Le pire mal dont souffre le monde est, non la force des méchants, mais la faiblesse des meilleurs (Sade) 10.2019

Il a plus de 40 ans, en 1977, débutèrent les malheurs de la place financière suisse avec le scandale du Crédit Suisse de Chiasso mettant en avant les escroqueries de trois hauts cadres de la maison qui, par le relais d’une société de domicile, basée au Lichtenstein et dénommée Texon, accordèrent des prêts colossaux à des sociétés étrangères, italiennes pour la plupart.

Pour l’époque, les dégâts furent énormes, dépassant les deux milliards de francs. Les concurrents d’alors, à savoir la Société de Banque Suisse et l’Union de Banques Suisses se portèrent immédiatement à son secours, relayés par la BNS. Courageusement, l’établissement incriminé prit la décision de se sortir seul d’affaires, ce qui lui prit plusieurs années.

Jusqu’à cette époque, la place financière suisse menait une petite vie tranquille, avec parfois des feux de broussailles comme l’affaire Interhandel, peu après la guerre. Avec Chiasso, la politique prit la décision de s’inviter dans le cercle de la finance, locale d’abord, puis internationale des décennies plus tard. Ce qui était de bonne guerre, le parti socialiste s’engouffra dans la brèche en organisant d’emblée, une initiative destinée à contrer la fraude fiscale ; elle fut rejetée massivement par le peuple en mai 1984, mais le ver était dans le fruit ! Il y eut bien entendu de vigoureuses protestations comme celle de Max Zumstein du Secrétariat d’Etat à l’économie qui affirma avec force que si la Suisse, avec le temps, envisagerait d’introduire un système de retenue à la source, il était hors de question de passer à un système d’échanges d’informations annihilant le secret bancaire.

Cependant à peu près à la même époque, Bernard Bertossa, ancien procureur ressortait déjà la sempiternelle litanie des pays affamés en raison de la politique de la Suisse, en fustigeant les tricheurs responsables de tous les maux de leur pays d’origine. En 2006, la CIA décida de surveiller les opérations transitant par le Swift européen, soit disant pour contrer le terrorisme, mais la nuance était très mince. Chez nous, les partis traditionnellement de droite d’obédience chrétienne, surtout catholique, se lancèrent dans des arguties subtiles mais qui finirent par faire resurgir le vieux sentiment de culpabilité de l’épargné par la deuxième guerre mondiale.

En 2010, .le Conseil fédéral rappela que le secret bancaire en tant qu’instrument de protection de la vie privée des clients n’était pas remis en cause, mais que la Suisse pouvait dialoguer ! Les Américains attisèrent le feu par la divulgation de « fake news » (déjà) ; le surdimensionnement des banques suisses concernées par la gestion de fonds américains non déclarés : on estimait ces derniers à 1’600 milliards ; l’UBS, accusée de tous les maux, n’en gérait qu’à peine 1%. Dès lors, il était si facile de s’acharner sur une seule banque étrangère en gardant le voile sur ses propres établissements qu’on aurait eu tort de se gêner ! Le pauvre Conseiller fédéral Hans-Rudolf Metz, empêtré dans ses contradictions, oublia son passé bancaire et les principes de son parti politique d’origine et finit par proclamer n’importe quoi dans la crainte d’un durcissement de la part des Etats-Unis et d’une très forte amende pour l’UBS qui, peu auparavant, avait bénéficié d’une aide substantielle de la Confédération. Il finit par céder son siège à Mme Widmer-Schlumpf, issue d’un parti de droite, bébé-éprouvette plus ou moins bâtard de l’UDC.

La roue tournait de plus en plus vite ; la Suisse hypnotisée par cette bande de cobras, se repliait sur elle-même et semblait avoir peur de tout et de tout le monde, et surtout d’être tenue à l’écart du concert des nations dont elle est pourtant souvent une importante créancière. Les autres, avec la complicité de l’OCDE, en profitèrent, flairant le ventre mou, et lancèrent escarmouche sur escarmouche. Seule, au parlement, l’UDC fit montre de résistance, mais son quart de représentants n’était pas suffisant pour contrer une lame de fond défaitiste. Amère cerise sur le gâteau : la funeste décision du Tribunal Fédéral de transmettre une liste, volée, de dizaines de milliers de clients de l’UBS à la France ; la boucle était ainsi bouclée, surtout lorsqu’on se souvient que la décision de transmettre les données correspondait à l’ « intime conviction » d’un juge proposé par l’UDC.

Une grande partie de la population suisse se trouve ainsi trahie et méprisée par des partis bourgeois en qui elle avait inébranlablement foi et pour qui elle avait voté aveuglement au fil des décennies, et soutenus moralement, voire financièrement. Il est fort à parier qu’elle s’en souviendra lors des élections d’octobre en portant son dévolu sur d’autres causes méritoires comme l’écologie, plutôt que de s’abstenir ou pire, de basculer dans les extrêmes, tristement à la mode !