Télétravail, télémédecine ou tel est pris qui croyait prendre… 01.2021

Il serait vain de dresser un panorama financier complet de l’année 2020 ; tout au plus peut-on se limiter à citer l’envol fou des actions Tesla dont la capitalisation est maintenant un multiple de ses principaux concurrents, ou encore le départ en fusée des cours du Bitcoin, cité dans une précédente chronique.

Pour faire simple on se souviendra de deux fléaux, l’un pour lequel une multitude de vaccins sera prochainement à disposition, l’autre, un être hallucinant dont les phalangettes s’agrippent désespérément à la margelle surplombant les sombres oubliettes de l’Histoire ou plus prosaïquement d’histoires plus ou moins nauséabondes.

Les nouveaux bouleversements de la vie sociale provoqués par la pandémie du Covid-19 ne peuvent  laisser indifférent, car ils comportent en leur sein le germe de changements profonds qui ne sauraient être qu’épisodiques.

On peut comprendre, par exemple, le phénomène du télétravail, aussi longtemps qu’il se cantonne à des situations d’urgence où l’on pare au plus pressé pendant quelques semaines, à la limite quelques mois, mais guère davantage. Nombre d’entreprises qui y ont eu recours, ne l’entendent pourtant pas de cette oreille et veulent systématiser cette solution  d’exception.

Les dégâts sont déjà visibles : une nouvelle forme d’autisme où l’intéressé ne supporte plus de contacts, la quasi-impossibilité de parfaire sa formation, de se promouvoir,  d’échanger avec des collègues, de nouer des liens sociaux, sans parler de l’enfer que représente souvent le devoir de travailler dans un espace exigu, partagé avec de jeunes enfants ou perturbé par les nuisances du trafic ou l’impétuosité de voisins. Des travailleurs concernés l’ont bien compris et envisagent de déménager vers des locaux plus spacieux.

C’est alors que ponctuellement, la situation peut devenir un tantinet équivoque lorsqu’il s’agit de collaborateurs de banques qui devront recourir à un emprunt, facilement accordé par l’employeur pour satisfaire leur besoin de financement. L’entreprise intéressée fera d’une pierre deux coups : diminuer ses charges de loyers en raison de l’abandon de surfaces, et parfaire son bilan par l’octroi de prêts hypothécaires.

Parlons crûment : pour beaucoup, le fait de devoir recourir au travail, à la maison, comme on dit est l’antichambre du renvoi, d’autant plus que les considérations sociales ne sont plus d’actualité et ne régissent plus la stratégie des grands établissements, obnubilés par la seule recherche d’un  profit immédiat.

Dans un autre domaine, la télémédecine, elle non plus,  n’est pas la panacée ; l’incurie des gouvernements en matière de politique de la santé a engendré des déserts  médicaux. On se souvient de la triste histoire de cette parturiente française qui devait parcourir près de 400 kilomètres pour consulter son gynécologue.

On envisage maintenant un pis-aller,  l’édification de cabines médicales, comme des WC en plus spacieux,  ornées d’un  écran et équipées d’instruments de contrôle que le patient devra apprendre dorénavant à utiliser seul ; il lui appartiendra de mesurer sa tension ou sa température, d’ausculter son cœur en suivant les instructions données par écran. Qu’on puisse recourir exceptionnellement  à ces procédures de fortune se conçoit en pleine brousse ou au centre de l’Australie, mais pas dans des pays civilisés.

Que devient le contact avec un praticien de famille dont l’expérience fait gagner du temps, ou avec le pharmacien qui connaît les médicaments utilisés des années auparavant et leurs contrindications éventuelles avec de nouvelles prescriptions ? Il n’en résulte rien de positif hormis un désert relationnel qui vient jouxter le plus vaste désert médical évoqué précédemment. Les clivages précités mettent d’autant plus en relief la capacité de résilience d’une aristocratie d’entreprises qui ont refusé de modifier leur cap.

Toutes ont un point commun, la présence dans leur actionnariat des représentants des familles fondatrices, ne serait-ce qu’à raison de quelques pourcents. Ceci est suffisant pour qu’un certain état d’esprit pérenne, en dehors des seules considérations financières, assure et rassure les collaborateurs, même en période de tempête. Il n’y a pas besoin de chercher bien loin : près de chez nous, on trouve des Novartis, des Roche ou des Ems Chemie ; un peu plus loin, on peut citer l’Oréal, LVMH ou Hermès ; au delà des océans, il y a Johnson & Johnson, Wal-Mart ou d’autres.

Cette âme de l’entreprise, en dehors de la sérénité qu’elle comporte, a un autre mérite, assurer un comportement boursier moins heurté, et fréquemment supérieur sur le moyen et long terme aux concurrents de leur branche respective. C’est un aspect dont on doit se souvenir en investissant, en évitant le sentiment de  panique tel que celui qui s’est emparé de certains lorsque les marchés chutaient. Se souvenir à ce propos de mars 2020 où, à l’annonce de la pandémie, des actions de qualité ont baissé de 10, 20, 30% parfois davantage sans raison objective. Le redressement spectaculaire qui s’ensuivit en atteste, et devrait rester gravé dans les mémoires.