Et si on passait au vert ? 08.2021

L’objectif de cette chronique n’est pas de se consacrer à l’écologie, des experts le feront bien mieux.

Rappelons que la sensibilisation initiale remonte à septembre 1715, lorsque des Français débarquèrent à l’ile Maurice et découvrirent une terre totalement dévastée par les événements naturels certes, comme les cyclones, mais aussi par l’action humaine, le fait de précédents colons hollandais, qui, à force de raser les forêts et en détruire les animaux indigènes, avaient rendu désertique ce qui a l’origine était un paradis.

Il s’ensuivit pour la première fois dans l’histoire une véritable prise de conscience aboutissant à des mesures afin de tenter de recréer graduellement la situation d’antan. Le temps passa sans que l’on se souciât plus réellement de ces problèmes jusqu’au début des années 60, où des rescapés de 1958, souvent des rejetons déboussolés de bourgeois, se lancèrent dans l’élevage champêtre à grand renfort de tissage de lin et de laine ; jusque-là, rien de bien spectaculaire.

Deux décennies plus tard pourtant, la situation se dramatisa avec les premières marées noires gigantesques, polluant des dizaines de kilomètres de rivages et anéantissant en l’engluant, une faune aquatique déjà menacée. Tchernobyl modifia à son tour la donne en condamnant à jamais des régions entières et en reposant la question de l’opportunité du nucléaire, de ses dangers prévisibles et de l’irréversibilité des dégâts qu’il peut provoquer.

Progressivement, l’idée de l’écologie prit forme et gagna les milieux politiques avec le plus souvent une orientation de gauche qui faisait dire en parlant des députés allemands, sur un ton goguenard, qu’ils ressemblaient à des pastèques, vertes en surface, mais rouges à l’intérieur.

Il y a deux ou trois ans, le mouvement s’institutionnalisa et se renforça en gagnant et persuadant les milieux économiques avec la notion d’ESG, à savoir,

E    pour environnement
S    pour les critères sociaux et
G   pour les critères de gouvernance

Une idée développée il y a fort longtemps par Bernard Baruch, ministre de H. Truman, mais qui ne connut pas de suite à l’époque). Par Gouvernance, on entend les critères portant sur la manière dont une entreprise est dirigée. Celle-ci englobe les règles, les droits et les responsabilités des différentes parties.

La plupart des entreprises concernées comprirent rapidement que ce qui pouvait paraitre comme un nouveau carcan, serait au contraire un formidable outil de marketing, voire une référence.

Dans les faits, une approche ESG commence par un engagement fort depuis le sommet de la hiérarchie des entreprises, en adhérant aux PRI (Principles for Responsible Investment) de l’ONU.

Un autre pas marquant revient à mettre en place une gouvernance de portefeuille impliquant un vote systématique lors des assemblées générales des sociétés détenues.

La Suisse a déjà fait l’expérience de l’adoption, avec succès, de ces critères : c’est le cas de Swiss Re, un gros investisseur institutionnel, engagé dans l’approche ESG, qui lui apporte un rendement plus ou moins identique aux indices non ESG, sans augmentation de risque, avec un effet de lissage aboutissant à une moindre volatilité.

Les banques, bien entendu, se sont rapidement penchées sur cette thématique, au gré d’analyses approfondies visant les entreprises isolément, ou tendant à créer des fonds dévolus à cette tendance qui en est bien une.

On n’a certes pas remis en cause les pistes cyclables, les micro-tunnels à crapauds ou les réserves plus ou moins naturelles, mais on a élevé le débat en l’approfondissant, dans l’idée voulue ou fortuite, de procéder à un changement de mentalité consistant à envisager la vie en général au travers d’un autre prisme, ne remettant pas en cause les bonnes volontés initiales.

L’octroi du label ESG n’est pas évident ; dans le cas de l’environnement par exemple, il faut examiner l’utilisation de matières premières, le recyclage des déchets, la consommation d’électricité, l’absence de pollution, le nettoyage des mers en cas de fuites accidentelles etc.

Quant au social, on recourt au sigle anglais PPP (People, Planet, Profit). Qu’en est-il de la pression au travail, du respect dû aux collaborateurs, de la nature de la production : jus de fruit ou cigarettes par exemple, de la qualité du dialogue social, de l’emploi de personnel handicapé et de la formation en général ?

Enfin, la Gouvernance consiste à examiner la façon dont une entreprise est dirigée, avec l’examen des droits, des règles et des responsabilités des différentes parties. Une mauvaise direction peut aboutir à un dysfonctionnement des systèmes de contrôle interne ; sans omettre la transparence en matière de rémunération, de lutte contre la corruption ou des qualités complémentaires des membres des conseils d’administration.

La tâche est parfois ardue ; des sociétés peuvent être reconnues et admirées dans leur façon de traiter le personnel, mais pêchent gravement en termes écologiques.

L’opinion des consommateurs est à cet égard révélatrice ; leur premier sujet de préoccupation actuel est la pollution plastique, suivi par le gâchis de nourritures et la mauvaise graisse contenue dans certains produits, avant de passer à l’empreinte carbone, suivie du confort des employés concernés.

La collaboration des entreprises n’est pas toujours acquise, un bon tiers d’entre elles étant réticentes à fournir des données relatives à leur fonctionnement et leur impact. Nonobstant ce manque de coopération, on parvient à dresser une liste des bons élèves. Pour la Suisse, on retient les sociétés suivantes dans l’ordre de « mérite » : Givaudan, Geberit, Logitech, Belimo, Nestlé, Swiss Re, Zurich, Barry Callebaut, SGS, Temenos, Swisscom et ABB.

Au niveau international, on retrouve les noms de Lego, Danone, Schneider Electric, Walt Disney, Rolex, Ferrari, Microsoft, Levi’s, Netflix Adidas, Bosch et Intel.

Ces listes ne sont bien entendu ni exhaustives ni figées. Certaines sociétés ne sont pas cotées en bourse et ne figurent pas parmi nos recommandations. Il n’en demeure pas moins que cette approche ESG doit être prise en considération. La tendance de classification est irréversible car correspondant à l’esprit du temps. On estime d’ailleurs que dans quelques années, la valeur des sociétés bénéficiant de ce nouveau label dépassera 20’000 milliards de dollars, donc…

Soit dit en passant : un peu partout on parle de l’hydrogène comme futur combustible, au grand dam de Tesla. Un réservoir d’hydrogène nécessite 3 ou 4 minutes pour se remplir avec une autonomie de près de 800 kilomètres ! Trois firmes dominent le marché : Air Liquide (le titre favori des investisseurs français), évoquée précédemment), Linde et l’américain Air Products. A méditer avec un marché qui va croître d’un multiple de 20 dans les années à venir.