On ne peut affirmer avec plus d’assurance que rien n’est assuré (Anatole France) 11.2018

L’automne est fertile en redondances saisonnières : la cueillette des châtaignes, le début des vendanges, l’ouverture de la chasse et les premiers brouillards, sans omettre l’éternel et récurrent débat concernant les primes des caisses d’assurance maladie : le cas-type du faux problème !

Tout le monde a des solutions à court terme. Les rédacteurs de cette chronique appartiennent à l’heureuse génération qui a payé des primes quasi-identiques pendant des dizaines d’années ; la branche maladie était alors l’un des secteurs d’activité des compagnies d’assurance ; certes, elle était déjà déficitaire, quoique moins qu’aujourd’hui, mais les chiffres rouges étaient largement compensés par les autres secteurs : l’assurance-incendie, la responsabilité civile, l’assurance voiture etc.

Il est hors de question de remettre en cause le bien-fondé de l’assurance maladie pour tous, mais on peut déplorer à posteriori l’ingénuité de ses promoteurs d’avoir voulu isoler et rentabiliser un secteur notoirement, on devrait dire, historiquement déficitaire, une aberration d’autant plus flagrante que les compagnies d’assurance, sous leur forme actuelle, regorgent de liquidités et ne savent souvent comment les utiliser. Certaines se lancent ou se sont lancées dans des investissements obscurs, avec perte à la clef, au moyen de ce qu’on appelle pudiquement les nouveaux instruments, conçus par des mathématiciens qui disparaissent du paysage dès le lancement de leurs élucubrations.

Le cas le plus dramatique fut celui de l’américaine AIG. Géante planétaire, la compagnie encaissait quotidiennement des primes de plusieurs dizaines de millions de dollars. Le président d’alors, Hank Greenberg, homme brillant et classique dans ses conceptions, fut abusé par des soit disant professionnels de l’investissement qui lui firent miroiter des profits hyperboliques. D’abord méfiant et partisan des placements traditionnels, M.Greenberg, harcelé par les traders se laissa finalement tenter par ces gains rapides mirobolants, et contribua ainsi à la faillite colossale de sa société qui se chiffra par des dizaines de milliards de pertes.

Nos sociétés d’assurance européennes ne sont pas totalement à l’abri de telles aventures. Certaines d’entre elles ont créé même des branches spécialisées dans ces opérations « sportives ».

Chez nous, il y a quelques années, l’une de nos très grandes sociétés d’assurance, connue mondialement et considérée comme la Rolls-Royce de la branche, a publié son rapport d’exercice. En examinant de près ce dernier et en lui consacrant beaucoup d’attention, on pouvait distinguer, en caractères minuscules, dissimulée entre deux paragraphes, une ligne signalant que la compagnie avait subi une perte de plus de deux milliards en raison d’opérations sur dérivés !

Est-ce vraiment normal qu’au moment où les autorités, les associations professionnelles, les assurés ne savent comment trouver une solution afin de colmater l’abysse de la branche maladie, les assureurs regorgent d’argent ? Loin de nous l’idée d’une nationalisation du concept, les errements de nos voisins français sont assez dissuasifs à cet égard, mais sans vouloir jouer la carte angélique, on devrait rappeler aux acteurs du secteur financier dans leur ensemble qu’ils ont une mission à assumer, à savoir reprendre en partie ou en totalité, sous une forme à définir, la branche desséchée et stérile qu’ils ont été trop heureux d’élaguer en son temps.

Un déséquilibre économique croissant entre les divers acteurs économiques privés et les principales compagnies d’assurances suisses ou étrangères est malsain, pervers et destructeur à la longue.