La guerre mondiale est déclarée ! Défendez-vous ! 11.2019

Il ne se passe guère de semaine sans qu’on évoque les GAFA, voire les GAFAN (Google, Amazon, Facebook et autres Netflix…).

Les débats ont lieu des deux côtés de l’Atlantique avec des versions qui s’opposent, les Européens insistant sur la contribution fiscale que ces entreprises devaient assumer tandis qu’aux USA, les critiques sont plus nuancées et mettent l’accent sur le rôle qu’elles peuvent jouer, notamment en politique nationale et de monopole, quitte à suggérer des démantèlements, bien improbables. La position américaine est d’autant plus ambiguë qu’on apprend que le gouvernement, notamment le Pentagone, a eu recours à ces monstres anonymes pour le stockage de données sensibles, y compris celles collationnées pour le déclenchement d’une guerre éventuelle !

Le problème est d’autant plus sérieux que ces entreprises mondiales ont bouleversé les relations humaines, les traditions familiales et le fonctionnement de la pensée des individus, en créant des sortes de canaux intellectuels au parcours rigide. Prenons le cas d’Amazon qui débuta d’une façon assez sympathique en mettant facilement à disposition des livres souvent rares ; à ce stade, rien à dire. En revanche, lorsque l’offre parmi des centaines de milliers d’articles s’étend insidieusement aux armes, surtout aux USA, ou à la prescription de médicaments, on doit être en alerte, surtout si l’on a à subir des rafales de promotions, concoctées sur la base de fichiers de fidélité ou d’interrogations.

Google est, comme on le sait, un puissant moteur de recherches ; elles sont bien finies les longues heures passées dans les bibliothèques universitaires, que ce soit dans le domaine du droit, de la médecine, des lettres en général ou de la Société dans son ensemble ;on y faisait des rencontres enrichissantes et stimulantes alors que maintenant, si vous vous intéressez au rituel des fiançailles d’une tribu de Mongolie ou à la découverte de grottes dans le Sud de la Crète, vous trouverez votre bonheur en deux clics ; le téléphone portable est devenu une troisième main avancée qui permet de tout découvrir ; un trajet en bus en témoigne.

Il y a peu de temps, on a tenté une expérience évocatrice avec une adolescente en la privant de son Apple pendant une journée. Résultats : elle eut de la difficulté à se réveiller et à trouver son chemin sans GPS, afin de rencontrer des amis ; la lecture d’une carte routière se révéla un exercice insurmontable ; de même pour trouver le restaurant ; idem pour le partage en trois de l’addition, sans l’aide d’une calculette. Bref, sans Google ou un autre moteur et le secours de son portable, la fille se trouvait en pleine jungle inconnue.

A propos d’Apple, deux remarques : la première tient à l’engouement ridiculement obsessionnel des utilisateurs à acquérir en priorité un nouveau modèle, quitte à passer des nuits entières dans le froid et la neige pour être en première ligne. La deuxième relève carrément de l’indécence : il y a quelques années, alors que la Grèce traversait des heures sombres, il s’était trouvé de beaux esprits pour suggérer que tout compte fait, la firme é la pomme disposait d’une capacité financière suffisante pour racheter le pays dans sa globalité ; il n’avait pas été précisé si cela comprenait bêtes et gens ! Voyons le fameux Facebook, illustre club d’amis ; de jeunes niais, sans un soupçon de malice, y racontent leur vie, même très personnelle, relayés par des adultes qui ne sont en fait de que de vieux adolescents nostalgiques qui n’imaginent pas que leurs données, leurs témoignages, seront figés à jamais dans le « marbre du cloud ». Les temps changent, la vie change, avec des épodes oubliés qui vous reviennent en pleine figure. On le voit avec la mésaventure grotesque du Justin Trudeau , peut-être un coup de pouce vicieux du voisin américain! Il est pathétique d’entendre des gens raisonnables se vanter de leurs centaines, voire de leurs milliers d’amis sur Facebook. D’ailleurs, l’un des 2,7 milliards d’abonnés reconnaissait amèrement : « J’ai plus de 300 amis sur Facebook, mais personne pour m’aider à repeindre mon garage ».

Netflix est du même acabit ; avec le prétexte de guider le spectateur, on persuade insensiblement ce dernier à visionner une sélection de films selon des critères qui ne sont pas les siens mais qui finissent par le remodeler insidieusement.

Ce qui précède n’est pas un cahier de vaines doléances , mais bien un constat du monde dans lequel nous vivons et où les jeunes vont vivre ; l’aspect le plus dramatique de la situation réside dans le conditionnement progressif des individus pour leur faciliter la vie. Les grandes multinationales évoquées en préambule œuvrent de concert ou séparément afin d’arriver à une société aseptisée, domestiquée et surtout inculte. Le meilleur moyen actuel de se mettre à dos un adolescent est de lui offrir un livre qu’il regardera avec la méfiance qu’on éprouve à l’égard d’un serpent venimeux. Ceci dépasse l’anecdote ; les scientifiques l’attestent ; le cerveau se forme et s’adapte sans cesse par la lecture et l’écoute. Qui lit encore des histoires aux enfants ? On les colle devant un écran, même pour manger leur bouillie !

Des enseignants l’attestent : une majorité d’adolescents, gavés d’images précuites, sont incapable de synthétiser une histoire banale et de vous la raconter ; on ne parle même pas de l’orthographe, remplacée par des signes ou les consonnes des iPhone.

En apothéose, ces grands groupes, avec l’appui myope et insidieux des banques, en manque de profits traditionnels, se lancent dans la diffusion de crypto monnaies. Or, même si cela peut paraitre un peu académique avec l’usure du temps, une monnaie s’assoit sur un certain nombre de sous-jacents : réserves de devises ou de métaux précieux, économie nationale, voire une armée. Le recours à une formule mathématique concoctée par un puissant ordinateur ou à la « garantie » d’un groupe international est une élucubration sans précédent : on l’a bien vu avec le grand-père des nouvelles devises, le Bitcoin, dont la courte histoire se résume à des soubresauts d’une extrême violence, sans mesure avec les lois de l’offre et de la demande, mais uniquement fondés sur une pure spéculation. Le vieux canasson de bataille de la disparition du cash, encensé par les banques est un autre aspect de la mise en condition aveugle de l’individu ; quand on voit des bistroquets de Zurich qui se targuent de ne vouloir être payés que par carte, on se demande sur quelle planète on vit ; avoir la possibilité de retrouver dans dix ans, avec date et heure exactes la trace du café que vous avez consommé avec deux croissants, est proprement effrayante. On s’achemine vers un monde de termites où chacun de nous, à son échelle, par commodité et sans autre réflexion, apporte son brin à l’édification du grand nid mondial.

Si encore ce qui précède apportait un élément se sécurité à notre monde ! Que nenni ! On est tous à la merci d’un gigantesque et inéluctable arc électrique, accidentel ou provoqué, qui court-circuitera nos structures, passant de la simple panne d’ascenseur, aux avions cloués sur les tarmacs ou à l’approvisionnement en eau ou en médicaments, sans parler des ATM, frappés de paralysie. Une formidable bataille est déjà engagée ; réagissons à l’égard des jeunes avec leur concours explicite afin de leur éviter l’avenir cauchemardesque dont on entrevoit déjà les prémices. La seule recette pour museler les monstres du GAFA passera par l’impôt ; pas des mesurettes de quelques milliards mais bien des charges fiscales paralysantes qu’on pourra employer à meilleur escient, ne serait-ce que pour faire renaître et apprécier la vraie culture.