la peur de manquer une occasion. L’analyse a posteriori est implacable : si le nombre de transactions a crû d’une façon exponentielle, les résultats furent plus que nuancés lorsqu’on dessine une parallèle entre l’augmentation de volume et les résultats finaux : les habitués des transactions à répétition eurent des gains moyens de l’ordre de 11% tandis que les plus sereins, campant sur leurs positions connurent un rendement annuel moyen de plus de 18%.  Le résultat est sans appel. Les adeptes de l’analyse technique avec toutes les possibilités d’interprétation graphique envisageables eurent des résultats dans la ligne, guère mieux. Le sexe peut jouer un rôle en ce sens que les femmes sont plus raisonnables que leurs compagnons avec un mouvement de transactions de 50% en moyenne par rapport à 90%. Moralité, elles s’en tirent mieux sur la durée.

Afin d’étayer ce qui précède, regardons l’évolution en 20 ans des titres archiconnus  que nous suivons, mentionnés à maintes reprises dans d’autres chroniques. Le constat est sans appel.

Parachevons le titre de la chronique par un aphorisme : « L’organe décisionnel de l’investisseur n’est pas son cerveau, mais son postérieur » comme le disait un ancien banquier de la place. Il reste assis sur ses positions, n’a cure des péripéties momentanées  et récolte tranquillement ses dividendes, souvent en croissance d’une année à l’autre. Ceci correspond à la philosophie du célèbre investisseur Peter Lynch qui n’avait de cesse de répéter que nombre d’opérateurs avaient perdu bien plus d’argent en voulant anticiper des corrections que par ces dernières à proprement parler.

Soit dit en passant : Pernod-Ricard figure parmi nos titres favoris depuis deux décennies ; à ce propos, on apprend qu’elle se propose d’acheter la britannique The Whisky Exchange, spécialisée dans le e-Commerce avec pas moins de centaines de marques de whisky, de cognac et  de gins. Avec l’effet Covid, ses ventes de spiritueux en ligne ont crû de 63% à fin juin 2021.