Les charognards volent en rase-motte 04.2020

Les dernières semaines ont battu des records de volatilité boursière, une sorte de démence, sans commune mesure avec la réalité de l’économie dans son ensemble. Certes le coronavirus pose une multitude de questions et engendre un climat de doute, voire d’errements pour certains, peu habitués aux violentes réactions.Ces dernières semblent souvent suspectes.

Si une grande valeur comme Novartis ou Nestlé abandonne 10% en une séance, avec des volumes de 20 ou 25 millions de titres, ceci ne reflète pas la décision d’aliéner des titres de cette qualité, émanant de Monsieur Dupont ou de Frau Meier qui sont le plus souvent des investisseurs à long terme, mais bel et bien de l’action de prédateurs à l’affut d’affaires bradées. Ces mouvements sont d’autant plus ridicules qu’ils concernent souvent des titres offrant un dividende de 4 même 5% assuré quels que soient les remous.

Cette liquidation n’est donc pas le fait de privés à la tête froide, mais de spéculateurs professionnels qu’on trouve parmi les rangs des managers de fonds de placement, ou des banques. Cette engeance joue systématiquement à la baisse, d’où des volumes colossaux avec la complicité naïve d’établissements financiers qui leur « prêtent » des valeurs appartenant en fait à leurs clients, le fameux « securities lending » rapportant des clopinettes aux détenteurs mais des marges substantiels aux acteurs. Le consentement des clients est d’autant plus stupide qu’il contribue à faire baisser encore davantage la valeur de leurs positions moyennant une rétribution symbolique de quelques francs ou dollars.

Les acteurs à la base de ces mouvements erratiques connaissent heureusement, et ce n’est que justice, des nuits agitées dans leur frayeur de voir les marchés se retourner brusquement.

Quelques places boursières ont pris l’initiative tardive d’interdire les ventes à découvert, mais le mal était fait et perdure parfois ; certes, il est légitime, pour un exploitant agricole par exemple, de vouloir vendre à l’avance sa future récolte, à un prix fixé, afin d’assurer sa trésorerie, ses achats de semences et assurer ainsi sa pérennité financière. En revanche, il serait abject que ce paysan vendit le double, voire le triple de sa production dans l’espoir de se couvrir à un prix plus avantageux. C’est pourtant ce qui se passe à une échelle immense sur les marchés boursiers, par des ventes directes à découvert, dans les conditions évoquées ci-dessus, soit en bradant des titres empruntés, soit par le truchement d’instruments hautement volatiles et créés à partir du néant. Les opérateurs déséquilibrent complètement les places boursières, en vendant à l’encan des entreprises de qualité qui témoignent pourtant d’un historique irréprochable.

Un autre facteur contribue à ces distorsions ; la présence sur les écrans, 24 heures sur 24 des chaines d’informations financières, avec parfois des présentateurs qui semblent « carburer » à d’autres produits que la caféine et dont l’apparence se modifie au gré des épisodes tragiques ; du complet-cravate, ils passent à la chemise avant d’en retrousser les manches et de laisser filer leur cravate vers le nombril.

A force de vouloir commenter, d’expliquer rationnellement ce qui se passe ces pseudo-journalistes ajoutent à la confusion et à la panique. Qu’il est loin le temps des journalistes qui livraient des informations brutes, sans fioritures, sans commentaires, dans l’esprit de Radio Sottens, ce qui dit peut-être quelque chose à nos grands aînés. L’épisode tragique du Coronavirus va remettre l’église au milieu du village.

Pour les prochaines années, notre monde va se modifier, cela a déjà commencé, et se remettre sur des rails. Souhaitons qu’au néo-libéralisme funeste, égoïste et inique, succède un libéralisme constructif de bon aloi d’où les excès et la course au profit à tout prix seraient bannis. Les rapaces déchiquetant voient déjà se profiler une horde d’éléphants, jusque-là placides, mais qui commencent d’utiliser leur force à bon escient : LVMH suspend la production de parfums en faveur de gels antiseptiques ; plus près de nous, Firmenich emboîte le pas. Dior renonce aux blouses et fabrique des masques, de même pour Bouygues ou Peugeot.

Idem aux USA où de grandes entreprises, pourtant en froid avec le Président, placent l’intérêt de la Nation au-dessus des rancœurs personnelles et fabriquent des unités de réanimation ou de nouveaux tests. Poutine, le froid taciturne, vole au secours de l’Italie ; même Cuba sort de son isolement et dépêche des brigades de médecins. Entre-temps, les charognards ont perdu de leurs pennes le 24 mars, journée au cours de laquelle le marché américain a littéralement explosé à la hausse en entraînant les autres places. Semblable réaction n’avait plus été observée depuis plus de 87 ans ! On peut observer à cet égard les volumes extraordinaires enregistrés par de grandes valeurs, traduisant la fébrilité anxieuse des rapaces à couvrir en catastrophe leurs positions.

Tout change, espérons vers le mieux. Habituons-nous à un monde plus serein, moins roublard et pourquoi pas plus propre, ainsi qu’en témoignent déjà les photos récentes de villes et régions prises des satellites.