Le cancre du fond de la classe près du radiateur 06.2018

Le trublion d’outre-Atlantique a encore fait des siennes. En quelques mois, il a menacé l’hurluberlu de Corée du Nord de l’anéantissement par le feu nucléaire, avant de reconnaître en lui une grande lucidité politique et sa volonté d’entamer un dialogue constructif, écorné rapidement, il est vrai, par des manœuvres militaires américaines conjointes avec l’allié de Corée du Sud.

Maintenant, tout est oublié, tout a été remis en question ; la rencontre de Manille entre les deux dirigeants ne devait pas avoir lieu. Le trublion a d’ailleurs utilisé un mode de communication peu commun en diplomatie, surtout à un haut niveau, faisant apparaître sur les écrans des grandes chaînes de télévision, la lettre d’annulation de la Maison blanche destinée au leader nord-Coréen, humiliant ce dernier qui avait déjà fait défiler des cohortes de fillettes enrubannées et auréolées de couronnes de fleurs, afin de souligner l’esprit d’apaisement retrouvé. En Corée du sud, le gouvernement a passé pour un fantoche après avoir notamment déjà fait taire les haut-parleurs de propagande arrosant l’autre partie du pays, experte elle-aussi dans l’intoxication sonore.

Mais, du jour au lendemain, l’Américain fait volte-face dans la plus pure tradition d’un dictateur d’opérette, en confirmant le rendez-vous du 12 juin qu’il venait d’annuler ; quelques jours plus tard, il met en pièces des règles de l’OMC, acquises de longue lutte, en soumettant à de lourds droits de douane, les exportations d’acier et d’aluminium en provenance du Canada, du Mexique et bien entendu de la Communauté Européenne. Puis, il revendique le droit de s’auto-gracier dans l’hypothèse où il serait mis en cause dans l’affaire de l’ingérence russe.

Avec ce genre de méthodes, l’orangé devient infréquentable. Ses exactions ravissent encore d’aise peut-être les plus primitifs de ses électeurs, mais indispose gravement la classe politique de tous bords. Au niveau international, les représentants des nations comprennent que c’est un personnage sanguin et versatile qui se complait dans les effets d’annonce chaotiques sans en mesurer les conséquences. Pendant ce temps-là, Emmanuel Macron a trouvé à St. Petersburg en la personne de V.Poutine, un interlocuteur certes réfrigérant, mais qui a un esprit de continuité.

Après son expérience américaine aux accents parfois burlesques, le Président français a compris qu’il fallait enterrer rapidement la stupide mise à ban du leader russe et conforter les liens historiques, politiques et économiques avec ce puissant pays. Au moins a-t-il affaire à une contrepartie dure mais stable.

Première quinzaine de juin, nouveau chapitre guignolesque : après que le sommet du G7 de Québec eût péniblement accouché d’une résolution, et une fois qu’il fut dans son avion, le trublion déclara que sa co-signature n’était plus valable ; en filigrane que pour lui, le G7 s’était mué en G2 : la Chine et les USA.

Reniant ses récentes prises de position fracassantes, il s’embarque vers Manille où il signe un « accord » aux conséquences floues avec le leader nord-coréen ; le manque de prévisibilité dut être leur terrain d’entente ! Mais D.Trump devrait se méfier de la rouerie d’un dictateur de troisième génération avec une profonde connaissance des arcanes asiatiques.

Les frasques affligeantes d’outre-Atlantique ne sont pas qu’anecdotiques. Elles ont des répercussions dans d’autres domaines y compris le financier. Ce que les marchés détestent par-dessus tout, c’est l’incertitude, l’inconstance et dans une certaine mesure, l’absence d’éthique, visible par exemple dans le scandale Facebook.

Il en ressort qu’en matière d’investissement les Etats-Unis présentent maintenant un risque accru autre que simplement économique ; tout est devenu instable, à la merci d’une saute d’humeur d’un président vaniteux et inexpérimenté.

L’Europe, en revanche, y-compris notre pays, offre non seulement un visage plus stable, nonobstant des foyers populistes qui s’éteignent souvent d’eux-mêmes, mais une économie en forte reprise. Elle est donc à favoriser.

Il y a quelques années, le futur président américain animait une émission de télévision démagogue, au cours de laquelle des candidats à un poste passaient une batterie de tests.

Fréquemment, ils étaient éjectés par la formule « You are Fired »

Qui sait si le destin malin n’aura pas sa revanche un jour prochain?