Au secours, le plastique nouveau revient 08.2020

Il y a quelques semaines, nous avions consacré une chronique mensuelle au plastique, découverte géniale à ses débuts, remontant à prés de 70 ans, mais qui, au gré du temps, s’est transformée en une hydre étouffante, au propre et au figuré, asphyxiant même une partie des océans, puisqu’une couche épaisse recouvre la mer, grosso modo, d’Hawaii jusqu’aux côtes californiennes.

Le monde commence à s’en émouvoir et s’est mis à la recherche de moyens techniques pour contrer ce désastre. Des sociétés en ont même fait un objectif industriel comme Carbios, société verte française de taille moyenne, et qui élabore des enzymes en mesure de recycler les polymères plastiques ainsi que les textiles. Deux enzymes ont été mis au point, l’un à inclure dans le plastique fabriqué et qui aboutit à se destruction totale au bout de quelques semaines, et un second, en mesure de détruire rapidement les quantités accumulées sur l’eau et à la surface des terres. Nous l’avions évoquée dans la chronique précitée et constatons que son cours à la bourse de Paris a augmenté de plus de 200 % depuis le début de l’année : de grandes sociétés, impliquées dans ces problèmes, comme l’Oréal, ont d’ailleurs pris une participation importante dans l’entreprise.

Le Covid-19 dont les méfaits ne sont plus à décrire a joué un certain rôle dans la diminution des emballages en plastique, régression malheureusement compensée par une version sophistiquée du produit, l’explosion des moyens de payement dans cette matière. Les partisans de l’abandon du cash s’en sont donnés à cœur joie, au moyen d’explications pseudo-scientifiques selon lesquelles le papier monnaie serait un puissant véhicule de la transmission du virus, ce qui n’a de loin pas été prouvé.

A maintes reprises, nous avons insisté sur tout le mal que nous pensions de l’abandon total du cash au profit des cartes. Mais comme le disait un amuseur belge, beaucoup de jeunes sont « nés niais » et tellement absorbés, voire subjugués par leur I-Phone ou autre portable, qu’ils ne perçoivent pas le danger accru que court notre Société de se voir de plus en plus embrigadée dans un vaste réseau de contrôle des moindres faits et gestes, au profit de vastes courants commerciaux qui ne peuvent que se réjouir d’obtenir, avec la complicité naïve des intéressés, leur profil détaillé, non seulement en vue de les faire dépenser davantage –ne parle-t-on pas de cartes de crédit ? – mais de les contraindre à consommer davantage selon un schéma bien défini et sans cesse affuté. Les banques sont ravies de se débarrasser des opérations de cash, trop lourdes et coûteuses à leur gré, au profit de distributeurs de plus en plus pingres, et qui risquent de disparaître à leur tour. Les succursales de banque dépourvues de guichets de prélèvement sont en constante augmentation sans que les clients rechignent, ce qui traduit déjà leur abêtissement inconscient.

On s’est assez gaussé en son temps de « 1984 » pour ne pas voir la mise en application progressive des tendances qui y étaient décrites avec cynisme et prescience. Il est grand temps qu’une société qui ne bronche plus devant les caméras de surveillance au coin des rues, de la percée insistante du recueil des données anthropométriques, soi-disant pour fluidifier notre mode de vie, récemment – ce qui se conçoit- de la prise de température à l’entrée de certains bâtiments, se reprenne en main avant de succomber à une totale docilité impavide.

Heureusement, on note des frémissements réactifs : la Suède qui s’enorgueillissait d’abolir totalement le cash, revient progressivement en arrière face à l’incompréhension grandissante de ses concitoyens ; de ci de là, retentissent d’autres cris d’alarme. En espérant qu’il ne s’agira pas seulement de clameurs dans le désert, mais d’un retour à une réalité raisonnable qui a fait ses preuves pendant des siècles, au prix de lourds et constants sacrifices.