Lâchez vos mouchoirs, empoignez la truelle 05.2020

La déferlante du COVD-19, et c’est parfaitement compréhensible, a totalement occulté les autres graves problèmes qui ont marqué la fin de l’hiver, encore qu’à notre époque tous les événements comportent des interconnections qui compliquent et péjorent des situations dramatiques se succédant à un rythme infernal.

En effet, on ne pourra pas rester éternellement impavides, bien qu’avec une honte profonde et croissante, face aux images de la télévision montrant le calvaire des réfugiés : des gosses qui s’ouvrent les mains en s’agrippant aux barbelés, des vieillards grelottant sous la pluie ou des femmes qui accouchent dans la boue d’un fossé.

Les récents événements de Samos l’ont cruellement démontré avec des malheureux, convertis en pions d’une politique qui leur échappe de par un Erdogan, empêtré dans des aventures militaires et des problèmes internes, qu’il cherche à masquer, en sacrifiant ostensiblement ceux qu’il avait abrités par stratégie. Le problème dépasse les îles grecques et concerne le monde dans son ensemble avec près de 70 millions de personnes, l’équivalent de la population de la France, en quête d’un havre où se reconstruire.

Quelle est l’attitude des pays d’accueil ? Se dépêcher mollement de construire des camps plus ou moins bien bricolés et qui se transforment en ghettos géants, souvent en mouroirs, avec tout ce que cela comporte de pourrissement moral et de résurgence de courants dangereux. Il y a des exemples à quelques centaines de kilomètres de chez nous : des zones de Paris où la police n’ose plus s’aventurer ou les quartiers-nord de Marseille pour n’en citer que quelques-uns.

Ces pauvres hères ne sont pas des « Damnés de la Terre » mais souvent les détenteurs de talents : des médecins, des scientifiques en général, des enseignants, des ouvriers qualifiés, des ferblantiers, des agriculteurs, des couturières qui vont voir leurs connaissances s’émousser dans une promiscuité forcée qui engendre les pires déviations intellectuelles et surtout religieuses, au profit des fanatismes : le Proche Orient en est un autre exemple. Le temps des demi-mesures à grand renfort de tentes et de préfabriqués est révolu. La question doit être abordée au niveau mondial. Il existe une bonne dizaine de pays qui sont quasi-désertiques et qui peuvent accueillir des populations entières, à condition d’y édifier des infrastructures complètes : le Canada ,vide, hormis des agglomérations côtières, l’Argentine sous-peuplée avec une ancienne tradition d’accueil, le Brésil ou l’Australie qui aurait bien besoin de nouveaux habitants, ne serait-ce que pour mieux contrôler, voire empêcher les catastrophes naturelles de l’hiver récent, sans parler du Japon au taux de natalité anémique, et qui devra bien renoncer à sa xénophobie viscérale sous peine de disparaître de la carte géopolitique d’ici quelques décennies.

Plus près de nous, et avec une moindre capacité d’accueil, il existe des dizaines, des centaines de villages désertés, dans le sud de la France et de l’Italie, sans parler des régions alpines, y compris en Suisse. Des agriculteurs d’Europe, pendant ce temps-là, à l’aube des récoltes, manquent cruellement de main d’œuvre et envisagent amèrement de voir pourrir le fruit de leur labeur.

On peut certes rêver, mais une prise de conscience mondiale est urgente : aux villages de toiles doivent succéder des maisons en dur, des écoles, des usines, des hôpitaux, des lieux de vacances et de réunion, bref de vraies agglomérations à sortir de terre. D’aucuns pourront s’étonner de ces propos dans le cadre d’une chronique normalement orientée vers la finance. La démarche n’est pourtant pas angélique ; elle implique une sorte de nouveau plan Marshall global concernant des pans entiers de l’Economie : la construction, l’urbanisation en général, l’approvisionnement électrique, l’organisation de soins, l’agriculture etc. qui peuvent garantir la pérennité financière à moyen et long terme de nombre d’entreprises mondiales.

A noter au passage que cet effort pourrait ponctuellement être entrepris dans les pays d’origine aux infrastructures insuffisantes comme le Togo, le Bénin ou le Gabon, parmi une foule d’autres, à la condition qu’il s’agisse d’Etats de droit, et qui pourraient conclure des accords de coopération avec des partenaires européens, des attelages, des jumelages profitables aux deux parties. Ce nouveau « plan Marshall mondial » nécessiterait des dizaines, des centaines de milliards de dollars, projet auquel pourraient participer cette crème de milliardaires de la planète, évoquée dans une précédente chronique et pour qui le temps serait enfin venu de payer son écot, en dehors du fait de tenter d’enrayer financièrement et par une reconversion constructive de leurs productions industrielles, l’évolution de la maladie.

Nous sommes là en pleine virtualité, en douce rêverie peut-être, mais d’où le sens froid et cynique des réalités n’est pas absent. Si rien n’est entrepris, dans trois mois, trois ans, plus tard peut-être, cette masse de réfugiés, ceux qui auront survécu à la pandémie, tragique dans des pays structurés, mais aux conséquences atroces là où rien n’existe, va se mettre en marche ; on ne pourra rien faire pour l’entraver. On peut contrer une invasion de 1’000, 10’000, éventuellement 25’000 personnes, au-delà, c’est impossible stratégiquement.

Espérons que le monde occidental cessera d’être obtus et myope et jouera cette carte, par charité, mais aussi par esprit de survie avant une catastrophe irrémédiable.