Paon d’or ou Pandore 10.2020

Nous vivons une période étrange, surprenante. Les raisons politiques ou sanitaires ont été évoquées suffisamment pour que nous n’y revenions pas. Ce qui retient cependant l’attention, c’est qu’une myriade de commentateurs, de gourous, de charlatans ou de spécialistes, souvent un synonyme, se lancent dans des digressions et des prévisions pour le moins déconcertantes.

Un grand nombre d’hypothèses concerne le secteur bancaire qui n’est guère épargné en ce sens que, par exemple, la proportion de notes de crédit assorties d’une perspective négative est déjà passée de 13% fin 2019 à plus de 60% à la fin du premier semestre 2020.

Les placements des établissements sont scrutés à la loupe et l’on y découvre des investissements en obligations de piètre catégorie, sans compter des crédits, surtout aux USA, consentis à coup de billions, à des sociétés pétrolières orientées vers le gaz de schiste ; quand on voit l’évolution négative du prix de l’énergie, on peut se poser des questions sur le remboursement de ces facilités.

D’une façon générale, un peu partout dans le monde, le secteur bancaire souffre aussi du niveau des taux d’intérêts, qui avoisine zéro, voire moins.

Un autre danger guette la corporation : la complicité fortuite ou voulue, de groupes mondiaux qui veulent prendre le relai des opérations de transferts, l’une des dernières pépites du monde bancaire, avec ses commissions exorbitantes.

Visa, Apple, Google, McDonald même, et beaucoup d’autres, ont l’œil sur ces opérations, à grand renfort de cartes d’accès permettant de court-circuiter les réseaux traditionnels et même de créer leur propre monnaie.

Les banques suisses en sont conscientes et on ne cesse d’évoquer des possibilités de fusion ou de rachat parfois déconcertantes. Dans un autre ordre d’idées, on évoque la possibilité d’abandonner les devises internationales, surtout le US dollar et les remplacer par d’autres, y compris les crypto monnaies dont le Bitcoin, toujours à l’affut et à la recherche de son destin.

A son sujet, sa structure de diffusion parallèle, le blockchain, est entrée dans les mœurs progressivement et est utilisée par un nombre croissant d’entreprises et même de particuliers.

Il risque de détruire lui-aussi une autre partie du tissu économique ; Uber par exemple. Avec le blockchain, le client d’un taxi pourra préalablement connaître, outre des renseignements déjà accessibles comme le trajet du conducteur, la liste des métiers qu’il a pu exercer, ses relations avec les compagnies d’assurance, l’état de la voiture et la preuve de son bon entretien ainsi que le nombre de courses déjà accomplies etc. Conséquence : l’entreprise Uber, de création récente, devenue inutile, disparaitra immanquablement.

v Au sujet des compagnies d’assurance, toujours dans le domaine des projections, mentionnons celle d’Alphabet, maison mère de Google, qui va encore plus circonvenir les clients au moyen de montres connectées ou de systèmes-mouchards installés dans les voitures, en mesure de se livrer à une analyse fine du conducteur, de ses capacités à la conduite, à sa manière de se déplacer, d’accélérer et de freiner sans oublier bien entendu la géolocalisation, avec à la clef, une influence sur les primes d’assurance et une démutualisation du système de couverture. Tesla et PSA sont déjà vivement intéressés.

A force de regarder sans voir les changements profonds de notre société, on ne se rend plus même compte de son évolution et de la disparition de pans entiers de l’économie. Des commentateurs se lancent sans broncher pour annoncer la disparition prochaine totale du commerce de détail au profit d’Amazon ; la conservation de données reviendrait presque intégralement à Google, la musique à Apple et Spotify, les médias à Netflix etc.

Le remplacement des conducteurs ne s’arrêtera pas aux véhicules privés, avec d’ailleurs un succès relatif jusqu’ici, mais s’étendra au transport par camions autonomes, ce qui est plus aisé, risquant de mettre au chômage des centaines de milliers de routiers, et sur les genoux, des Etats américains entiers dépendant en grande partie du secteur. D’ailleurs, le service postal américain vient de commencer de tester des camions autonomes sur un trajet de plus de 1’600 kilomètres entre Phoenix et Dallas, alors qu’un nombre incalculable d’usines sont déjà pratiquement entièrement robotisées.

Mêmes des cargos immenses destinés à traverser les océans, perdront la majeure partie de leur équipage, sauf un team de surveillance, au profit d’un système d’autoguidage.

Dans un ordre d’idées totalement différent, on parle aussi de l’intention cachée du gouvernement américain de s’octroyer, au détriment de la Fed, le pouvoir de créer de l’argent à qui on donnerait un autre nom, United States Money par exemple. En préambule, nous avions pris le parti de ne pas évoquer la pandémie et, pourtant ses conséquences ne seront pas que médicales, mais sociales, et cela a déjà commencé ; l’habitude de se faire livrer des repas ou n’importe quoi d’autre, sans avoir à se déplacer, en témoigne.

Mais, l’innovation la plus pernicieuse est sans contexte le travail à domicile, déjà évoqué dans une autre chronique. Il isole les intéressés, les « autiste », interdit les contacts et, partant, la possibilité de s’améliorer, et encore sans prendre en compte la volonté sous-jacente des entreprises de couper dans leurs frais fixes et de «larguer» tôt ou tard une majeure partie de leur personnel, après avoir aliéné d’immenses bâtiments quasi historiques, comme dernièrement à Genève.

Les visionnaires spéculateurs mentionnés plus haut ne sont pas de doux rêveurs mais des réalistes cyniques. Le monde change, bouleverse, réforme et remet en question sans arrêt ; considérons un métal banal auquel nous n’accordons guère plus d’importance : l’aluminium. A l’époque de Napoléon, son élaboration était si complexe et coûteuse que son prix dépassait alors celui de l’or; en moins de deux siècles, la donne a changé, on connait la suite.

Nous voyons tous le train qui fonce tout droit vers nous à toute vitesse sans que nous bougions d’un iota. Osons faire un saut salvateur afin d’amortir le choc !