La crypte est-elle hantée avant la fin de l’année ? 12.2020

Il y a près de 4 ans, en mars 2017, nous avions consacré une chronique aux crypto-monnaies, particulièrement au Bitcoin, dont le mode de création, moyennant la résolution d’une équation sans fin, à grand renfort de superordinateurs nécessitant une invraisemblable consommation d’électricité, laissait perplexe et dubitatif quant à l’usage et l’avenir de cette pseudo-devise.

Les années suivantes nous donnèrent raison en ce sens que le cours du Bitcoin, à l’époque aux alentours de 17’000 dollars, se vaporisa pour descendre aux alentours de 3’000 dollars dans des volumes de plus en plus rachitiques.

Le temps passa, l’atmosphère financière se modifia, devint de plus en plus abstraite au gré du mandat surréaliste de D.Trump, de toutes les extrapolations qui s’ensuivirent avec, en apothéose, la pandémie du Covid19. Après l’an 2000, le monde occidental s’était pourtant réhabitué à une certaine discipline budgétaire, aux USA, mais surtout au sein de la Communauté Européenne avec le respect des fameux critères de Maastricht.

Début 2020, en quelques mois, tout bascula. Adieu, la discipline, adieu la recherche de valeurs sûres et éprouvées. A partir du moment où on ne parle plus qu’en billions, en centaines de ces derniers, voire en milliers, la donne change quand on fait tourner la planche à billets à une vitesse supersonique. Comment peut-on donner encore une valeur intrinsèque à ces tonnes de papiers, aux USA, mais en Europe aussi ? Qu’est-ce qui fait la valeur d’une monnaie ?

Finalement, on ne sait plus de quoi on parle ; on jongle avec les milliards, un peu à l’instar de ces savants candides qui évoquent des astres découverts, situés à 400 ou 500 années lumières, comme s’ils se trouvaient à notre porte, en oubliant de rappeler que la lumière parcourt 300 mille kilomètres en une seconde ! D’ailleurs, au-delà de quelques millions de francs, de dollars ou de n’importe quelle autre devise, on ne peut même pas visualiser ou concevoir ce que cela représente.

Or, un seul milliard de dollars, de francs ou d’Euros en billets représente un poids de près de 10 tonnes !

Dans le calcul de la valeur intrinsèque d’une monnaie, oublions l’or, réduit à une peau de chagrin, ou des réserves de devises dont les fluctuations sont elles-aussi, tsunamesques (pardon pour le néologisme). On recourt alors à des subterfuges comme la puissance industrielle encore que celle-ci a, un peu partout, connu une forte contraction. Demeure la force militaire, mais n’est-elle pas aléatoire, car il faut payer les soldats et entretenir leur équipement et les installations ? Avec quoi ? Une monnaie de singe !

D’ailleurs, en dehors de ces circonstances particulières, des experts ont tenté de définir la réelle valeur du dollar, en tenant compte de l’inflation et du pouvoir d’achat des ménages. On arrive péniblement, exprimée en francs suisses, à quelques centimes. Le seul aspect relativement positif de ce recours incontrôlé et incontrôlable à l’emprunt, réside dans les taux extrêmement réduits, quoiqu’ il ne faille pas rêver, ces facilités ne seront jamais remboursées.

Cette explosion du recours à la planche à billets a créé un scepticisme à l’égard des monnaies traditionnelles, hormis peut-être le franc suisse qui est toujours considéré comme une devise à part.

Les investisseurs, surtout les plus jeunes, n’ont pas été indifférents face à ces évolutions ; d’ailleurs leur propension à épargner est pratiquement nulle dans la plupart des cas, les inconscients comptant naïvement sur des caisses de pensions confrontées à des taux de rendement avoisinant zéro, parfois moins.

Lorsqu’ils peuvent néanmoins investir quelques fonds, rares sont ceux qui se tournent vers des investissements classiques. L’or, par exemple, a quitté leur horizon depuis belle lurette, hormis les quelques pièces reçues parfois au baptême ou à leur mariage, et encore. Quant aux titres classiques style Nestlé, l’Oréal ou Roche, ils les considèrent comme poussiéreux, vestiges de la Belle Epoque de leurs grands-parents.

Quand ils le peuvent ou le veulent, ils jettent leur dévolu sur des instruments créés à l’envi par les banques ou les compagnies d’assurances, à grand renfort de commissions, la plupart du temps occultes. Les ETF (Exchange Traded Fund) par exemple ont la cote ; ils répliquent l’évolution d’un indice boursier. Mais qu’y a-t-il en toile de fond ? Le bon vouloir ou la discipline relative des établissements financiers qui en assurent le marché, à savoir l’offre et la demande, dans la mesure de leurs possibilités financières. Si ces dernières se tarissent pour une raison ou pour une autre, il n’y a plus personne, sans qu’on puisse supputer exactement, de qui de l’indice ou de l’ETF, va influencer le cours de l’autre.

Une conclusion rapide s’impose : le raisonnement des nouveaux investisseurs peut aisément s’accommoder d’une crypto monnaie, du moment qu’il existe, parait-il, des plateformes « assurant » l’évolution des cours, certes avec des dents de scie marquées, parfois même avec la disparition de ces « garants » qui spéculent pour leur propre compte, pas toujours avec succès. Avec la création convulsive de monnaies, on vit dans l’air, dans le virtuel au propre comme au figuré.

Un autre facteur joue en faveur de ces abstractions : le délire qui s’est emparé des « autorités financières » pour tout régler, tout régenter, tout observer à la loupe, tout retracer, tout vouloir documenter. L’humain est ainsi fait : plus vous voulez le mettre au pas, le suivre, le téléguider, l’espionner, plus il cherche à s’échapper de ses liens, à recouvrer sa liberté, et ce n’est peut-être pas plus mal. Avec un compte en bitcoins dont il peut user avec une simple tablette, l’intéressé échappe au carcan, au système bancaire inquisiteur et gourmand en commissions de transferts. Cerise sur le gâteau : dans la mise en œuvre du trop célèbre échange d’informations bancaires entre pays (entre parenthèses, sauf les USA !) : les comptes en bitcoins (valeur actuelle : 360 milliards de dollars !) ne seront pas rapportés.

C’est à se demander s’il ne se trame pas quelque part un gigantesque complot occulte ; pour l’avantage de qui ? Pour dissimuler quoi ? Pour doubler qui ? On ne le sait, mais cela laisse songeur! Avant de terminer et de former nos voeux pour 2021, rappelons cette phrase d’Einstein : « Le comble de la stupidité est le plus clairement démontré par l’individu qui se moque de quelque chose dont il ne sait rien. »

Soit dit en passant : En attendant, même si l’on n’y croit pas, pourquoi ne pas ramasser quelques bitcoins, simplement pour faire modestement partie du jeu ; On joue bien au loto, avec infiniment moins de perspectives de gain.