« Cachez ce Trump que je ne saurais voir »** 01.2019

**Pastiche de Molière dans le Tartuffe

Dans l’attente du coup d’envoi des résultats, les places financières ont débuté l’année sur les chapeaux de roue, les opérateurs continuant de saluer l’amélioration des perspectives économiques à l’échelle mondiale et la réforme fiscale américaine récemment adoptée.

Après un cru 2017 exceptionnel qui aura permis à bon nombre d’indices d’enregistrer des progressions à 2 chiffres (Dow Jones +25%, Dax + 12.5%, SMI +14%), la première semaine de l’année aura poursuivi sur cette lancée, Wall-Street battant des records à l’instar de l’Europe, en réalisant d’ores et déjà près du tiers de la performance de l’an passé.

Au cours de la dernière semaine de janvier cependant, les marchés enregistrent une très violente correction dépassant souvent les 10 % avec plusieurs explications. L’annonce d’une nouvelle réduction du chômage aux USA, faisant craindre un relèvement accentué des taux d’intérêts avec comme conséquence une brusque flambée de l’inflation ; une autre raison résidant dans l’informatique où des programmes de ventes de titres se seraient brusquement déclenchés grâce à des algorithmes échappant à tout contrôle. De surcroît, divers instruments financiers fondés sur une faible volatilité se sont écroulés, voire ont proprement disparu en conséquence de l’envol du VIX, surnommé l’indice de la peur. Les bonds désordonnés de crypto-monnaies ont aussi contribué à affoler les marchés. La bourse aime les excès. Après une série exceptionnelle de records à la hausse sur le marché américain, c’est à la baisse que les amplitudes hors norme s’inscrivent dans la cote. Cette normalisation des cours s’accompagne de mouvements désordonnés dans l’attente de nouvelles données relatives à l’inflation. De nouvelles zones politiquement marécageuses se créent : les USA, bien sûr avec les « trumpitudes » de la Maison blanche, l’Allemagne où Madame Merkel à bout de souffle, ne parvient pas à créer un nouveau gouvernement de coalition avec le SPD, faisant ainsi le lit de l’Extrême droite qui avance, et, enfin la Turquie où le nouveau sultan Erdogan rêve de recréer l’Empire Ottoman, aux dépens de ses voisins dont la Grèce et Chypre, notamment pour des raisons d’exploitation d’hydrocarbures.

Les craintes d’une accélération du rythme de remontée des taux aux USA et les annonces protectionnistes de Donald Trump à l’égard de la Chine ont suscité de vives inquiétudes engendrant de nets dégagements sur les places financières, déjà commotionnées par les élections italiennes et la victoire de mouvements populistes sans parler du jeu de chaises musicales dans l’entourage du président américain avec le départ de M. Cohn, son proche conseiller en matière économique. Début mars, après 14 mois de présence, le président américain bat un record qui perdure, celui de l’éviction ex-abrupto de 37 de ses proches collaborateurs, y compris le secrétaire d’Etat, ancien PDG d’Exxon. Ce sentiment d’incertitude influe sur les marchés, surtout l’américain, le Dow-Jones faisant, dans la journée, des bonds désordonnés de plusieurs centaines de points.

Avec M.Trump, on a affaire à l’éléphant dans un magasin de porcelaines avec cette particularité que l’intrus ne se contente pas de détruire la vaisselle, mais le mobilier et le local dans leur ensemble.

Finalement, le premier semestre s’est clôturé avec des trajectoires indicielles proches de zéro. Un certain nombre de risques se sont télescopés : un commerce international contrarié par le courant protectionniste, la fin du cycle monétaire très, voire trop généreux, et la montée en force du populisme. Cette accumulation de menaces a constitué une source d’inquiétudes pour les investisseurs. On se rapproche de la microéconomie et de l’examen attentif des résultats des sociétés afin de déterminer si elles ne sont pas trop affectées par le blocage partiel du libre-échange.

Début août, les marchés deviennent nerveux à la suite de l’affaissement de la livre turque, mouvement accentué par la décision de M.Trump d’imposer lourdement les importations d’aluminium et d’acier en provenance du pays. Il faut reconnaitre que l’arrogance du nouveau Sultan a le don d’exaspérer même ceux qui l’apprécient et auprès desquels il ne trouve guère plus de soutien.

A noter au passage que toutes les décisions du Président américain, aussi abracadabrantes soient-elles, ont un dénominateur commun, le clientélisme, à savoir , flatter, voire récompenser les tranches d’électeurs et leurs secteurs qui ont voté pour lui : pêle-mêle, les mineurs, les chasseurs, les exploitants de pétrole, les fabricants d’armes, les entreprises de travaux publics , avec le risque sur le plan écologique de détruire partiellement le pays, mais il n’en a cure, sans parler des dizaines de morts dans les universités.

Le second semestre ne fut guère plus paisible en raison d’un certain nombre de facteurs : la politique d’incitation fiscale américaine qui, en apparence stimula la croissance, avec cette conséquence pourtant d’une remontée des taux et une nouvelle empoignade entre le Président Folamour et le nouveau responsable de la Fed, ficelé par ses engagements. La guerre commerciale larvée entre les USA et la Chine ne contribua guère à calmer les esprits pas plus que le flou caractérisant les élections de mi-mandat qui révélèrent une glissade encore plus accentuée de l’indice de popularité présidentielle.

En Europe, on eut nos problèmes continentaux : l’accouchement douloureux de la mise en place du Brexit ainsi que des négociations houleuses entre l’Italie et l’Union Européenne, sans oublier, presque à nos frontières, le phénomène social pourrissant des gilets jaunes. Courant décembre, les plus bas niveaux de janvier 2018 furent à nouveau testés et matérialisés par l’envol du VIX. La grande braderie des actions débuta au début du mois de décembre, à grand renfort encore de ventes à découvert et de programmes de transactions sur ordinateurs. Le choc fut certes rude mais pas nouveau. A cet égard, il convient de se remémorer quelques données des temps anciens : a) les phases de correction sont en général, de l’ordre de 14% et b) plus ou moins tous les 5 ans, les marchés cèdent près de 30%, c) cependant il y a en moyenne plus de 4 années de hausses par rapport à une de baisse, la bourse compensant très largement sur la durée l’inflation et les cassures.

A la fin de l’année, le trublion américain, loin de calmer le jeu, en ajoute une couche supplémentaire en provoquant la démission du chef des armées, troublé par des annonces « ex abrupto » et par tweet, de retraits de troupes en Syrie et en Afghanistan ; de plus, comme un gosse à qui on a pris son jouet, il tape du pied et menace de suspendre l’activité de l’administration, l’illustre « Shut down », s’il n’obtient pas un crédit supplémentaire de 5 milliards de dollars pour construire son mur avec le Mexique.

Au niveau de notre société, nous avons terminé l’année avec des dégâts moindres que ceux enregistrés par les fonds indiciels ou les portefeuilles structurés gérés par des établissements de renom. N’oublions pas non plus les performances hors du commun atteintes l’année précédente, avec cette conséquence que la tendance à long terme des performances des dossiers gérés n’aura connu qu’un faible tassement.

A titre anecdotique, avant de terminer, mentionnons quelques performances d’indices que nous n’examinons que rarement : au positif, l’Ukraine avec une progression de 80% suivie par la Macédoine du Nord, plus 30% et le Qatar en gain de 21%. A l’opposé, le Venezuela se volatilise de 95% suivi par l’Argentine avec moins 50% et la Turquie en retrait de 43%.