La question du nombre d’actions qu’on devrait détenir en portefeuille revient d’une façon récurrente dans les discussions des profanes et des professionnels. Laissons de côté la solution des fonds de placement gérés par des inconnus, parfois même par des ordinateurs, les deux solutions interdisant un quelconque contact avec l’investisseur, en dehors de la mise à disposition de rapports évoquant par définition des situations obsolètes.

En définitive, le choix de base va de la diversification poussée à la concentration ; la première option tendant à diluer les risques présente des désavantages dont le moindre réside dans la difficulté à suivre ses investissements. Au-delà d’une vingtaine de titres, la simple lecture des rapports et des communiqués de presse nécessite un travail que peu ont le loisir d’effectuer.

En fait, une grande majorité de titres n’ont que des performances médiocres ; il est donc préférable de se fier à ses convictions ou à son ressenti. Tout le monde connait l’histoire de cette américaine âgée qui, à force de voir passer sous ses fenêtres des camions de Coca-Cola, prit la décision d’en acheter progressivement les actions dès que ses maigres économies le permirent. 20 ans plus tard, elle était devenue millionnaire.

Si l’on possède entre 10 et 15 actions, on a la possibilité de suivre leur évolution et de s’informer de ce qui les concerne. Le suivi du portefeuille en devient donc plus facile plutôt que se perdre dans des centaines de lignes. C’est d’ailleurs la stratégie suivie par Warren Buffett qu’il n’est plus nécessaire de présenter. Les 60% de ses investissements sont représentés par 5 (oui, vous avez bien lu !), 5 valeurs dont une majorité d’établissements bancaires américains, ce qui laisse un goût amer lorsqu’on se souvient qu’il y a une trentaine d’années, les fleurons mondiaux du secteur étaient le fait des grandes banques suisses, lesquelles graduellement mais progressivement ont été attaquées et détrônées, mal défendues par des responsables sans véritable culture bancaire, voire sans identité nationale. Le travail des termites anglo-saxonnes s’est poursuivi à grand renfort de réglementations paralysantes que les initiatrices se gardent bien d’appliquer. Fermons cette parenthèse et revenons à notre sujet, la stratégie de Warren Buffett : avec une dizaine d’autres actions, on parvient à près de 80% de ses investissements !

En matière de placements, quelques règles simples sont à suivre : en premier, avoir la conviction de ce que l’on achète – comme la vieille dame et ses Coca- ; par ailleurs, le suivi des titres est plus aisé avec une poignée de valeurs, les meilleures dans chaque catégorie ; aussi, la concentration sur quelques titres permet d’économiser sur les frais bancaires en choisissant les leaders des secteurs que l’on préfère. Enfin, et surtout, il faut absolument résister à la tentation de vouloir encaisser des gains à court terme.

Prenons un cas archi-connu : Nestlé : en 2000, elle valait environ 25 francs ; en 2007, elle avait doublé à 50 francs, actuellement, elle vaut près de 125 francs. En 20 ans, elle a donc quintuplé sans évoquer les juteux dividendes distribués (le dividende actuel est de francs 2.75 ; pour un titre acquis aux alentours de 25 francs, ce n’est pas mal ! en constante augmentation d’une année à l’autre).

Prenons un contre-exemple : Zurich assurance : en 20 ans, elle a perdu la moitié de sa valeur, et c’est là qu’arrive la conclusion de base : il faut laisser courir ses gains, même en cas de forte hausse, mais se décider à couper les positions perdantes  si l’on a besoin de liquidités, en s’abstenant surtout d’effectuer des moyennes par des rachats à moindre prix. Quoi qu’en disent les analystes sophistiqués qui se plongent dans les bilans ; tout est dans le prix d’un titre : la marche de ses affaires, ses anticipations, ses espoirs, ses appréhensions et surtout son image.

Soit dit en passant : pour l’an nouveau, deux secteurs devraient retenir l’attention : les pharmaceutiques pour des raisons évidentes et qui, compte tenu de la situation, ont échappé pour longtemps à des brimades financières ; les classiques suisses archi-connues demeurent intéressantes ainsi qu’une sélection d’américaines du même acabit.  Autre intérêt : la cyber-sécurité ; dans ce domaine, par extension, les valeurs françaises spécialisées dans la défense tiennent le haut du pavé.

Le début de l’année a été marquée par de grandes incertitudes sur le plan sanitaire, par la mise en place, souvent laborieuse de campagnes de vaccination et l’annonce de relances budgétaires dans de nombreux pays.

En Europe, les risques liés à la pandémie avec la survenance de variants ont entrainé de nouvelles mesures de restrictions. La lenteur à mettre en place la vaccination a exacerbé le sentiment de pessimisme, avec parfois des débordements urbains, souvent le fait de jeunes se croyant brimés. Pourtant, les marchés boursiers sont restés optimistes en anticipant la sortie de la crise sanitaire pour le second semestre 2021, ce qui s’est temporairement avéré. Ils ont aussi beaucoup apprécié le plan de relance européenne et la fin d’une époque surréaliste aux USA, avec la perspective d’un horizon enfin plus serein.

Tout au long de février, les indices boursiers ont été soutenus par des nouvelles positives en provenance de la Chine et de l’Amérique du Nord. L’accélération de la campagne de vaccination promulguée par M.Biden et son plan de soutien massif à l’économie, de l’ordre de près de 2’000 milliards de dollars, ont supporté les marchés américains. De son côté, la Chine a confirmé sa reprise  et la non-survenance d’une deuxième vague de la pandémie.

Début mars, les marchés ont connu un accès de fébrilité en raison d’une résurgence, modeste pourtant, de l’inflation. Les marchés des taux ont réagi avec une brutalité relative en faisant remonter à près de 1.8% le taux à 10 ans. La vivacité de cette réaction a entrainé des arbitrages de la part des investisseurs, délaissant les valeurs de croissance au profit de valeurs « values », faiblement valorisées et très sensibles à une reprise de l’économie.  Cette dernière ne peut évoluer à long terme avec une volatilité permanente, mais s’efforcer de mettre l’accent et s’orienter en fonction des tendances économiques, politiques et sociales à long terme, lesquelles ont subi de profondes modifications suite à la pandémie.

L’économie s’est digitalisée, influant sur le comportement des entreprises, des salariés et des consommateurs, avec la mise en place du télétravail, l’accélération des achats en ligne, et la communication vidéo, mutations soutenues par les employeurs et les employés. Il s’agît d’un fait indéniable dont nous nous sommes toujours un peu méfiés, mais il s’agit d’un autre débat.

Le changement climatique et son impact dévastateur sur notre environnement est maintenant totalement intégré par l’ensemble des populations qui en ont gravement pâti en raisons des inondations et des incendies monstrueux. Cette prise de conscience tardive est acquise et peut être perçue comme une opportunité d’affaires et aussi de réputation. D’ailleurs, l’année précédente avait été une année charnière pour les grandes compagnies pétrolières en matière de transition énergétique. Elles ont dû admettre que la décarbonisation de notre environnement était inéluctable. Les secteurs du solaire et de l’éolien ont bénéficié d’investissements importants tandis que se profile déjà l’hydrogène vert comme une source d’énergie future pour les véhicules, et en tant que solution de stockage d’électricité.

Pour des raisons évidentes, le secteur de la santé a été mis en exergue par des dépenses croissantes, le vieillissement de la population et la prévalence accrue des maladies chroniques : la pandémie du Covid19 met en lumière différentes lacunes qui devraient bénéficier des mesures de relance mises en place par les gouvernements.

A cet égard, au cours du deuxième semestre on assiste à un redémarrage économique vigoureux qui ne cesse de s’étendre avec une Europe qui tente de rattraper les Etats-Unis, en acceptant l’idée que l’inflation devrait s’avérer plus élevée à moyen terme, sans toutefois que la Banque fédérale et la BCE ne normalisent les taux d’intérêts avant 2023. Assez paradoxalement pour un monde si connecté, on observe des pénuries, notamment dans les semi-conducteurs, ce qui entraine des problèmes dans de nombreux secteurs dont l’automobile.

La Grande-Bretagne, de son côté commence de ressentir les effets de BREXIT par des pénuries dans de nombreux domaines sensibles comme l’approvisionnement en essence, faute de conducteurs et même dans l’alimentation, les dockers faisant défaut pour décharger les containeurs, à la recherche de ports moins encombrés. Ces pénuries ponctuelles représentent l’une des caractéristiques de l’exercice qui s’achève ; elles revêtent parfois une allure  anecdotique comme l’absence d’armoires de rangement chez Ikea.

Autres élément perturbateur, les cyberattaques dont le nombre devient exponentiel en  visant aussi bien des institutions publiques ou des municipalités que des particuliers. Leurs origines restent floues ; dans le temps on parlait de petits pays slaves, mais maintenant les soupçons se tournent plutôt vers la Russie.

Les mésaventures de la chinoise Evergrade, empêtrée dans des projets immobiliers pharaoniques aux financements tremblotants, ont quelque peu déstabilisé son pays d’origine qui s’attaque avec une virulence pas toujours compréhensible, voire suspecte, aux crypto monnaies qui ont eu aussi leur heure ou leur début de gloire en 2021. 

« Last but not least », l’esprit du temps fut au complot. Le complotisme a fait recette grâce au Covid, notamment, quant à l’origine et le traitement de la pandémie. Pêle-mêle, les gouvernements furent suspectés, relayés par les sociétés pharmaceutiques sans oublier les multinationales de l’information comme Microsoft et ses puces qu’elle nous aurait instillées. Le triste anniversaire du 11 septembre 2001 et les « sempiternelles questions » ayant trait aux attentats ajoutèrent au brouillard complotiste, trouvant fréquemment son origine dans les mouvances de l’extrême-droite réactionnaire dont l’un des relativement nouveaux représentants, Eric Zemmour agite les media avec des exactions puériles sans que l’on puisse mesurer son réel degré de popularité.

L’année se termine avec ce mouvement de « stop and go », et dans le cas de la Suisse, un sentiment de soulagement. Certes, Le secteur hôtelier a beaucoup souffert de la pandémie, mais l’on observe aussi que dès qu’on  apprend des nouvelles plus positives, la situation s’améliore quasi instantanément, y compris dans les restaurants, souvent réservés des semaines à l’avance.

Finalement, la crise sanitaire a été un stress-test pour mesurer l’élasticité de l’économie helvétique. La bonne diversification de cette dernière, avec l’industrie, les pharmas, la finance et le négoce des matières premières qu’on a  souvent tendance à sous-estimer, sans parler de l’endettement faible tant public que privé, a contribué à sauver la mise. De surcroit, la Suisse a rapidement compris l’importance de fournir des liquidités aux entreprises sans attendre qu’elles agonisent comme cela a pu se produire lors des grandes crises mondiales précédentes, dont celle des années 30.

En tenant compte de ce qui précède, on peut s’attendre à ce que la Suisse tire son épingle de ce jeu mortifère et retrouve cahin-caha son rythme de croisière au cours des prochains mois. Fin novembre, on enregistre une nouvelle surprise virale : l’Omicron, nouveau variant, hautement contagieux mais relativement peu dangereux. Il a le mérite de sonner le rappel pour les non-vaccinés et les inciter à se protéger tout en épargnant leur entourage.

Au plan de nos affaires, nos clients ont fait preuve d’une extraordinaire résilience que l’on peut mettre au crédit de la confiance qu’ils nous témoignent, ce dont nous nous honorons. Ils en furent récompensés par des performances hors-norme !

Soit dit en passant : en terme de meilleures performances, les secteurs privilégiés de l’année furent tout ce qui concerne l’énergie (gaz naturel, fuel etc), les plus médiocres comprenant l’or, l’argent surtout le soja.

Alors que Messieurs Bezos et Musk, à grand renfort de milliards, jouent niaisement au bilboquet autour de notre planète, cette dernière, provisoirement libérée du fléau Covid, ressent les effets pervers d’une mondialisation, propulsée et encensée il y a une décennie, et dont l’une des conséquences est la parcellisation à outrance du tissu économique ; un exemple évoqué il y a peu dans la presse est le Nutella dont les composantes proviennent d’une douzaine de pays tout autour du globe. Qu’un circuit s’essouffle et toute la chaîne de fabrication ralentit, voire se bloque.

L’envol des prix de certaines matières premières comme le gaz ou le pétrole influencent négativement la production et sont relayés par une explosion, dans le désordre, des prix du coton, du cuivre, du bois, de l’étain, etc., empêchant la livraison de biens de consommation; bien entendu d’autres facteurs peuvent être déterminants comme une guerre ou une mauvaise récolte.

Un changement de paradigme peut aussi jouer un rôle négatif, comme l’introduction d’une nouvelle donne ou mode relative aux stocks. Le « just in time » signifie qu’on produit au plus serré, avec un plus grand choix certes, mais des stocks étriqués. On en a eu une démonstration anecdotique au début de la pandémie avec la raréfaction du papier toilette, surtout en Australie qui a brusquement découvert qu’elle n’avait qu’un fournisseur, rapidement dépassé, la Chine.

Actuellement, on fait face à une grave pénurie de composants électroniques et l’on découvre, abasourdi, que la majeure partie de la production (63% exactement) provient d’un seul pays, Taiwan, prétérité par la raréfaction des matières premières. Rappelons à ce propos qu’une voiture standard comprend des milliers de composants. En l’occurrence, cette pénurie technique a fait baisser la livraison de centaines de milliers de véhicules pour des groupes comme Stellantis ou VW.

Un malheur n’arrivant jamais seul, on constate que le transport maritime est aussi  entravé par l’envolée des prix des conteneurs dont l’indice de référence a sextuplé en quelques mois, essentiellement depuis avril 2021, exacerbé par la main-d’œuvre insuffisante dans la plupart des grands ports, en raison de l’indisponibilité des dockers, dont une bonne partie à cause de la pandémie.

En outre, le blocage de l’Ever-Given dans le canal de Suez a eu comme conséquence le déroutage long et coûteux, de plus de 300 cargos. En Californie, plus de 80 bateaux sont en attente au large, parfois depuis plusieurs  semaines. Ces phénomènes ont des effets en amont dans des domaines bien ciblés comme le textile en Extrême-Orient, déjà fortement perturbé par une forte morbidité due au nombre insuffisant de vaccinations.

On a récemment mis en relief que 70% des échanges internationaux reposent sur des flux de matières premières, de composants ou de pièces détachées qui traversent de très nombreuses frontières. Ces flux s’intègrent les uns après les autres pour élaborer des produits finaux après de longs voyages. Cette concentration de production de composants à certains endroits de notre terre est perverse en ce sens qu’une perturbation en un lieu donné entraîne des difficultés en domino pour tous les acteurs de la chaine.

Passons sur le cas de la Grande-Bretagne qui commence à ressentir cruellement les effets du malencontreux Brexit, avec des rayons vides dans les supermarchés ainsi qu’une absence aigue de main d’œuvre, dans les transports par exemple.

Sur un plan plus positif, rappelons que le Covid a eu une conséquence collatérale, le gonflement de l’épargne. Frustrés  pendant des mois, les consommateurs veulent se rattraper par une recrudescence, pas toujours raisonnable, de leurs achats.

Certes, dans le passé, la concentration de la production a permis de grandes économies d’échelle, mais le prix à payer est lourd en cas d’incidents en amont, comme une pandémie, d’où la vulnérabilité du système. Le fabricant suisse de chocolat, Camille Bloch, qui fabrique le Ragusa,  l’a bien compris en acquérant, à titre de précaution, des dizaines d’hectares de noisetiers en Géorgie. L’écureuil ne se contente pas de bondir avec agilité, il bénéficie aussi d’une vive intelligence et d’une capacité de prévoir. Le dogme de l’autosuffisance est dans les gènes helvétiques et remonte à la deuxième guerre mondiale ; nos industriels devraient s’en souvenir.

Soit dit en passant : Deux fleurons de l’industrie horlogère suisse, Rolex et Patek Philippe ne sont pas cotés en bourse. Il existe cependant une astuce pour participer indirectement à leur essor : l’achat d’actions de Watches of Switzerland, traitées notamment à Londres, qui représente avec un très grand succès les deux marques, parmi d’autres : prix actuel £14.15.

Toute l’équipe de Priban SA vous souhaite d’heureuses fêtes et une nouvelle année harmonieuse et plus sereine.

Nous suggérons au témoin déprimé par les brouillards d’automne de différer la lecture de cette chronique qui laisse entrevoir les contours du monde de demain que nous devrons d’autant mieux affronter et accepter, qu’il sera le produit de notre nonchalance, de notre paresse et de notre recherche amplifiée par la pandémie, de la facilité, voire de la cupidité à la petite semaine.

Ces réflexions s’inspirent de la lecture d’un gros ouvrage « Homo deus », écrit il y deux ou trois ans par le Professeur Y.N. Harari, enseignant à l’Université de Jérusalem, et qui s’était fait connaitre par une première partie : « Sapiens », lue et traduite dans le monde entier.

Entrons dans le vif du sujet par un outil de recherche devenu banal : Google. En recourant systématiquement à ce dernier par nos questions, nous ciselons et affinons notre profil qui s’inscrit à jamais dans le « cloud ».

Imaginons que dans une ville ou un grand quartier, dix-mille, cinquante-mille personnes interrogent le système sur les vertus du miel, des pastilles adoucissantes, du paracétamol ou évoquent des éternuements ; par une analyse instantanée, Google conclura qu’une épidémie de grippe est en train de se propager.

Notre monde change : Nous sommes enchantés de trouver des chemises bon marché produites par des robots et imprimantes 3D en oubliant les ouvriers sur la touche. De même pour les agents de voyages ou les employés de banque remplacés par notre smartphone. Quant à la gestion de patrimoines effectuée par ordinateurs, rappelons que le 6 mai 2010, en 5 minutes, un algorithme capricieux fit perdre 1’000 points au Dow Jones et un milliard de dollars, rattrapés il est vrai en trois minutes, mais quand même ! Autre thème, les avocats et détectives chevronnés qui ne sauraient repérer la duplicité à l’intonation ou aux expressions d’une personne, alors que les scanners d’IRMf sont des détecteurs de vérité infaillibles.

Même les médecins sont une proie idéale pour les algorithmes. Des affections peuvent avoir une multitude d’origines, bénignes ou plus graves. En quelques minutes, le praticien doit porter un bon diagnostic sans être forcément au courant de tous les articles parus ou des traitements récents. Le système d’intelligence Watson d’IBM a d’immenses avantages potentiels. Il peut stocker des millions d’informations sur les maladies connues et les nouveaux médicaments. De plus, il a en mémoire tous les antécédents du patient et ceux de chaque membre de sa famille. Le système n’est jamais fatigué, jamais pris au dépourvu,  et peut répondre à des centaines de questions. On aura ainsi à disposition un nombre infini de médecins, disponibles 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 heures, dans tous les coins du monde. Les futurs services de santé n’auront plus besoin de millions de généralistes, ce qui est vrai à fortiori pour les pharmaciens. Il y a peu s’est ouvert à San Francisco une pharmacie tenue par un robot qui recueille toutes les ordonnances et détermine les éventuelles interactions des médicaments pris par le patient. Au cours de sa première année, le robot a pris en charge deux millions d’ordonnances sans la moindre erreur, alors qu’il y en a cinquante millions annuellement aux USA.

Avec l’évolution prévisible de la médecine cependant, nous ne serons plus des individus, mais des organismes qui porterons des capteurs, pour le diabète par exemple. Par des brassards ou des smartphones, des personnes en bonne santé acceptent déjà d’être surveillées en permanence, souvent avec la bénédiction de leur compagnie d’assurance maladie, ravie de l’aubaine de savoir ce qu’elles mangent ou boivent, et si elles font suffisamment d’exercice. Mêmes les larmes peuvent être analysées grâce à des lentilles de contact. Il existe déjà des laboratoires qui interprètent des échantillons de salive permettant de connaitre les problèmes de santé qui nous guettent, de la calvitie à la cécité.

Les réclamations téléphoniques sont une véritable plaie pour les entreprises, et un parcours du combattant pour le client. L’algorithme intelligent d’une nouvelle société, Mattersight, écoute le problème, analyse les mots employés et le ton de la voix afin de déterminer le type de personnalité : introvertie, extravertie, rebelle, agressive etc. Ce point étant fait, l’algorithme trouve le meilleur interlocuteur possible qui peut être par exemple empathique ou froidement rationnel.

De fait, avec le temps, il devient de plus en plus facile de remplacer des êtres humains par des algorithmes intelligents. D’autant plus que les humains succombent à la tentation de se professionnaliser à outrance. Paradoxalement nos ancêtres préhistoriques vivant de chasse ou de cueillette, pouvaient se tailler une arme ou se nourrir de plantes comestibles ou médicinales tout en se regroupant avec d’autres afin de chasser le mammouth ; ils auraient pu difficilement être remplacés par un  robot !

En attendant pourtant, des algorithmes interviennent déjà dans les processus de décision en fonction de leurs capacités d’analyser d’énormes quantités de données sur les sociétés financières, les essais cliniques ou la propriété intellectuelle d’entreprises examinées. A Hong Kong, l’un d’entre eux fait partie du conseil d’administration d’une société de capital-risque et s’illustre déjà par un vice managérial, le népotisme, favorisant les entreprises qui accordent le plus d’importance à ses cousins : d’autres algorithmes !

On pourrait ainsi graduellement parvenir à la concentration de la richesse et du pouvoir entre les mains d’une minuscule élite propriétaire de ces derniers. En extrapolant, ils pourraient devenir eux-mêmes propriétaires grâce à leur qualité de personne morale, ce qui est moins absurde que cela ne paraît ; des entités comme par exemple l’Autriche ou Toyota qui n’ont ni corps ni esprit, peuvent être propriétaires, posséder de la terre ou de l’argent et engager des poursuites. Dans l’antiquité, des dieux imaginaires possédaient bien des terres et employaient des hommes !

En poursuivant dans la démonstration cynique, on pourrait bientôt assister à la formation d’une nouvelle classe non laborieuse massive, des gens sans valeur économique, politique ou artistique, bref une classe inemployable regroupant des foules évincées comme les caissières (ça a déjà commencé ; aux USA des dizaines de milliers de magasins ont disparu), les ouvriers du bâtiment, les chauffeurs de bus, les archivistes, les menuisiers, les marins, les boulangers, même les maitres-nageurs etc. Seuls les archéologues pourraient tirer leur épingle du jeu étant donné que leur travail requiert des types très élaborés de reconnaissance de forme sans produire d’immenses profits immédiats.

Facebook dont raffolent les jeunes et les moins jeunes est un formidable instrument par l’analyse des « like ». L’analyse de 300 « like » permet à l’algorithme de mieux vous connaitre que vos proches et de s’étendre même aux échéances politiques. Plus près de nous, Amazon, libraire à ses débuts, vous suggère des lectures en fonction de vos choix passés. Si vous succombez à la sinistre tentation de lire un ouvrage sur écran, celui-ci, tôt ou tard, grâce à la reconnaissance faciale, saura ce qui vous fait rire ou vous rend triste et dictera vos futurs choix.

Ce qui est dramatique dans cette évolution, le déplacement finalement de l’autorité des humains vers les algorithmes, c’est qu’elle n’est pas le fait d’une décision gouvernementale mais d’un flot de choix personnels enregistrés à tout jamais. A la limite on pourra arriver à un état orwellien qui surveille et contrôle toutes nos actions, y compris ce qui se passe dans notre corps ou notre cerveau. Ce qui pèse aussi sur le libéralisme qui s’étiole, c’est la formation d’une petite élite privilégiée d’humains qui seront à la fois indispensables et indéchiffrables. Cet ostracisme a une conséquence néfaste dans des pays technologiquement avancés comme le Japon ou la Corée du Sud où de prodigieux efforts sont consentis pour élever et éduquer de moins en moins d’enfants dont on attend de plus en plus.  Comment les pays à forte natalité pourront-ils rivaliser ? En favorisant à leur tour une poignée de surhommes ? Notre humanité, ou du moins certaines strates d’entre elle, est malade de la « FOMO », Fear of missing out, la phobie de passer à côté de quelque chose. On le constate prosaïquement dans un quelconque restaurant où la majeure partie des clients est penchée sur son portable sans se soucier le moins du monde d’autres convives.

Chacun de nous, à son niveau, doit prêter la plus grande attention à certaines décisions, certes de prime abord confortables, mais susceptibles de remodeler son comportement ou la sphère dans laquelle il évolue. On ne peut pas, sans se révolter et réagir avec véhémence, accepter que des algorithmes non conscients mais hautement intelligents régissent notre vie et finissent par nous connaitre mieux que nous nous connaissons. Avec le 4 octobre, les pannes simultanées de Facebook, WhatsApp et Instagram, nous avons eu une première démonstration de notre asservissement délibérément consenti. Lorsqu’un jour ou l’autre, en raison d’une éruption solaire gigantesque ou d’une malversation planétaire, Internet sera bloqué pour des heures, des jours, voire plus, les conséquences dépasseront notre entendement. Finis les retraits aux ATM, la marche des ascenseurs ou le simple fonctionnement des feux rouges. Nous réaliserons amèrement alors le degré d’indépendance que nous avons perdue.

Soit dit en passant : nous sommes submergés d’appels téléphoniques, de mails ou d’annonces concernant des aides auditives. Ce n’est pas le fruit du hasard mais de l’étude de statistiques médicales ; la catégorie des jeunes de 15 à 20 ans, à force de s’abrutir à grand coups d’haut-parleurs géants, de sonos qui transpercent ou d’écouteurs qui vous font tressaillir, a perdu une bonne partie de sa capacité auditive rétrogradée à celle des personnes de 60 ans d’il y a quelques années. Conclusion : la surdité progressive  est un nouveau mal à combattre ; près de nous, le fournisseur suisse Sonova est à considérer. (CHF 370.- avec des dividendes augmentés régulièrement depuis 10 ans)

L’Euro foot s’est terminé il y a quelques semaines ; la Suisse a terminé honorablement grâce à l’excellence de son gardien Ruben Zimmer.

Mais que vient donc faire le football dans une chronique financière ? En fait ce qui nous intéresse, c’est la psychologie du gardien dans un cas de figure bien précis, celui des penalties ou des tirs au but, destinés à départager deux équipes, jusque-là à égalité. A une grande échelle, des centaines de matchs ont été décortiqués, et les conclusions sont pour le moins surprenantes. En effet, si l’on examine les résultats des plongeons du gardien à droite ou à gauche, et qu’on les compare au choix d’une attitude immobile, donc à première vue passive, on arrive à la conclusion que le pourcentage de résultats positifs c’est-à-dire d’arrêts est près de 60% lorsque le gardien reste au milieu de sa cage, pratiquement le double des deux autres options.

Le gardien et l’investisseur ont un point commun, la peur de se voir reprocher de n’avoir rien entrepris, d’avoir pu rater le train. Ce qui est beaucoup plus grave c’est que ce dilemme peut se retrouver dans beaucoup d’autres domaines, la médecine par exemple, où nombre de praticiens hésitent à recommander une attitude passive, à savoir un non-traitement, de peur de se voir reprocher un manque d’initiative.

En matière d’investissements, cette appréhension de rater le train est récurrente, aussi bien en matière d’achats que de ventes. Qui a encore en mémoire le printemps 2020 où l’arrivée sur scène avec éclat du Covid avait fait littéralement plonger les marchés, avec cette conséquence que des valeurs de très grande qualité s’étaient écroulées en quelques heures de 25 à 40% ? Le hasard, heureux cette fois-ci, ou la raison, a voulu que la violence du mouvement fût d’une telle soudaineté que la plupart des investisseurs ne se rendirent même pas compte de l’effondrement qui fut compensé en quelques semaines, parfois même en quelques jours.

On aurait pu imaginer qu’à partir des années 2000, le trading en ligne, en augmentant considérablement le nombre des intervenants sur les marchés, aurait pu assagir et rasséréner ces derniers. Littéralement collés à leurs écrans, les nouveaux venus basculèrent rapidement dans l’incohérence avec une obsession récurrente, la peur de manquer une occasion. L’analyse a posteriori est implacable : si le nombre de transactions a crû d’une façon exponentielle, les résultats furent plus que nuancés lorsqu’on dessine une parallèle entre l’augmentation de volume et les résultats finaux : les habitués des transactions à répétition eurent des gains moyens de l’ordre de 11% tandis que les plus sereins, campant sur leurs positions connurent un rendement annuel moyen de plus de 18%.  Le résultat est sans appel. Les adeptes de l’analyse technique avec toutes les possibilités d’interprétation graphique envisageables eurent des résultats dans la ligne, guère mieux. Le sexe peut jouer un rôle en ce sens que les femmes sont plus raisonnables que leurs compagnons avec un mouvement de transactions de 50% en moyenne par rapport à 90%. Moralité, elles s’en tirent mieux sur la durée.

Afin d’étayer ce qui précède, regardons l’évolution en 20 ans des titres archiconnus  que nous suivons, mentionnés à maintes reprises dans d’autres chroniques. Le constat est sans appel.

Parachevons le titre de la chronique par un aphorisme : « L’organe décisionnel de l’investisseur n’est pas son cerveau, mais son postérieur » comme le disait un ancien banquier de la place. Il reste assis sur ses positions, n’a cure des péripéties momentanées  et récolte tranquillement ses dividendes, souvent en croissance d’une année à l’autre. Ceci correspond à la philosophie du célèbre investisseur Peter Lynch qui n’avait de cesse de répéter que nombre d’opérateurs avaient perdu bien plus d’argent en voulant anticiper des corrections que par ces dernières à proprement parler.

Soit dit en passant : Pernod-Ricard figure parmi nos titres favoris depuis deux décennies ; à ce propos, on apprend qu’elle se propose d’acheter la britannique The Whisky Exchange, spécialisée dans le e-Commerce avec pas moins de centaines de marques de whisky, de cognac et  de gins. Avec l’effet Covid, ses ventes de spiritueux en ligne ont crû de 63% à fin juin 2021.

Les critères de sélection d’une valeur à l’achat sont innombrables et posent l’éternel débat entre l’analyse fondamentale, fondée grosso modo sur les données chiffrables (bilan, résultats financiers etc.), et l’analyse technique consistant essentiellement à dégager des projections des figures graphiques des fluctuations de cours de la société en question, qui peuvent passer de l’accumulation (plutôt positive) à la distribution (prémisse d’une baisse) en passant par les « drapeaux », les double-sommets, les « tête et épaules » etc., bref une bonne douzaine de schémas à interpréter.

Il y a pourtant une donnée qu’on prend rarement en considération, et c’est un grand tort, à savoir qui se trouve à la tête de l’entreprise, et depuis combien de temps ?

On a toujours eu un préjugé semi-négatif concernant les entreprises familiales que l’on identifiait sommairement à de petites boîtes régionales, spécialisées dans la plomberie, l’horticulture ou l’ébénisterie. La réalité est tout autre ; un certain nombre de ces entités, à l’origine modeste, se sont muées  en de véritables empires tout en conservant leur singularité initiale, mutation progressive saluée avec faveur par les marchés boursiers qui les créditent systématiquement d’un agio de cours pouvant atteindre annuellement un fort pourcentage par rapport à leurs concurrents à l’actionnariat plus hétérogène. Cette singularité n’est pas le fruit du hasard mais repose sur des données concrètes que nous allons brièvement examiner.

La direction en premier lieu : un dirigeant, aussi qualifié soit-il, reste un employé, certes bien payé, mais un employé, dont l’horizon en matière d’affaires ne saurait dépasser quelques lustres au plus. Ses buts sont multiples et sans vision lointaine ; il doit faire du chiffre, comme on dit, en réduisant les coûts à n’importe quel prix, se séparant par exemple souvent d’éléments de valeur à l’égard desquels il n’a guère d’attaches, étant donné qu’il ne les connait pas ou mal, de façon à contenter les actionnaires, par une augmentation des dividendes dont il profite au passage par le truchement de « stock-options » et/ou un bonus, sans parler d’un éventuel « golden shake end » au terme de son contrat. Les exemples ne sont pas si lointains et théoriques !

Le fondateur et ses descendants ont une optique totalement différente. Ils se soucient peu du court terme, mais accordent une grande importance à la croissance liée au temps et à la valorisation de l’entreprise, quitte à connaitre des exercices momentanément décevants. Il est à cet égard symptomatique de constater que les sociétés où la famille conserve des attaches sont celles qui déposent le plus de brevets, même si ces derniers représentent un investissement temporairement stérile. Il se dégage ainsi une véritable culture de la société où la confiance et la passion sont déterminantes ; nous avons un bon exemple à nos frontières avec Bernard Arnault, qui,  en dépit de railleries envieuses, n’hésite pas à se lancer à grand frais dans l’édification ou la réhabilitation d’œuvres de toutes sortes, monumentales, souvent déficitaires, mais qui finiront par ajouter au prestige du groupe et se révéleront valorisantes avec la durée.

Seul un fondateur peut se permettre une pareille audace, jamais un cadre, même inspiré. Cette approche correspond à un alignement à long terme des intérêts entre actionnaires et dirigeants. Une précédente chronique avait été consacrée au concept ESG ; sans surprise on constate qu’au sein des entreprises dominées par une famille, l’observation de ces critères est la plus effective.

Passons maintenant au vif du sujet, à savoir le comportement boursier à ce jour (fin août 2021) d’une sélection de titres suisses, européens et nord-américains où l’intérêt familial prédomine ou subsiste fragmentairement,  par rapport à leurs indices de référence. Dans le souci de ne pas rendre la lecture trop fastidieuse, nous avons délibérément limité à une quinzaine le nombre de valeurs (au 30 août 2021)

  • Bucher (+17%), Bossard (+71%), Roche (+18%), Richemont (+29%), Kuehne Nagel (+66%), par rapport au SMI : + 16%
  • Christian Dior (+40%), Hermès International (+42%), l’Oréal (+27%), LVMH (+22%), Robertet (+16%), par rapport au CAC 40 : +20%
  • Alphabet (+64%), Facebook (+36%, Berkshire (+24%), par rapport au S&P 500 : +20%

Soit dit en passant. Il y a des années que nous ne nous intéressons plus au secteur bancaire, toutes nationalités confondues. Un cas pourtant nous interpelle, celui du Crédit Suisse ; est-ce logique qu’avec plus de 400 milliards de dépôts et un portefeuille de crédits dépassant les 300 milliards, sa valeur boursière, à savoir 26 milliards de francs, est le tiers de celle de BNP ou moins de 6% de celle de JP Morgan ? Chercher l’erreur !

L’objectif de cette chronique n’est pas de se consacrer à l’écologie, des experts le feront bien mieux.

Rappelons que la sensibilisation initiale remonte à septembre 1715, lorsque des Français débarquèrent à l’ile Maurice et découvrirent une terre totalement dévastée par les événements naturels certes, comme les cyclones, mais aussi par l’action humaine, le fait de précédents colons hollandais, qui, à force de raser les forêts et en détruire les animaux indigènes, avaient rendu désertique ce qui a l’origine était un paradis.

Il s’ensuivit pour la première fois dans l’histoire une véritable prise de conscience aboutissant à des mesures afin de tenter de recréer graduellement la situation d’antan. Le temps passa sans que l’on se souciât plus réellement de ces problèmes jusqu’au début des années 60, où des rescapés de 1958, souvent des rejetons déboussolés de bourgeois, se lancèrent dans l’élevage champêtre à grand renfort de tissage de lin et de laine ; jusque-là, rien de bien spectaculaire.

Deux décennies plus tard pourtant, la situation se dramatisa avec les premières marées noires gigantesques, polluant des dizaines de kilomètres de rivages et anéantissant en l’engluant, une faune aquatique déjà menacée. Tchernobyl modifia à son tour la donne en condamnant à jamais des régions entières et en reposant la question de l’opportunité du nucléaire, de ses dangers prévisibles et de l’irréversibilité des dégâts qu’il peut provoquer.

Progressivement, l’idée de l’écologie prit forme et gagna les milieux politiques avec le plus souvent une orientation de gauche qui faisait dire en parlant des députés allemands, sur un ton goguenard, qu’ils ressemblaient à des pastèques, vertes en surface, mais rouges à l’intérieur.

Il y a deux ou trois ans, le mouvement s’institutionnalisa et se renforça en gagnant et persuadant les milieux économiques avec la notion d’ESG, à savoir,

E    pour environnement
S    pour les critères sociaux et
G   pour les critères de gouvernance

Une idée développée il y a fort longtemps par Bernard Baruch, ministre de H. Truman, mais qui ne connut pas de suite à l’époque). Par Gouvernance, on entend les critères portant sur la manière dont une entreprise est dirigée. Celle-ci englobe les règles, les droits et les responsabilités des différentes parties.

La plupart des entreprises concernées comprirent rapidement que ce qui pouvait paraitre comme un nouveau carcan, serait au contraire un formidable outil de marketing, voire une référence.

Dans les faits, une approche ESG commence par un engagement fort depuis le sommet de la hiérarchie des entreprises, en adhérant aux PRI (Principles for Responsible Investment) de l’ONU.

Un autre pas marquant revient à mettre en place une gouvernance de portefeuille impliquant un vote systématique lors des assemblées générales des sociétés détenues.

La Suisse a déjà fait l’expérience de l’adoption, avec succès, de ces critères : c’est le cas de Swiss Re, un gros investisseur institutionnel, engagé dans l’approche ESG, qui lui apporte un rendement plus ou moins identique aux indices non ESG, sans augmentation de risque, avec un effet de lissage aboutissant à une moindre volatilité.

Les banques, bien entendu, se sont rapidement penchées sur cette thématique, au gré d’analyses approfondies visant les entreprises isolément, ou tendant à créer des fonds dévolus à cette tendance qui en est bien une.

On n’a certes pas remis en cause les pistes cyclables, les micro-tunnels à crapauds ou les réserves plus ou moins naturelles, mais on a élevé le débat en l’approfondissant, dans l’idée voulue ou fortuite, de procéder à un changement de mentalité consistant à envisager la vie en général au travers d’un autre prisme, ne remettant pas en cause les bonnes volontés initiales.

L’octroi du label ESG n’est pas évident ; dans le cas de l’environnement par exemple, il faut examiner l’utilisation de matières premières, le recyclage des déchets, la consommation d’électricité, l’absence de pollution, le nettoyage des mers en cas de fuites accidentelles etc.

Quant au social, on recourt au sigle anglais PPP (People, Planet, Profit). Qu’en est-il de la pression au travail, du respect dû aux collaborateurs, de la nature de la production : jus de fruit ou cigarettes par exemple, de la qualité du dialogue social, de l’emploi de personnel handicapé et de la formation en général ?

Enfin, la Gouvernance consiste à examiner la façon dont une entreprise est dirigée, avec l’examen des droits, des règles et des responsabilités des différentes parties. Une mauvaise direction peut aboutir à un dysfonctionnement des systèmes de contrôle interne ; sans omettre la transparence en matière de rémunération, de lutte contre la corruption ou des qualités complémentaires des membres des conseils d’administration.

La tâche est parfois ardue ; des sociétés peuvent être reconnues et admirées dans leur façon de traiter le personnel, mais pêchent gravement en termes écologiques.

L’opinion des consommateurs est à cet égard révélatrice ; leur premier sujet de préoccupation actuel est la pollution plastique, suivi par le gâchis de nourritures et la mauvaise graisse contenue dans certains produits, avant de passer à l’empreinte carbone, suivie du confort des employés concernés.

La collaboration des entreprises n’est pas toujours acquise, un bon tiers d’entre elles étant réticentes à fournir des données relatives à leur fonctionnement et leur impact. Nonobstant ce manque de coopération, on parvient à dresser une liste des bons élèves. Pour la Suisse, on retient les sociétés suivantes dans l’ordre de « mérite » : Givaudan, Geberit, Logitech, Belimo, Nestlé, Swiss Re, Zurich, Barry Callebaut, SGS, Temenos, Swisscom et ABB.

Au niveau international, on retrouve les noms de Lego, Danone, Schneider Electric, Walt Disney, Rolex, Ferrari, Microsoft, Levi’s, Netflix Adidas, Bosch et Intel.

Ces listes ne sont bien entendu ni exhaustives ni figées. Certaines sociétés ne sont pas cotées en bourse et ne figurent pas parmi nos recommandations. Il n’en demeure pas moins que cette approche ESG doit être prise en considération. La tendance de classification est irréversible car correspondant à l’esprit du temps. On estime d’ailleurs que dans quelques années, la valeur des sociétés bénéficiant de ce nouveau label dépassera 20’000 milliards de dollars, donc…

Soit dit en passant : un peu partout on parle de l’hydrogène comme futur combustible, au grand dam de Tesla. Un réservoir d’hydrogène nécessite 3 ou 4 minutes pour se remplir avec une autonomie de près de 800 kilomètres ! Trois firmes dominent le marché : Air Liquide (le titre favori des investisseurs français), évoquée précédemment), Linde et l’américain Air Products. A méditer avec un marché qui va croître d’un multiple de 20 dans les années à venir.

Nous n’allons pas nous étendre sur les dangers de l’eau dormante, avec ses surprises en matière de température, d’acidité ou d’habitants éventuels qui peuvent piquer, mordre ou contaminer.

En revanche, l’argent qui dort mérite de l’attention, surtout dans une période où on reparle de l’inflation, terme virtuellement disparu du vocabulaire économique depuis près de 40 ans, et probablement ignoré de la jeune génération ; en moins d’une année sa référence dans les revues spécialisées a pourtant crû de près de 300% !

Le phénomène de « tapering », à savoir la réduction progressive du programme d’achats d’actifs par la Fed, a éveillé l’attention de nombre d’acteurs paradoxalement en alerte face à une hausse des prix qu’ils appelaient de leurs vœux les plus chers il y encore quelques mois.

En l’occurrence, c’est le Covid avec son cortège de pénuries qui a réamorcé le phénomène, redevenu à la mode, avec un manque dans les transports et les composantes électroniques. En fait, ce qui commence d’inquiéter et interpeller certains, c’est moins la remontée de l’inflation que les formes de cette dernière et les façons de s’en protéger.

Les mouvements de  prix peuvent revêtir divers aspects, le pire étant la crise déflationniste, et l’autre relativement plus prometteur, le boom inflationniste qui apparemment nous concerne actuellement, sans parler de la stagflation, une inflation sans croissance de production.

La gamme des armes pour se défendre est relativement large : la pire est bien entendu l’argent cash, sous le matelas (sans évoquer le remplacement devenu systématique des coupures, assorti d’une enquête inquisitrice sur le propriétaire économique !) ou à la banque, suivie par les livrets et autres emprunts d’Etat qui ne rapportent pratiquement plus rien ou même qui coûtent. Il existe certes une catégorie d’obligations indexées sur l’inflation qu’il est plus facile d’acquérir par le truchement d’un fonds. Soigneusement sélectionnées, les actions des pays dits-émergents constituent une alternative intéressante avec en premier lieu l’Inde dont nous avions précédemment décrit les multiples attraits. Vient ensuite l’or que nous privilégions sous forme de pièces, plus stables, anonymes et fongibles que les autres composantes du secteur. Suivent les matières premières, dont le pétrole, à la mort certes annoncée, mais pas imminente. Elles-aussi peuvent être achetées par l’intermédiaire d’un fonds sur indices.

Les actions occidentales constituent bien entendu un bon rempart aussi longtemps que les prix ne renchérissent pas de plus de 3%. Au-delà, se pose la question pour les industriels de pouvoir ou non répercuter sur leurs clients la hausse de prix des matières premières qu’ils se procurent et transforment. C’est le retour de la thématique d’investissement basée sur la « pricing power » qui privilégie les sociétés en capacité d’augmenter leurs prix de vente sans freiner l’appétit pour leurs produits.

Les crypto-monnaies dont on a parfois parlé, n’entreraient massivement dans la danse que dans l’hypothèse d’une hyperinflation, mais on est heureusement loin du compte. En attendant, quoique turbulentes,  elles se glissent insidieusement dans les esprits….et les portefeuilles.

Soit dit en passant. Il y a quelques mois, nous avions prématurément évoqué les perspectives de Novartis, frappée dès lors de léthargie. Elle semble toutefois se réveiller grâce à la mise sur le marché de trois thérapies ciblées contre divers cancers.

Non, le titre ne comporte pas de faute d’orthographe, tout au plus une sorte de franglais, aisément explicable.

La traduction française de « moat » est : fossé ou douve, expression utilisée il y a quelques années par Warren Buffett pour expliquer sa stratégie et le choix de ses valeurs, en recourant à une définition moyenâgeuse. C’est ainsi qu’une entreprise est assimilée à un château-fort, avec ses douves, ses murailles, ses tours, son donjon qui en principe le rendent inexpugnable.

Une de ses valeurs préférées est bien entendu Coca-Cola ; il est quasiment impossible de s’en emparer ou de la détrôner,  avec ses immeubles, ses usines, son réseau de transport et même ses singularités qui la rendent unique, comme la couleur rouge de ses emballages. Certes, elle a un  concurrent en la personne de Pepsi-Cola, demeurée un éternel second et qui a dû recourir à plus de 20 produits différents pour rester dans la course.

McDonald est du même acabit ; avec ses produits typés, dont certains renouvelés ponctuellement, son réseau de franchises, sa détention d’innombrables immeubles, la société est devenue imprenable, c’est-à-dire en principe non rachetable.

Il ne faut d’ailleurs pas croire que ces « forteresses » aient toujours existé en tant que telles. Il s’agit souvent à l’origine de modestes « hameaux » que les circonstances du temps ont contraint de se fortifier à grand renfort de murailles et de fossés : statutaires, juridiques et souvent familiaux.

En Suisse, nous avons eu un bon exemple de 2001 à 2003, avec Roche dont une bonne partie du capital avait été patiemment accumulée par le financier M. Ebner qui par chance, éthique ou opportunisme (qui sait ?) le céda à Novartis. Mise en alerte, et forte de cette expérience traumatisante, la famille Roche s’employa rapidement à bétonner la structure de l’entreprise, notamment par le jeu des droits de vote.

A propos de M. Ebner, on peut rappeler qu’il y a une quarantaine d’années, en tant que privé et par ses fonds de placement, il fut temporairement en mesure de maitriser la majorité du marché des actions suisses, grâce à son expérience acquise en catimini des options, calls et puts, instruments virtuellement inconnus à l’époque des grands acteurs financiers, dont les banques. Ses « proies » de l’époque étaient de fragiles forteresses défendues par des murs de fortune ; il fallut donc ce péril pour qu’elles prennent enfin en catastrophe des mesures propres à les défendre plus efficacement contre des balistes destructrices.

A nos frontières, il y a quelques années, la famille Hermès dut aussi consolider ses fortifications  dans l’urgence. LVMH avec le concours de maillons faibles de la famille fondatrice et la complicité d’établissements bancaires devenus experts dans le commerce des options et autres dérivés, faillit prendre le contrôle de la société. Il fallut la détermination farouche des membres de cette dernière pour faire échouer la tentative par la création d’une holding cimentée, propre à décourager M. Bernard Arnault qui se résolut à dissoudre sa participation éphémère en redistribuant les titres à ses propres actionnaires.

Notre pays connut des escarmouches sans grande gravité entre deux « châteaux », Nestlé et l’Oréal : elles remontent à près de 50 ans. Les prises de participations croisées fut bénéfiques aux deux  partenaires, à la limite, davantage pour la société veveysane en raison du fantastique développement à l’international de l’entreprise de cosmétiques ; d’ailleurs, elles perdurent.

Ce recours à la métaphore médiévale par M. Warren Buffet témoigne d’une vision des investissements que nous partageons à notre modeste échelle. Nous n’investissons pas pour un coup de bourse éphémère et rarement répété, mais dans des entreprises pérennes, avec une vision à long terme et un respect de leurs actionnaires.

Soit dit en passant : notre pays offre une multitude de « perles » de qualité, souvent méconnues. Belimo, (CHF 375.- rendement 2.2%) spécialiste des vannes et des économiseurs d’énergie est l’une d’entre-elles. Présente sur tous les continents,  elle n’a qu’un concurrent sérieux : le danois Atlas Copco, mais le monde en expansion est vaste !

En fonction des pays ou des puissances d’alors, la seconde partie du 19ème siècle connut des fortunes diverses, voire des expériences qui avec le temps paraissent invraisemblables. Quand on pense à ces malheureux instituteurs français chargés d’enseigner à de jeunes Africains ou aux adolescents de ce qu’on appelait la Cochinchine, que leurs ancêtres étaient de chevelus Gaulois, ou des Britanniques, aux Indes, inculquant les valeurs du cricket, apanage de l’Empire britannique, ou peuplant l’Australie en friche des rebuts de leurs bagnes, on peut se poser des questions au sujet des valeurs colportées en ces temps-là.

Sur un ton infiniment plus dramatique, on peut aussi se remémorer la ghettoïsation mortelle par les Américains, nouveaux venus, de ce qui subsistait des tribus indiennes, natives elles,  décimées par l’alcool et les maladies importées d’Europe. On ose à peine évoquer que cette méthodologie de l’anéantissement fut reprise des décennies plus tard par des régimes odieux.

Pendant ce temps-là, la Suisse quelque peu commotionnée par la guerre intestine du Sonderbund, développait avec brio son industrie et en premier chef, la chimie et surtout la pharmacie. De cette époque datent ce qui allaient devenir les Roche et autres Novartis, fruits de multiples fusions et rapprochements. Il serait fastidieux d’énumérer les inventions pharmaceutiques d’alors qui vont des sirops pour la toux à l’origine, aux vitamines, sans oublier la gamme des antidépresseurs et surtout les diagnostics.

On peut dès lors s’étonner que notre pays avec une telle expérience, n’ait pas joué et ne joue pas de rôle plus important dans la recherche sur le Covid-19, ses protocoles de guérison et ses vaccins. Pourtant, le Conseil fédéral, sans contraindre à trop de limitations et de frustrations, a finalement bien manœuvré dans le combat contre cette pandémie, phénomène nouveau pour notre époque et qui  a demandé des trésors d’improvisation et de tâtonnements.

Mais, comment se fait-il que dans la recherche de diagnostics, de thérapies et de vaccins notre pays ait été tenu à l’écart et se soit reposé sur l’étranger? Cette lacune provient-elle de l’Exécutif ou d’une modestie inexplicable des entreprises intéressées ? On ne le sait, et c’est dommage, car avec le prestige de la Suisse, un vaccin local ou une thérapie ciblée aurait connu un succès immédiat.

L’honnêteté oblige à reconnaitre qu’en son temps avec Berna Biotech, la Suisse était parfaitement équipée pour affronter ce genre de situations ; il est vrai aussi qu’au gré des fusions et rachats et compte tenu de la faible rentabilité des vaccins, la spécialité disparut progressivement.

Soyons cependant objectifs, notre pays avec le concours de Lonza, a collaboré peu ou prou à l’élaboration du vaccin Moderna en produisant son principe actif. Dans un autre domaine, le spécialiste de la logistique, Kuehne et Nagel grâce à son équipement spécialisé, a pu assurer le transport des vaccins avec toutes les garanties de sécurité. Roche enfin, grâce à sa participation dans Regeneron et ses anticorps, est entré finalement et tardivement  dans la course. On suppute d’ailleurs que ce fut le traitement administré à D.Trump.

C’est dommage qu’il n’y ait pas eu davantage de synergie entre le politique et l’industrie, encore que l’élimination totale du Covid-19 prendra malheureusement du temps et nécessitera d’autres moyens de prévention et de guérison, incitant notre pays à utiliser sa capacité d’innovation, permettant de rattraper le coche en marche.

Soit dit en passant : dans un domaine différent, mais pas totalement éloigné de la médecine, eu égard à certains de ses produits, il serait peut-être avisé de jeter un coup d’œil sur Air Liquide. Créée il y a plus de 120 ans, la société est le « chouchou » des investisseurs français qui respectent son sérieux, sa croissance régulière et sa politique d’attribution régulière d’actions gratuites. En l’occurrence, elle mérite une attention particulière en tant que principal producteur d’hydrogène dont l’utilisation sera exponentielle dans le domaine des transports terrestres et même aériens.