Manipulation ? Vous avez-dit manipulation ? 11.2018 (2)

Le vendredi 2 novembre 2018, sur les ondes ou plutôt les images des chaînes de télévision consacrées à la finance, Dan Niles qui préside à la marche d’un hedge-fund, Alphaone, a déclaré « urbi et orbi » qu’il vendait à découvert les actions Apple, c’est-à-dire qu’il bradait des titres de cette société, empruntés auprès de banques plus ou moins complices, familières de ce qu’on appelle le « Securities lending », opération éminemment périlleuse pour le client lambda prêteur, avec l’espoir de les racheter à un niveau sensiblement inférieur. La réaction du marché ne se fit pas attendre, et l’action Apple perdit rapidement plus de 10%.

Sans vouloir être médisant, il faut bien admettre que cette façon de gagner rapidement de l’argent avec l’appui des medias relève de l’indécence, voire de l’escroquerie, surtout à une époque où les autorités financières pourchassent, semble-t-il avec sévérité, ce qu’on appelle les opérations d’initiés. On se souviendra à cet égard de la journaliste de CNN auprès de Wall-Skeet, qui avait brusquement démissionné il y a deux ou trois ans, écœurée des manipulations qu’elle observait régulièrement.

Nous ne sommes pas tout à fait à l’abri de ce genre d’incidents, encore que dans nos régions, ils revêtent une forme plus nuancée, à savoir que des entreprises cotées annoncent parfois des résultats trimestriels en deçà des prévisions des analystes ; on peut d’ailleurs se poser la question du bien-fondé de ces projections, surtout dans le domaine ultra-technique, lorsque l’écart entre le prévu et le concret est de l’ordre de 2 ou 4%, ou d’une façon encore plus abracadabrante quand, dans la réalité, la perte est moins importante qu’ envisagée; dans ce dernier cas, on a même vu des titres littéralement s’envoler.

Des valeurs de grande qualité ont été momentanément démolies par des résultats légèrement inférieurs aux attentes des « spécialistes » : LVMH, Kering, Geberit, Wessanen, Richemont, récemment Rubis etc.

Dieu sait si l’Orangé de Washington raconte n’importe quoi sur n’importe qui. Il faut pourtant lui rendre une justice : lorsqu’il s’est violemment emporté contre les commentateurs financiers qui sabotent une entreprise sur la base de chiffres trimestriels.

Hormis le cas du petit entrepreneur qui travaille au jour le jour, les grandes sociétés ont l’obligation d’avoir une vision à long terme. Pensons aux pharmaceutiques dont les nouveaux médicaments nécessitent des années de recherches ou les constructeurs de voitures qui conçoivent des modèles pour la prochaine décennie ou encore les compagnies d’aviation qui travaillent à perte longtemps avant d’achever l’amortissement de leurs nouveaux appareils pour enfin engranger un bénéfice.

Cette vision, nos investisseurs doivent l’avoir. Selon l’un des nombreux aphorismes de Warren Buffet : celui qui n’envisage pas de garder un titre pour dix ans ne doit même pas le conserver dix minutes !