De l’inconvénient de rater le coche – 05.2021

En fonction des pays ou des puissances d’alors, la seconde partie du 19ème siècle connut des fortunes diverses, voire des expériences qui avec le temps paraissent invraisemblables. Quand on pense à ces malheureux instituteurs français chargés d’enseigner à de jeunes Africains ou aux adolescents de ce qu’on appelait la Cochinchine, que leurs ancêtres étaient de chevelus Gaulois, ou des Britanniques, aux Indes, inculquant les valeurs du cricket, apanage de l’Empire britannique, ou peuplant l’Australie en friche des rebuts de leurs bagnes, on peut se poser des questions au sujet des valeurs colportées en ces temps-là.

Sur un ton infiniment plus dramatique, on peut aussi se remémorer la ghettoïsation mortelle par les Américains, nouveaux venus, de ce qui subsistait des tribus indiennes, natives elles,  décimées par l’alcool et les maladies importées d’Europe. On ose à peine évoquer que cette méthodologie de l’anéantissement fut reprise des décennies plus tard par des régimes odieux.

Pendant ce temps-là, la Suisse quelque peu commotionnée par la guerre intestine du Sonderbund, développait avec brio son industrie et en premier chef, la chimie et surtout la pharmacie. De cette époque datent ce qui allaient devenir les Roche et autres Novartis, fruits de multiples fusions et rapprochements. Il serait fastidieux d’énumérer les inventions pharmaceutiques d’alors qui vont des sirops pour la toux à l’origine, aux vitamines, sans oublier la gamme des antidépresseurs et surtout les diagnostics.

On peut dès lors s’étonner que notre pays avec une telle expérience, n’ait pas joué et ne joue pas de rôle plus important dans la recherche sur le Covid-19, ses protocoles de guérison et ses vaccins. Pourtant, le Conseil fédéral, sans contraindre à trop de limitations et de frustrations, a finalement bien manœuvré dans le combat contre cette pandémie, phénomène nouveau pour notre époque et qui  a demandé des trésors d’improvisation et de tâtonnements.

Mais, comment se fait-il que dans la recherche de diagnostics, de thérapies et de vaccins notre pays ait été tenu à l’écart et se soit reposé sur l’étranger? Cette lacune provient-elle de l’Exécutif ou d’une modestie inexplicable des entreprises intéressées ? On ne le sait, et c’est dommage, car avec le prestige de la Suisse, un vaccin local ou une thérapie ciblée aurait connu un succès immédiat.

L’honnêteté oblige à reconnaitre qu’en son temps avec Berna Biotech, la Suisse était parfaitement équipée pour affronter ce genre de situations ; il est vrai aussi qu’au gré des fusions et rachats et compte tenu de la faible rentabilité des vaccins, la spécialité disparut progressivement.

Soyons cependant objectifs, notre pays avec le concours de Lonza, a collaboré peu ou prou à l’élaboration du vaccin Moderna en produisant son principe actif. Dans un autre domaine, le spécialiste de la logistique, Kuehne et Nagel grâce à son équipement spécialisé, a pu assurer le transport des vaccins avec toutes les garanties de sécurité. Roche enfin, grâce à sa participation dans Regeneron et ses anticorps, est entré finalement et tardivement  dans la course. On suppute d’ailleurs que ce fut le traitement administré à D.Trump.

C’est dommage qu’il n’y ait pas eu davantage de synergie entre le politique et l’industrie, encore que l’élimination totale du Covid-19 prendra malheureusement du temps et nécessitera d’autres moyens de prévention et de guérison, incitant notre pays à utiliser sa capacité d’innovation, permettant de rattraper le coche en marche.

Soit dit en passant : dans un domaine différent, mais pas totalement éloigné de la médecine, eu égard à certains de ses produits, il serait peut-être avisé de jeter un coup d’œil sur Air Liquide. Créée il y a plus de 120 ans, la société est le « chouchou » des investisseurs français qui respectent son sérieux, sa croissance régulière et sa politique d’attribution régulière d’actions gratuites. En l’occurrence, elle mérite une attention particulière en tant que principal producteur d’hydrogène dont l’utilisation sera exponentielle dans le domaine des transports terrestres et même aériens.