A vau-l’eau 12.2019

En 2019, ce ne sont pas les catastrophes naturelles qui ont manqué : entre les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les tsunamis et autres typhons, rien ne nous fut épargné. Nous avons eu droit par le truchement des medias aux images lugubres mais réconfortantes pour les intéressés, des longs convois humanitaires venant à leur secours. Ces reportages avaient un point commun : la priorité absolue accordée à l’apport d’eau potable, indispensable à la survie ou à la vie tout court. Cette quête de l’or bleu constitue d’ailleurs la priorité des astronomes à la recherche de traces d’existence sur d’autres planètes.

Certes, notre terre est recouverte d’eau à plus de 70%, mais essentiellement de l’eau salée impropre à la consommation, l’eau douce de son côté représentant environ 2.5% du total dont 2% sous forme de glace et 0.5 en nappes phréatiques ; en synthétisant ces données, on arrive à la conclusion qu’à peine 0.7% de toute l’eau terrestre est utilisable par l’homme. Quelques pays s’en partagent la majeure partie; notamment le Brésil, la Russie, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine étant entendu que cette dernière a environ 20% de la population mondiale et que 7% des réserves. On comprend dès lors mieux son intérêt à l’égard du Tibet, immense réservoir avec relativement peu d’habitants. Tous les pays du Proche et Moyen-Orient sont en manque d’eau, notoire raison de plus pour accroître les tensions de la région.

Dans nos contrées, avec nos lacs, nos ruisseaux et nos rivières, nous n’évoquons pas sérieusement le problème de l’eau. Certes, les grandes pluies du printemps et de l’automne ont diminué tandis que la neige se fait rare, mais on ne parle pas encore de vraie pénurie, à telle enseigne que le gaspillage va bon train et revêt parfois des formes sournoises comme la recommandation d’éviter l’abus de viande rouge pour des raisons qui vont de notre santé, aux flatulences de pauvres bovidés qui n’en ont cure. On se rabat donc sur la volaille en oubliant que pour obtenir un kilo de poulet, 4’000 litres d’eau sont nécessaires, le tiers de la quantité requise pour un kilo de bœuf. Le Monde, avec un grand M, est un consommateur de plus en plus assoiffé : en 1900, la population mondiale avait besoin de 600km3 d’eau par année ; en 2018, on est passé à 3’800km3 dont 70% consommés par l’agriculture.

Mais pourquoi donc consacrer une chronique à l’or bleu, domaine apparemment peu « sexy » pour un investisseur? Tout simplement en raison de son importance dans notre monde qui peut théoriquement être privé de viande, de portables, d’internet ou de voitures mais qui ne peut survivre sans le précieux liquide Si l’on examine les besoins annuels d’une famille, on constate qu’il lui faut près de 150’000 litres d’eau par année ; la majeure partie, soit 39% pour les douches et bains, et 20 % pour les WC. Détail anecdotique ; la fuite d’une seule chasse d’eau peut représenter 219 mètres cubes par année.

L’exploitation de l’eau peut poser un problème éthique compte tenu du fait qu’il s’agit d’un don de la nature. On a en tête ces fameuses bouteilles carrées, vendues fort cher à New York après avoir franchi plus de 10’000 kilomètres, tandis que les habitants des iles d’où elles proviennent, éprouvent de la difficulté à s’approvisionner.

Il s’agit cependant d’un cas d’exception. Hormis le village de montagne bordé d’un ru où chacun peut venir se désaltérer sans autre forme de procès, la mise en condition des sources, des nappes ou des lacs, nécessite souvent une procédure longue et coûteuse, d’où la fixation d’un prix qui peut varier pour de multiples raisons dont l’abondance ou la rareté de l’élément.

Les sociétés exploitantes figurent parmi les investissements de base d’un portefeuille et doivent être considérées comme un placement inaliénable. Sans aller bien loin, on peut citer les noms de Nestlé (68 milliards de francs de vente d’eau à fin septembre avec près de 50 marques) ou Danone, les deux connaissant une progression linéaire de cours de 8 à plus de 10% par année sans compter des dividendes revus régulièrement à la hausse.

On fait bien de l’avoir en mémoire et ne pas miser que sur la haute technologie volatile et éphémère ou de nouvelles sociétés à l’arrière-goût de soufre et de sable !